Revue L'école des parents
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I POUR EN SAVOIR + I


N°561 - décembre 06 / janvier 07 - L'école des parents

Actualité I Entretien avec François de Singly

Ni petits ni ados
Aujourd’hui, quelle place occupent ces adonaissants, entre 11 et 13 ans,
que seule la famille semble reconnaître comme individus ?

--- Début de l'article
---
Vous venez de publier chez Armand Colin une grande étude qui fait suite à des entretiens approfondis avec des jeunes de 11-13 ans que vous dénommez « les adonaissants ». Quel est l’intérêt de cibler cette classe d’âge? Qu’a-t-elle de particulier?
François de Singly : Ce qui est intéressant c’est d’examiner comment se construit l’individu, étape par étape. La vie est un continuum. Il n’y a pas plus d’âge précis pour entrer dans l’âge adulte qu’il n’y en a pour entrer dans la vieillesse. À tout âge, également, et pas seulement à l’adolescence, on peut « faire une crise ». Le processus d’individualisation se manifeste par le droit de se construire en permanence, c’est-à-dire de sans cesse recommencer, ré-expérimenter. Dans cette logique de construction permanente, l’individu manque de définition de soi. Dans l’enfance, on se repère par rapport aux proches, à ceux de son âge, en adoptant une définition générationnelle. Ensuite on affirme qu’on a le droit de faire ce que font les autres. Les jeunes de 11-13 ans que nous avons interviewés se sont révélés de très bons sociologues de leur classe d’âge. Ils sont incollables sur les habitudes et pratiques de leurs camarades : ils savent qui a un portable, qui va seul au collège, qui a une petite copine… Leur préoccupation est de ne plus être considérés uniquement comme fils (ou fille) de, mais aussi de se différencier de leur jeune frère (ou sœur) qui est un « petit ». À eux le sac Eastpak et aux petits le cartable à roulettes (déshonorant au collège). L’affirmation de soi est, à cet âge, plus générationnelle que psychologique. L’adonaissance est le temps non de la réflexivité, mais de la démonstration. D’où l’importance qui peut paraître démesurée des apparences. L’âge de démarrage du processus d’individualisation s’est abaissé. La culture jeune n’est plus celle des 15-18 ans. J’ai eu la conviction que la scansion s’effectuait selon le rythme scolaire, d’où l’idée d’enquêter auprès des collégiens. Ceux-ci se sont révélés à nous comme une catégorie très spécifique qui est « adonaissante » et ne revendique ni l’entrée dans l’adolescence ni l’occupation de la place des adultes. Ils changent de « taille », ne sont plus des petits ; ils cherchent des droits qu’ils savent très bien négocier. Cette classe d’âge dans ses revendications d’individualisation est peu prise en compte par les politiques, les institutions, y compris par l’institution scolaire. C’est dans la famille que les 11-13 ans sont le mieux traités comme des individus dont on n’attend plus uniquement un simple comportement d’obéissance.

Vous vous attaquez à quelques idées qui courent : les enfants seraient « chefs de la famille », leur enfance serait « oubliée », ils seraient « sans repères » ; en réalité, vous affirmez qu’ils sont à leur place et que leur souhait n’est pas d’être adulte ou ado mais seulement d’être enfants sans être « petits »... mi majeurs-mi mineurs comme vous le dites.
F.d.S : Les 11-13 ans obtiennent des droits jusque-là accordés aux plus grands, tout en restant dépendants plus longtemps de leurs parents du fait de l’allongement de la scolarisation. Ils ont à gérer cette contradiction. On ne peut prétendre qu’ils ne sont pas à leur place. Le penser c’est ne pas voir le jeu entre leurs différentes dimensions avec le changement de registres identitaires. Ces adonaissants se construisent au confluent de plusieurs appartenances.
(…)

Propos recueillis par Colette Barroux-Chabanol


 


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N°561 - décembre 06 / janvier 07 - L'école des parents

Actualité I Tendances de la recherche

Vie familiale et vie professionnelle
La difficile conciliation
En termes des temps de travail et de vie privée, l’inégalité entre hommes et femmes demeure. A la commission européenne, un bureau international des temps se penche sur la question.

--- Début de l'article ---
"Les inégalités ont coûté très cher aux femmes. En termes d’impossibilité d’accès aux modes de réalisation, de non-respect de leur vie et de leur corps. Les femmes ont été culturellement assignées à l’espace domestique, une assignation perçue par elles-mêmes comme un choix personnel…" En Septembre, à Paris, Annie Guilberteau, directrice du CNIDFF (Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles) ouvre une journée de réflexion intitulée « Prenons le temps d’être pères ».
Le constat est souvent fait par les chercheurs : la conciliation reste une affaire de femme. Aborder le sujet du côté des pères initie une autre dynamique. Les sujets discutés lors de cette journée concernaient l’égalité homme/femme, l’implication paternelle et le rôle de l’environnement de travail dans cette organisation. La rencontre a réuni à la fois des chercheurs, des collectivités territoriales et des entreprises. Elles ne sont certes, guère nombreuses, à pouvoir témoigner du timide effort que le monde de l’entreprise consent à fournir pour aménager des temps professionnels compatibles avec la vie privée. Mais ces quelques exemples forcent l’admiration : tutorat et coaching lorsque les personnes s’en vont en congé longue durée pour leur permettre de revenir sereinement, prise de jours de congé pour enfant malade encouragée pour les pères, charte des réunions (jamais en fin de journée !), carte crédit temps, crèche dans l’entreprise… Les mesures déclinées font rêver à un modèle différent. « Nous sommes souvent perçus comme des extra-terrestres par nos homologues d’autres entreprises, notamment quant à nos pratiques d’égalité salariale entre hommes et femmes », concède Michel Yahiel, directeur des ressources humaines (DRH) de la Ville de Paris, et membre d’une association de DRH.
La société anonyme des Eaux de Paris, présente à cette journée, explique comment sa démarche en faveur d’une plus grande égalité entre les hommes et les femmes a commencé en 2000, autour de la réflexion sur les lois de modernisation sociale et sur la loi sur la prévention du harcèlement moral : « Nous nous sommes saisis de ces lois pour montrer que l’on pouvait se porter garants en matière d’éthique, de prévention et de lutte contre les inégalités et discriminations de toutes sortes », formule Pascal Bernard, le directeur des ressources humaines.
(…)
Isabelle Guardiola


 


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Dossier "Parler de sexualité" I Enquête

Education à la sexualité
Un délicat apprentissage
Dans un environnement saturé d’informations et d’images,
il est indispensable de repenser l’éducation à la sexualité

--- Début de l'article ---
Il pourrait paraître superflu, naïf, ou anachronique de vouloir encore parler de sexualité alors que le sexe s’affiche en tout lieu et que le moindre couloir de métro, le moindre arrière d’autobus, la moindre publicité télévisée nous inondent d’images de corps nus, appelant ou exsudant le désir, suggérant le plaisir ; que les plus grands tirages des magazines féminins sont ceux des numéros qui mettent le sexe à la une, promettant des extases toujours nouvelles. Et pourtant, comment se contenter de cette forme de communication marchande, parfois violente ? Ne craignons donc pas d’être superflus, naïfs ou anachroniques et parlons de la sexualité, c’est-à-dire de la vie. Une vie de l’ordre de l’être et non de l’avoir, une vie vécue par des personnes appelées à être en relation avec les autres et non par des objets à consommer, exploiter, dominer, violenter, acheter.
Les premiers écrits traitant de la sexualité remontent en France au milieu du XIXe siècle. « Le terme apparaît d’abord dans les discours psychiatriques, rappelle Michel Bozon, sociologue à l’Ined (Institut national détudes démographiques). Les livres de l’époque se contentaient de dresser la liste des diverses perversions sexuelles. En matière d’éducation à la sexualité proprement dite, ce sont les Anglo-saxons qui ont été les précurseurs. Les premiers manuels étaient alors destinés aux maris qui étaient incités à mieux préparer leurs femmes à la vie sexuelle et à les y intéresser. » En France, cet enseignement devint laïc dans les années 1950 ; l’universitaire Yvonne Knibiehler souligne l’influence exercée par les mouvements féministes qui, dès le début du XXe siècle, ont milité pour l’instruction sexuelle des filles, sans aller toutefois jusqu’à prôner la contraception. Au milieu du siècle dernier, l’éducation sexuelle était censée «préparer au rôle maternel et inspirer à la jeune fille de l’estime pour l’homme chaste». Rappelant le rôle de l’École des parents dans les années 1950, Yvonne Knibiehler évoque l’épanouissement du concept de l’éducation sexuelle sous l’influence des pédo-psychiatres Georges Heuyer, Françoise Dolto, René Zazzo et de la multiplication des conférences «cercles de parents», colloques, congrés sur ce thème organisés par l’EPE.
La prise en charge par l’école
Vient ensuite, le « nouvel âge » de l’éducation sexuelle, dans les années qui suivent mai 68. Michel Bozon caractérise ainsi cet âge : «Ce ne sont plus seulement les parents ni les mouvements religieux qui vont s’en charger. Cela va être pensé dans le cadre scolaire. Les parents ont moins de prise sur la sociabilité et la vie sexuelle de leurs enfants pour lesquels le groupe de pairs compte avant tout. Inquiets, les parents souhaitent redresser la barre mais, en matière d’éducation sexuelle, acceptent de se reposer sur l’école qu’ils jugent apte à contrebalancer les influences indésirables.» C’est ainsi que le 23 juillet 1973 est signée la circulaire Fontanet qui donne des directives aux chefs d’établissements et distingue l’information de caractère scientifique et l’éducation conçue comme un éveil à la responsabilité. En pratique, l’application du texte fut difficile et de nombreuses tables rondes se sont réunies en vain pour en repenser le contenu.
(...)
Colette Barroux-Chabanol


 


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N°561 - décembre 06 / janvier 07 - L'école des parents

Terrain I Réseau des EPE

Lieux d’accueil de la petite enfance
À l’écoute de la relation
Qu’est ce qui fédère tous les lieux d’accueil parents-enfants ?
Si les formules proposées, le personnel ou l’aménagement des lieux varient,
on retrouve partout la même volonté de créer un espace de parole
autour de la relation parents-enfants

--- Début de l'article ---
Un coin bébé défendu par une ligne rouge à ne pas franchir par les vélos et les camions des grands, des géographies différentes (ainsi à Metz et à Grenoble, dans certains coins du Lape, les enfants ne sont pas dans le champ de vision des parents, un souhait pédagogique d’aménager l’espace)… Et puis aussi des coins pour les adultes, des canapés où les petits viennent grimper s’ils le souhaitent. À l’accueil, un tableau permet d’inscrire les prénoms de l’enfant et de son parent, quelques règles sont expliquées aux nouveaux arrivants : se déchausser, respecter l’espace des bébés… puis le parent et l’enfant investissent le lieu, s’installent, participent à une activité en place, ne font rien s’ils le souhaitent. « Chapi-chapot ressemble à une crèche où l’on cause. Françoise Dolto parlait d’une place de village où l’on se croise et où l’on discute, j’aime bien cette image. Nous souhaitons privilégier l’accueil, favoriser le dialogue, pour faire vivre les valeurs d’écoute, de respect, d’expression de la différence » résume Mickaël Lespagnol, l’un des quatre accueillants-psychologues du Lape du Havre, qui ouvre ses portes quatre demi-journées par semaine.
Ces lieux d’accueil, appelés aussi lieux d’écoute reçoivent le jeune enfant de la naissance à 6 ans (dans les faits, plutôt jusqu’à 3 ans, puisqu’une fois scolarisé l’enfant fréquente beaucoup moins l’endroit) accompagné de son parent ou d’un adulte qui s’occupe de lui : grand-parent, autre membre de la famille, professionnel de la petite enfance… Inutile d’appeler au préalable pour prévenir de sa venue, on pousse la porte et on vient passer un moment pour aborder, si on le souhaite, des questions autour de difficultés vécues avec son enfant… ou pas : « Je viens vous voir, mais j’ai pas de problèmes » prévient parfois l’adulte à son arrivée ! L’endroit se veut lieu de socialisation ; on ne met pas en place d’activités spécifiques, si ce n’est ponctuellement un éveil musical, une activité conte, un atelier art plastique animé par un intervenant.
(...)

Isabelle Guardiola


 


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