 |
 |
Abonnez-vous en ligne
ici |
 |
|
I
ARTICLES en libre accès web
I
|
N°561
- décembre 06 / janvier 07
- L'école des parents
Actualité
I Adolescence
De
la jeune fille à la femme, une histoire de regard
Sous les yeux du père
Entre
père et fille, les relations sont souvent complexes,
faites d’attachement, d’amour unique et spécifique
pour l’un comme pour l’autre. C’est une
relation d’amour filial frappée du sceau de l’interdit
de l’inceste.
Devenir femme résulte en effet d’un apprentissage,
notamment de la sexualité qui s’épanouit
avec l’âge. Chaque adolescente doit construire
son identité selon son histoire familiale et personnelle
à partir des nombreux paramètres qui la constituent.
Mais c’est aussi dans son rapport au corps que le «
devenir femme » s’inscrit. Au moment où
ce dernier s’affole et affole les autres, l’adolescente
découvre une nouvelle conjugaison du regard. Ce n’est
plus seulement celui qu’elle porte sur elle-même
que la jeune fille doit assumer, mais celui de l’autre,
que sa sexualité naissante autorise. Et parmi tous
ces regards, reste le plus important d’entre tous :
celui du père.
L’apparition de la puberté ne dépend pas
du désir de la fillette. Elle entraîne diverses
modifications pour la jeune fille. Elle grandit, son bassin
s’élargit, ses seins apparaissent puis ses règles,
qui marquent l’entrée véritable dans la
puberté liée au développement de tout
l’appareil génital et reproductif. La jeune fille
peut alors avoir des rapports sexuels et enfanter. Est-elle
pour autant devenue une femme ? Ce n’est pas si simple.
Un travail psychique complexe est nécessaire pour assumer
de tels bouleversements et se déroule selon des critères
totalement subjectifs. Entre la joie d’accéder
enfin à un statut de femme, l’indifférence,
le refus du corps sexué, toutes les attitudes peuvent
se rencontrer. Préparée ou avertie par sa mère,
l’adolescente reste cependant saisie par la nouveauté
de la transformation, et la violence que son corps lui fait
vivre. Les premières règles scandent son entrée
dans un nouveau monde : celui des femmes. Mais l’écoulement
menstruel est souvent vécu de façon passive
et angoissée, surtout si les premières règles
sont douloureuses. Les échanges et la relation avec
la mère déterminent la qualité de ce
passage. Les autres modifications du corps sont progressives
et impliquent une nouvelle donne, celle du regard que la jeune
fille va explorer dans toutes ses dimensions.
La jeune fille se regarde désormais autrement. Elle
passe des heures devant le miroir et monopolise la salle de
bains. Interrogations, inquiétude, vérifications,
comparaisons : elle cherche à trouver une harmonie
entre elle-même et cette nouvelle image dans laquelle
elle peine à se reconnaître.
Le passage de la fillette à la jeune fille est en effet
authentifié par le regard de désir que l’autre
lui renvoie, qui est déterminant pour la construction
de son identité. La fille a besoin de quitter son premier
objet, sa mère, «pour trouver son chemin
jusqu’à son père»(1)
résumait clairement Sigmund Freud.
Par la qualité de son regard, le père va donner
le la qui présidera au futur rapport au monde de sa
fille. Car, dans la façon qu’il a de la faire
exister, le regard paternel servira de référence
à la femme qu’elle deviendra pour se positionner
face aux hommes. L’adolescence est une histoire de regards,
puisque c’est principalement par lui que le désir
circule. Avec la puberté, la jeune fille doit faire
l’apprentissage d’un nouveau rapport au monde
à travers différents regards :
– le sien sur elle-même ;
– celui des autres sur elle et surtout sur son corps
;
– enfin le sien sur les autres.
Entre le regard de la jeune fille dans son miroir et le «Tu
as vu, il m’a regardée, il m’a regardée
!» de la cour du lycée, il y a celui du
père : le seul homme qui lui soit véritablement
interdit, avec son frère, et dont la qualité
du regard détermine l’harmonieuse conjugaison
de tous les autres.
Comment père et fille peuvent-ils traverser ce moment
délicat où cette dernière acquiert un
corps désirant et désirable ? Le père
voit sa fille se transformer sous ses yeux. Elle a tendance
à s’éloigner de lui, ne réclame
plus de câlins. Il est important de reconnaître
que ce passage n’est jamais exempt de désir.
Que ce soit du côté du père ou du côté
de la fille. Entre le trop et le trop peu, la position du
père est des plus subtiles. La jeune fille a besoin
d’être reconnue par son père en tant que
femme pour être rassurée sur sa capacité
à plaire et à se faire aimer. À défaut,
elle cherchera toute sa vie compensation de ce regard dans
celui des hommes qu’elle rencontrera. Mais si le père
reconnaît la femme naissante qu’elle devient,
avec ambiguïté, alors sa fille risque de se figer
dans une positon névrotique qui entravera sa vie amoureuse.
C’est dire la subtilité de ce regard ! Toute
fille est ainsi, quel que soit son âge, soumise étroitement
au regard de son père qui détermine, nous l’avons
vu « le devenir femme » de la fille. Les nombreuses
impasses du « devenir femme » trouvent souvent
leur origine dans ce rapport singulier entre un père
et sa fille. Elles seront à entendre au singulier de
chaque psychothérapie ou psychanalyse.
(1) Sigmund Freud, La Vie sexuelle (recueil
d'articles 1907-1931), PUF, 1992, p.139.
Didier Lauru
Psychiatre, psychanalyste, auteur de Père-fille,
une histoire de regard, Albin-Michel, 06. |
|
Bon
de Commande
Renseignements
Fnepe secrétariat
Tél: 01 47 53 62 70 |
N°561
- décembre 06 / janvier 07
- L'école des parents
Dossier
"Parler
de sexualité" I
Regards croisés
Sexualité de l’enfant
Jeux interdits…
Éduquer les enfants à la sexualité, c’est
trouver les mots, les accompagner et pas uniquement les mettre
en garde.
| Sophie
Asselineau |
Françoise
Petitot |
| Psychologue
scolaire à Orly en région parisienne. Le
texte qui présente son travail de prévention
de la maltraitance et des agressions sexuelles à
l’école est disponible sur : http://www.ac
creteil.fr |
Psychanalyste.
Elle a organisé avec le Grape (Groupe de recherche
et d’action pour l’enfance) le colloque «
L’enfant, l’adulte, la loi : l’ère
du soupçon ? » Erès, 2000. Elle
a travaillé pour la Sauvegarde de l’Enfance
auprès de familles bénéficiant de
mesures d’Aemo Elle anime des formations auprès
des intervenants psycho-socio-éducatifs. Elle est
rédactrice en chef de La lettre de l’enfance
et de l’adolescence, revue du Grape éditée
par Erès, qui publie un numéro sur la prévention
des abus sexuels et publiera en juin 2007 L’enfant
et son sexe. |
Dans
un contexte perturbé (pornographie, pédophilie,
craintes et obsession des parents et des professionnels…)
comment a évolué la sexualité de l’enfant
ces trente dernières années ?
Sophie Asselineau : Ce qui semble avoir le
plus évolué, c’est la confrontation quasi-quotidienne
des enfants à des images, des représentations,
des scénarios concernant la sexualité adulte.
Les différents médias inondent et bombardent
les enfants d’informations à caractère
sexuel. La question des limites et des distances se brouille
ainsi que celle des interdits fondamentaux. Les images à
caractère sexuel présentées aux enfants
provoquent chez eux une excitation qu’ils ne peuvent
contrôler et qui les désorganise complètement.
Dans cette « surenchère sexuelle » les
émotions et les sentiments (amour, plaisir, désir,
joie, pudeur, fébrilité…) sont très
souvent évacués. Or l’enfant ne peut devenir
sujet à part entière qu’en se situant
dans la différence des sexes et des générations.
Dans un contexte perturbé, il semblerait adéquat
de donner aux enfants le sens de ce qui appartient au domaine
privé, à l’intime et de ce qui appartient
au domaine public.
Françoise
Petitot : La sexualité des enfants, en particulier
la sexualité entre enfants et adultes, a connu une
évolution un peu identique à la question de
la maltraitance. De nombreux gestes n’attiraient pas
l’attention : une caresse sur la tête d’un
enfant que l’on trouvait « mignon » ne faisait
pas réagir comme aujourd’hui… La question
de la représentation érotisée du corps
à corps ne se posait pas de la même façon.
Mais les enfants ont toujours eu affaire au désir qu’ils
suscitent chez les adultes. Des enfants jeunes ou adolescents
dégagent une charge érotique importante. Une
petite fille qui devient pubère est très émouvante.
Une enfant de 5 ans déployant des techniques de séduction
perfectionnées dame le pion à bien des femmes
! Et que dire du corps des bébés que beaucoup
d’adultes prennent plaisir à tripoter ? Ce n’est
pas de la sexualité consommée, mais il est bien
question de plaisir. Cette dimension érotique fait
partie de la relation adulte/enfant. Les adultes se montrent
parfois troublés mais on peut être troublé
sans que ce soit excessif et insupportable et bien sûr
cela ne justifie aucun passage à l’acte. Dans
ce temps de chasse au pédophile, on ne peut que se
réjouir que l’enfant ne soit plus soumis à
ces modes d’attouchements parfois impudiques et invasifs.
Mais l’on peut aussi s’interroger sur cette distance
qu’elle impose. Il y a nécessité du contact,
de l’enveloppe, de l’embrassement, du geste…
Être regardée comme une femme en devenir à
l’adolescence par son père ou un adulte n’est
pas qu’insupportable, c’est aussi important, cela
aide à grandir et à s’affirmer.
Laisse-t-on
une place suffisante à l’enfant pour qu’il
vive l’éveil de sa sexualité ? N’a-t-on
pas tendance à oublier qu’il existe une sexualité
infantile ?
S.A. : Plutôt qu’oublier, il
me semble que l’on a tendance à occulter, à
refouler l’existence de la sexualité infantile.
Dolto écrivait dans La Cause des enfants : «
La mémoire chez l’adulte efface tout ce qui était
de la période préœdipienne. C’est
pour cela que la société a tant de peine à
accepter la sexualité infantile. » Lorsqu’en
1917, Freud évoque la sexualité infantile, il
désigne « tout ce qui concerne les activités
de la première enfance en quête de jouissance
locale que tel ou tel organe est susceptible de procurer ».
L’idée d’une sexualité infantile
fait alors scandale et vient contredire le mythe d’une
enfance innocente, comme si la sexualité était
d’emblée entachée de faute et d’impureté.
La caractéristique de la sexualité infantile
c’est d’être du « sexuel présexuel
» (Colette Chiland, Enfances et psy, n°3). C’est
bien sexuel mais ce n’est pas une sexualité accomplie,
adulte, génitale. La sexualité infantile, c’est
le droit à une curiosité sur ce que sont les
relations sexuelles.
F.P.
: Tout le monde savait que les petits enfants se
masturbaient, on leur attachait les mains pour ne pas qu’ils
le fassent : cela rend sourd, disait-on ! On se montrait plus
indulgent, dans certains milieux, sur des scènes hétérosexuelles
entre enfants, du genre jeux « de docteur », ou
« de papa et de maman »… Nous avons connu
une période marquée par la psychanalyse, de
reconnaissance de la sexualité de l’enfant. D’autre
part, l’innocence de l’enfant, telle que nous
l’entendons aujourd’hui, pur, qui ne connaît
ni la haine ni la sexualité, n’était pas
l’idée dominante. Ce qui a changé, avec
cette polarisation sur les abus sexuels, c’est cette
idée que l’enfant est obligatoirement traumatisé
de la rencontre avec la sexualité génitale et
éventuellement adulte. Je ne justifie évidemment
aucun comportement mais j’interroge ce prisme unique
de la victimisation comme façon d’envisager les
choses.
Aujourd’hui, si un animateur surprend un enfant qui
s’adonne discrètement à des plaisirs solitaires,
il n’interviendra pas forcément. En revanche,
si l’enfant se livre à des expériences
avec son camarade de chambrée, ce sera problématique.
S’il existe un écart d’âge entre
les deux, la question sera perçue comme plus dramatique
encore, mais même si les enfants ont le même âge,
cela restera un souci. Car notre ère est aussi celle
du règne du consentement et traîne toujours,
en arrière-plan, l’idée qu’il y
aurait une victime et un agresseur. Ces enfants étaient-ils
d’accord, explicitement, pour tous les gestes qu’ils
ont faits ensemble ? Devant la colère ou le désaccord
des adultes, il est ensuite extrêmement difficile d’apprécier
ce degré d’accord… Sans compter que les
enfants n’ont pas légalement le pouvoir de consentir.
Car ce qui pose question, c’est la façon dont
les adultes gèrent ces affaires en particulier le recours
systématique au judiciaire. Cela dit, il est vrai que
l’on voit davantage d’enfants qui développent
une érotisation faussement génitale, discordante
avec leur âge et très probablement liée
à leur environnement (cassettes pornographiques, ébats
entre adultes…). On repère des histoires sexuelles
entre enfants qui sont d’une autre teneur que celles
auxquelles on était habitué.
Comment
éduquer les enfants d’aujourd’hui à
la sexualité ?
S.A. : Éduquer les enfants d’aujourd’hui
à la sexualité, c’est au minimum leur
donner des mots, les accompagner, c’est-à-dire
ne pas les abandonner aux images, informations, scénarios
véhiculés par les médias. Informer ne
signifie pas pour autant « faire vivre ». Informations
et expériences demeurent distinctes et même un
enfant informé peut continuer à élaborer
ses propres théories sexuelles.
Il me semble important de présenter une vision globale
de la sexualité humaine et de donner des pistes de
réflexion pour une éducation à la responsabilité
sexuelle, à la fois explicite et positive, qui ne se
contentent pas d’uniques descriptions biologiques et
techniques. Les enfants ont alors la possibilité d’en
parler et de ne pas être malmenés par les éléments
d’une sexualité adulte où dominent souvent
des modèles de performance, de compétition,
de consommation, de soumission et de domination. C’est
à l’école de leur donner le sens du vocabulaire
et l’éducation à la responsabilité
sexuelle consiste à expliciter le vocabulaire de la
parenté. Dans ce domaine, la littérature enfantine
peut considérablement soutenir l’enfant dans
la constitution de son propre regard sur le monde, dans la
compréhension et la maîtrise des événements
proposés à son imaginaire. Cela facilite également
la communication entre l’adulte et l’enfant en
donnant parfois aux éducateurs, les « mots pour
dire »…
L’éducation à la sexualité, dans
ses dimensions psychologiques, affectives, sociales et culturelles,
est une composante de l’éducation à la
citoyenneté (image de soi, rapport à l’autre,
mixité…). Je crois que l’école a
un rôle spécifique et complémentaire à
jouer, en plus de celui des familles, dans la construction
individuelle des enfants. Enfin, une réelle prévention
de la maltraitance et des agressions sexuelles ne peut se
concevoir sans une éducation précoce à
la responsabilité sexuelle. Si elle est vivement souhaitable
en dehors de l’école, elle risque bien de ne
jamais atteindre les enfants qui en ont le plus besoin. Elle
permet également un travail sur le corps à l’école
: le grand absent de l’école, c’est la
présence physique, sensible, le corps de l’élève…
et de l’adulte.
F.P. : La thématique de l’éducation
à la sexualité à l’école
n’est abordée que sous l’angle du danger
et du risque : Sida, MST, abus sexuels, violences sexuelles,
grossesses non désirées… Éduquer
c’est prévenir. Pour prévenir, concernant
la question des risques et des abus, il faut organiser une
représentation de ce qu’est la sexualité.
Or parler de sexualité signifie aborder la question
du désir et de la jouissance. Ce sont des questions
qui ne sont pas de l’ordre du « transmissible
», qui ne peuvent pas être prises dans un apprentissage
cognitif. Je ne suis donc pas certaine que ce soit à
l’Éducation nationale de traiter ces questions,
notamment pour les enfants de l’âge de la maternelle
et du primaire.
Propos recueillis par Isabelle Guardiola
|
|
Bon
de Commande
Renseignements
Fnepe secrétariat
Tél: 01 47 53 62 70 |
N°561
- décembre 06 / janvier 07
- L'école des parents
Terrain
I
Paroles
de professionnels
Médiateurs
familiaux
Penseurs de conflits
Les médiateurs familiaux aident les couples en rupture
à inventer des solutions d’avenir.
Le
métier de médiateur familial existe en France
depuis le début des années 1990. Il est né
dans les pays anglo-saxons, au Canada notamment, alimenté
par une réflexion en cours depuis les années
1970, autour des changements sociaux : place de l’enfant,
émancipation de la femme, augmentation du nombre
de divorces… La législation a cadré
ces changements, jusqu’à la loi du 14 mars
2002 (1) renforçant le principe de coparentalité.
C’est dans ce contexte qu’est apparue la médiation
familiale, à laquelle se sont formés nombre
de travailleurs sociaux, éducateurs ou assistants
sociaux. La médiation familiale constitue un espace
pour le couple en rupture. Le temps en moyenne de huit séances
d’une heure et demie, le médiateur va réunir
ce couple meurtri, lui permettre de revisiter l’histoire
de sa séparation et d’envisager, concrètement,
des solutions pour sa nouvelle vie. Se fixer des objectifs
pour la séance suivante. « Et si vous rêviez,
maintenant, comment est-ce que ce serait ? » formule
souvent un médiateur avant de ramener les gens vers
le concret. Aider les personnes à formuler des choses
toutes simples mais qu’elles n’ont jamais dites.
La séparation est la situation que rencontrent le
plus les médiateurs familiaux mais ils peuvent travailler
sur d’autres types de conflits : émancipation
d’un jeune adulte, décisions à prendre
concernant un parent âgé, organisation dans
une famille recomposée, succession, indivision familiale…
Dominique Lefeuvre et Marie-Claude Coustenoble sont médiateurs
familiaux pour le département de Paris, un service
aux prestations gratuites pour les résidents parisiens.
Ils étaient tous deux assistants sociaux avant de
se former à la médiation, une réorientation
envisagée comme une continuité de leur métier
initial : « Je rencontrais les couples en séparation,
mais n’avais qu’une vision partielle des difficultés
qu’ils traversaient, explique Dominique Lefeuvre.
L’idée d’intervenir sur le système
familial m’intéressait. » Même
logique de continuité pour Audrey Ringot, éducatrice
spécialisée dans un service judiciaire de
protection de l’enfance du Nord, qui intervient à
la demande du juge des enfants, auprès des familles
en difficulté ayant mis en danger leurs enfants :
« Il m’arrivait très régulièrement
de suivre des parents séparés ou en instance
de séparation. Nous devons travailler avec eux sur
leurs difficultés à être parents mais
ils sont alors obnubilés par la crainte des conséquences
de leur séparation… Lorsque j’ai entrepris,
voici quatre ans, une formation à la médiation,
j’ai mesuré la pertinence de cette démarche
pour mon service. J’ai compris le réel besoin
qu’il y avait à créer un espace où
régler les conflits de séparation, pour que
les collègues puissent continuer à travailler
sur les questions de parentalité. » À
l’issue de sa formation, Audrey Ringot défend
son projet et obtient d’ouvrir une consultation en
médiation pour les couples en séparation pour
lesquels une mesure d’Aemo est en cours. Les prestations
sont gratuites et les conditions éthiques et le cadre
habituel de la médiation sont garantis : confidentialité,
libre adhésion… « L’intérêt
de cette démarche est qu’elle répond
un peu à la même finalité que les mesures
d’AEMO, en ce sens qu’elle ouvre un lieu de
parole hors de la scène judiciaire. » Ces médiateurs
travaillent seuls avec les couples. Isabelle Juès,
au contraire, reçoit souvent les familles en co-médiation.
Après avoir longtemps été salariée
d’une association, elle exerce en libéral depuis
trois ans et partage son cabinet avec deux collègues.
Lorsque les personnes sont plus de deux (dans les cas de
conflits de succession par exemple), ou lorsqu’il
s’agit d’une médiation ordonnée
par le juge, les médiatrices travaillent à
deux : « Nous pensons que deux regards différents
apportent une plus grande garantie d’impartialité
aux familles, et peut-être une écoute plus
fine. Cela nous permet ainsi lors des séances, que
l’une soit plus dans l’action (annotant son
fameux paper-board, outil incontournable du médiateur)
tandis que l’autre observe davantage. »
Faire
naître les solutions
Le choix, pour Isabelle Juès, de s’installer
en libéral correspond à son envie de se centrer
sur son métier. Coordinatrice de la formation de
Nanterre (voir encadré), elle interroge beaucoup
le statut du médiateur : « L’une de mes
craintes autour de la création du diplôme d’État,
est que le métier ne devienne l’une des nouvelles
missions du travail social. La dérive et le risque
possibles pour un professionnel du travail social, dont
la structure est financée par l’État,
est qu’il ne soit chargé de porter un message
de paix sociale, celui par exemple de se comporter en “bon
parent”. Or pour moi, le médiateur est indépendant
et n’a pas de projet pour les personnes. » Isabelle
Juès réaffirme ici le rôle du médiateur,
celui de permettre aux gens de décider de ce qu’ils
veulent construire, celui d’accompagner les personnes
dans leur recherche d’accord. Mais surtout pas celui
de préconiser une solution ni celui de protéger
l’enfant : « On ne parle de l’enfant que
parce que les parents s’y intéressent ».
Une nuance importante que souligne également Audrey
Ringot. Elle ne suit pas dans le cadre éducatif les
personnes qu’elle rencontre en médiation, ses
deux missions sont bien distinctes : « Je ne fais
de rapport ni au juge aux affaires familiales, ni au juge
des enfants, ni à mes collègues. La mesure
d’AEMO implique aide et conseil. En médiation,
je suis dans l’écoute, la reformulation, l’empathie
des émotions, pour les mettre en évidence
et permettre à chacun de s’exprimer. J’ai
dû apprendre à mettre de côté
certains outils qui me venaient facilement, comme le conseil,
les propositions… » Protéger l’enfant
peut être cependant une motivation très présente
pour le médiateur. Marie-Claude Coustenoble explique
aimer se trouver en face de personnes dont les intérêts
divergent mais se rejoignent sur un objectif, le bien-être
de l’enfant : « On parle beaucoup des enfants
en médiation, sans les voir. On les fait peu venir,
sauf les adolescents. Ce qui me plaît beaucoup dans
mon métier est de sortir les enfants d’un conflit
insupportable. J’aime les choses raisonnables et j’aime
mettre du raisonnable dans les conflits. C’est toute
la difficulté, dans certaines relations de couple,
fusionnelles, passionnées et hystériques.
»
Un
espace de créativité
Le médiateur apparaît comme le tiers. Il aide
à penser et met de l’espace entre deux personnes
qui ne parviennent pas à se séparer. Les couples
que reçoivent les médiateurs sont parfois
séparés physiquement depuis plusieurs années
mais éprouvent toujours des difficultés à
penser concrètement leur séparation, à
dégager des solutions pratiques. La demande initiale
masque souvent une impossibilité à se séparer.
Comme ce couple, ne vivant plus ensemble depuis plusieurs
années, entamant une médiation, la femme invoquant
ses difficultés financières. La médiation
permettra de montrer combien cette personne n’a pas
fait le deuil de sa relation et que cette demande financière
n’est qu’un moyen de continuer à lier
son sort à celui de son mari. « De ma place
de médiateur, exprime Dominique Lefeuvre, je me sens
dégagé de ce qui se passe entre ces deux-là
parce que je me concentre sur le dialogue et les solutions.
Les personnes viennent avec leur souffrance, mais je ne
la porte pas. Les gens ont tous les éléments
pour connaître leur situation et la faire évoluer
mais ils sont handicapés et entravés. Nous
avons le pouvoir extraordinaire de les aider à mobiliser
ce qu’ils ont en eux. Le changement m’ébahit
! » La démocratisation de la séparation
ainsi que la diversité actuelle de modèles
permet beaucoup de créativité. « Mais
les gens ont toujours besoin d’être rassurés,
souligne Marie-Claude Coustenoble. Mon travail est de leur
proposer un cadre suffisamment contenant pour leur permettre
de se réassurer. Mais dans tous les cas, les solutions
qu’ils trouvent, ce sont les leurs. » Parfois
cependant, le temps n’est pas encore à la médiation.
Quand la souffrance est trop grande. Quand le dialogue ne
permet pas d’aborder des histoires personnelles tellement
chargées. Quand la pathologie de l’un empêche
la démarche. Quand les mots sont tordus. Quand la
violence est présente, faute de mots. « La
médiation doit venir au bon moment, conclut Isabelle
Juès. Lorsque les personnes ne sont pas prêtes,
il s’agit de les déculpabiliser. »
(1)
Loi
n°2002-305 du 14 mars 2002 relative à l'autorité
parentale.
COMMENT
DEVENIR MEDIATEUR FAMILIAL
Un décret datant de décembre 2003 a créé
le diplôme d’État de médiateur
familial, fruit d’un processus volontaire (de la
part des médiateurs familiaux) de professionnaliser
et de faire reconnaître leur métier. L’instauration
de ce diplôme n’a pas été sans
renoncement puisque la formation qui jusque-là
était accessible à bac + 5, l’est
à présent à bac + 3. Elle est ouverte
à des candidats qui présentent un dossier
et passent un entretien où l’on évalue
motivation et capacité de prise de recul.
Les cours sont théoriques et pratiques la première
année (jeux de rôle, mise en situation),
la seconde année est consacrée au stage
pratique et à la rédaction du mémoire,
la soutenance étant organisée par la Drass.
En région parisienne, l’École des
parents et des éducateurs et l’université
de Nanterre sont les lieux de référence
de cette formation.
Isabelle
Guardiola
|
|
Renseignements
Fnepe secrétariat
Tél: 01 47 53 62 70 |
|
Pratique
I Info santé
Infections
sexuellement transmissibles
Les indésirables
Ca
démange, ça gratte, ça pique ! Ca brûle,
même lors des rapports sexuels, surtout pour les filles.
Et le plaisir se transforme en douleur. On se dit que ça
passera… On n’ose pas trop en parler à
son partenaire, d’autant qu’on en a toujours un
peu honte – ce sont des maladies qui s’attrapent,
avec d’autres... Et ceux qui les baptisèrent
ne nous ont guère aidés, leur petit nom n’est
pas de ceux qu’on susurre à l’oreille…
On les prononce plutôt du bout des lèvres, le
regard baissé. Candidose, chlamydiose, blennoragie,
herpès, condylomes, Syphilis1, hépatite B2,
désormais elles se nomment infections sexuellement
transmissibles (IST). Elles sont causées par des champignons,
des bactéries ou des virus, certaines sont bénignes,
même si elles sont handicapantes, d’autres peuvent
entraîner des complications irréversibles comme
des stérilités ou des cancers. Il ne faut pas
hésiter à consulter. D’autant que, si
à la fin des années 1980, la peur du Sida avait
favorisé leur régression grâce à
l’utilisation des préservatifs, elles sont aujourd’hui
en nette recrudescence en raison du relâchement de la
prévention. Petit tour d’horizon de ces indésirables
filles du plaisir, et des moyens de les prévenir ou
d’en guérir.
Candidose
ou mycose génitale
La plus banale des IST, elle concerne surtout les filles.
On la doit à un champignon microscopique (candida)
qui se transmet par le linge sale, le sable des plages ou
les excréments. L’hygiène intime est fondamentale.
Elle provoque de fortes démangeaisons et des douleurs
pendant les rapports, associées à des pertes
blanchâtres épaisses. Traitement : ovules
vaginaux. Les vêtements serrés et les sous-vêtements
en synthétique sont à éviter pendant
l’infection.
Chlamydiose
La plus fréquente. Causée par des bactéries,
les chlamydiae, présentes dans le sperme ou les sécrétions
vaginales, elle peut rester très discrète chez
les garçons (petites démangeaisons, brûlures
en urinant ou écoulement de pus). Les filles peuvent
avoir des pertes blanchâtres, de petites infections
urinaires. Elle peut entraîner une infection des canaux
spermatiques ou des trompes de Fallope (salpingite) et une
stérilité définitive. Traitement
: antibiotiques pour les deux partenaires.
Blennoragie
ou gonorrhée
C’est l’une des plus répandues, la fameuse
« chaude-pisse ». Elle est due à une bactérie,
le gonocoque, qui se transmet par le sperme ou les sécrétions
vaginales. Chez les garçons, elle provoque des sensations
marquées de brûlures en urinant et d’écoulement
de pus. Les filles ne voient ni ne ressentent rien. La blennoragie
peut entraîner une infection de la vessie, de la prostate
ou des testicules pour les garçons et des trompes pour
les filles, d’où une stérilité
définitive. Traitement : antibiotiques.
Herpès
génital
Il représente 10% des IST et 2 millions de Français
en seraient atteints. Il résulte d’un virus,
qui se transmet lors des rapports par simple contact avec
la peau surtout lors des poussées. Il provoque dans
un premier temps des démangeaisons et des brûlures
en urinant, puis de petites cloques sur la verge ou sur la
vulve apparaissent, qui se transforment en petites plaies
à vif. Il peut favoriser le cancer de la prostate ou
du col de l’utérus et la stérilité
pour les femmes. Il est à l’origine de complications
pendant l’accouchement et le bébé est
souvent contaminé. Traitement : il n’existe
pas de traitement du virus. On peut seulement atténuer
les effets et réduire la contagiosité. L’herpès
reste souvent latent dans l’organisme et réapparaît
par poussées au long de la vie.
Condylomes
ou « crêtes de coq »
Ils sont dus à un virus, le papillomavirus et se transmettent
par simple contact avec la peau. Les milieux humides comme
les piscines favorisent la contagion. Ils provoquent de petites
verrues sur le pénis ou sur la vulve. Il peut, exceptionnellement,
favoriser le cancer de l’utérus. Traitement
: électrocoagulation. La guérison définitive
est rare. Les deux partenaires doivent être traités.
Syphilis
On la croyait disparue mais elle réapparaît en
force. Elle est causée par une bactérie, le
tréponème et se transmet surtout par voie sexuelle
ou par la salive.Les complications se déclarent dix
à quarante ans plus tard et atteignent le système
neurologique ou cardiovasculaire. Traitement : antibiotique.
Les
informations concernant les IST sont extraites de La
grande encyclopédie des parents et de la famille,
Fleurus, 2006.
Isabelle Magos
|
|
|
Haut de page
|