| Introduisant
le colloque Jacqueline Costa-Lascoux, Présidente de la
FNEPE, politologue et directrice de recherche au CNRS, a initié
une réflexion sur les médias qui, dans une approche
intergénérationnelle, fasse l’équilibre entre
l’angélisme et la diabolisation.
Tous
les conférenciers ont analysé avec finesse les changements
provoqués par les nouvelles technologies de la communication.
Faisant rapidement la part des comportements pathologiques assez
marginaux de « cyberaddiction », ils ont montré
combien le téléphone portable, les jeux vidéo
et Internet constituaient pour les jeunes des moyens de construction
identitaire. La sociologue Dominique Pasquier, directrice de recherche
à l’EHESS a abordé la manière dont les médias,
transformés en instance forte de socialisation horizontale,
entre pairs, forgent chez les jeunes des attitudes qui sont très
normatives et qui représentent une véritable «
tyrannie de la majorité ».
Partout branché, partout en lien avec son réseau,
le jeune utilise les nouveaux médias pour s’informer, pour
jouer, pour exprimer ses rêves, ses peurs, ses fantasmes,
pour échapper à l’emprise de ses parents et éviter
la confrontation avec eux, échanger avec d’autres, remplir
le vide. Il évolue dans un univers de sons, avec un sentiment
de toute-puissance puisque, comme le souligne le pédopsychiatre
et psychanalyste Claude Allard, il peut « réaliser
les pulsions frustrées dans la réalité et
avoir l’illusion d’entrer en interaction psychique avec un personnage
».
Le psychologue et psychanalyste Michael Stora a distingué
parmi les usagers des jeux vidéo : les dépendants
appelés les « no life » et les joueurs simplement
« passionnés » qui peuvent trouver là,
un moyen d’expérimenter leur main mise sur le monde. Au
demeurant, certains parents préfèrent encore voir
jouer ou « surfer » leurs enfants plutôt que
de les voir « sortir »…
Plusieurs
intervenants ont précisément insisté sur
le rôle des parents : Sylvain Missonnier, psychologue,
Maître de conférences à Paris X pour rappeler
qu’ils ont « un devoir de parler vrai, d’oser dire à
leurs enfants leurs sentiments. Les jeunes ont besoin de ce support
identificatoire pour résister à l’influence du groupe
» ; le professeur Daniel Marcelli, pédopsychiatre,
Professeur de psychiatrie infanto-juvénile du CHU de Poitiers,
pour préciser que « les média sont des objets
de connaissance du monde qui s’interposent entre parents et enfants
». Aux parents qui s’angoissent de voir leur ado leur échapper
en surfant sur Internet, il répond qu’ « il est nécessaire
pour un jeune d’être à un endroit où personne
ne sait qu’il est » ; tout en rappelant qu’ « il est
sain que les parents posent des interdits ». L’interdit
est structurant mais aussi la parole et les parents ont été
invités à quitter les attitudes de défiance
et à se « former » à l’usage des médias
pour accompagner l’usage qu’en font leurs enfants. Des initiatives
ont d’ailleurs été présentées par
des intervenants tels que France Renucci, directrice du CLEMI,
Olivier Péraldi, adjoint au Délégué
interministériel à la famille et Olivier Katian,
Président d’Olympio, créateur d’outils d’animation
collective. |