Revue L'école des parents
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N°561 - décembre 06 / janvier 07 - L'école des parents

Actualité I Adolescence

De la jeune fille à la femme, une histoire de regard
Sous les yeux du père

Entre
père et fille, les relations sont souvent complexes, faites d’attachement, d’amour unique et spécifique pour l’un comme pour l’autre. C’est une relation d’amour filial frappée du sceau de l’interdit de l’inceste.
Devenir femme résulte en effet d’un apprentissage, notamment de la sexualité qui s’épanouit avec l’âge. Chaque adolescente doit construire son identité selon son histoire familiale et personnelle à partir des nombreux paramètres qui la constituent. Mais c’est aussi dans son rapport au corps que le « devenir femme » s’inscrit. Au moment où ce dernier s’affole et affole les autres, l’adolescente découvre une nouvelle conjugaison du regard. Ce n’est plus seulement celui qu’elle porte sur elle-même que la jeune fille doit assumer, mais celui de l’autre, que sa sexualité naissante autorise. Et parmi tous ces regards, reste le plus important d’entre tous : celui du père.
L’apparition de la puberté ne dépend pas du désir de la fillette. Elle entraîne diverses modifications pour la jeune fille. Elle grandit, son bassin s’élargit, ses seins apparaissent puis ses règles, qui marquent l’entrée véritable dans la puberté liée au développement de tout l’appareil génital et reproductif. La jeune fille peut alors avoir des rapports sexuels et enfanter. Est-elle pour autant devenue une femme ? Ce n’est pas si simple. Un travail psychique complexe est nécessaire pour assumer de tels bouleversements et se déroule selon des critères totalement subjectifs. Entre la joie d’accéder enfin à un statut de femme, l’indifférence, le refus du corps sexué, toutes les attitudes peuvent se rencontrer. Préparée ou avertie par sa mère, l’adolescente reste cependant saisie par la nouveauté de la transformation, et la violence que son corps lui fait vivre. Les premières règles scandent son entrée dans un nouveau monde : celui des femmes. Mais l’écoulement menstruel est souvent vécu de façon passive et angoissée, surtout si les premières règles sont douloureuses. Les échanges et la relation avec la mère déterminent la qualité de ce passage. Les autres modifications du corps sont progressives et impliquent une nouvelle donne, celle du regard que la jeune fille va explorer dans toutes ses dimensions.
La jeune fille se regarde désormais autrement. Elle passe des heures devant le miroir et monopolise la salle de bains. Interrogations, inquiétude, vérifications, comparaisons : elle cherche à trouver une harmonie entre elle-même et cette nouvelle image dans laquelle elle peine à se reconnaître.
Le passage de la fillette à la jeune fille est en effet authentifié par le regard de désir que l’autre lui renvoie, qui est déterminant pour la construction de son identité. La fille a besoin de quitter son premier objet, sa mère, «pour trouver son chemin jusqu’à son père»(1) résumait clairement Sigmund Freud.
Par la qualité de son regard, le père va donner le la qui présidera au futur rapport au monde de sa fille. Car, dans la façon qu’il a de la faire exister, le regard paternel servira de référence à la femme qu’elle deviendra pour se positionner face aux hommes. L’adolescence est une histoire de regards, puisque c’est principalement par lui que le désir circule. Avec la puberté, la jeune fille doit faire l’apprentissage d’un nouveau rapport au monde à travers différents regards :
– le sien sur elle-même ;
– celui des autres sur elle et surtout sur son corps ;
– enfin le sien sur les autres.
Entre le regard de la jeune fille dans son miroir et le «Tu as vu, il m’a regardée, il m’a regardée !» de la cour du lycée, il y a celui du père : le seul homme qui lui soit véritablement interdit, avec son frère, et dont la qualité du regard détermine l’harmonieuse conjugaison de tous les autres.
Comment père et fille peuvent-ils traverser ce moment délicat où cette dernière acquiert un corps désirant et désirable ? Le père voit sa fille se transformer sous ses yeux. Elle a tendance à s’éloigner de lui, ne réclame plus de câlins. Il est important de reconnaître que ce passage n’est jamais exempt de désir. Que ce soit du côté du père ou du côté de la fille. Entre le trop et le trop peu, la position du père est des plus subtiles. La jeune fille a besoin d’être reconnue par son père en tant que femme pour être rassurée sur sa capacité à plaire et à se faire aimer. À défaut, elle cherchera toute sa vie compensation de ce regard dans celui des hommes qu’elle rencontrera. Mais si le père reconnaît la femme naissante qu’elle devient, avec ambiguïté, alors sa fille risque de se figer dans une positon névrotique qui entravera sa vie amoureuse. C’est dire la subtilité de ce regard ! Toute fille est ainsi, quel que soit son âge, soumise étroitement au regard de son père qui détermine, nous l’avons vu « le devenir femme » de la fille. Les nombreuses impasses du « devenir femme » trouvent souvent leur origine dans ce rapport singulier entre un père et sa fille. Elles seront à entendre au singulier de chaque psychothérapie ou psychanalyse.

(1) Sigmund Freud, La Vie sexuelle (recueil d'articles 1907-1931), PUF, 1992, p.139.

Didier Lauru

Psychiatre, psychanalyste, auteur de Père-fille, une histoire de regard, Albin-Michel, 06.

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N°561 - décembre 06 / janvier 07 - L'école des parents

Dossier
"Parler de sexualité" I Regards croisés

Sexualité de l’enfant
Jeux interdits…
Éduquer les enfants à la sexualité, c’est trouver les mots, les accompagner et pas uniquement les mettre en garde.
Sophie Asselineau Françoise Petitot
Psychologue scolaire à Orly en région parisienne. Le texte qui présente son travail de prévention de la maltraitance et des agressions sexuelles à l’école est disponible sur : http://www.ac creteil.fr Psychanalyste. Elle a organisé avec le Grape (Groupe de recherche et d’action pour l’enfance) le colloque « L’enfant, l’adulte, la loi : l’ère du soupçon ? » Erès, 2000. Elle a travaillé pour la Sauvegarde de l’Enfance auprès de familles bénéficiant de mesures d’Aemo Elle anime des formations auprès des intervenants psycho-socio-éducatifs. Elle est rédactrice en chef de La lettre de l’enfance et de l’adolescence, revue du Grape éditée par Erès, qui publie un numéro sur la prévention des abus sexuels et publiera en juin 2007 L’enfant et son sexe.

Dans un contexte perturbé (pornographie, pédophilie, craintes et obsession des parents et des professionnels…) comment a évolué la sexualité de l’enfant ces trente dernières années ?
Sophie Asselineau : Ce qui semble avoir le plus évolué, c’est la confrontation quasi-quotidienne des enfants à des images, des représentations, des scénarios concernant la sexualité adulte. Les différents médias inondent et bombardent les enfants d’informations à caractère sexuel. La question des limites et des distances se brouille ainsi que celle des interdits fondamentaux. Les images à caractère sexuel présentées aux enfants provoquent chez eux une excitation qu’ils ne peuvent contrôler et qui les désorganise complètement. Dans cette « surenchère sexuelle » les émotions et les sentiments (amour, plaisir, désir, joie, pudeur, fébrilité…) sont très souvent évacués. Or l’enfant ne peut devenir sujet à part entière qu’en se situant dans la différence des sexes et des générations. Dans un contexte perturbé, il semblerait adéquat de donner aux enfants le sens de ce qui appartient au domaine privé, à l’intime et de ce qui appartient au domaine public.

Françoise Petitot : La sexualité des enfants, en particulier la sexualité entre enfants et adultes, a connu une évolution un peu identique à la question de la maltraitance. De nombreux gestes n’attiraient pas l’attention : une caresse sur la tête d’un enfant que l’on trouvait « mignon » ne faisait pas réagir comme aujourd’hui… La question de la représentation érotisée du corps à corps ne se posait pas de la même façon. Mais les enfants ont toujours eu affaire au désir qu’ils suscitent chez les adultes. Des enfants jeunes ou adolescents dégagent une charge érotique importante. Une petite fille qui devient pubère est très émouvante. Une enfant de 5 ans déployant des techniques de séduction perfectionnées dame le pion à bien des femmes ! Et que dire du corps des bébés que beaucoup d’adultes prennent plaisir à tripoter ? Ce n’est pas de la sexualité consommée, mais il est bien question de plaisir. Cette dimension érotique fait partie de la relation adulte/enfant. Les adultes se montrent parfois troublés mais on peut être troublé sans que ce soit excessif et insupportable et bien sûr cela ne justifie aucun passage à l’acte. Dans ce temps de chasse au pédophile, on ne peut que se réjouir que l’enfant ne soit plus soumis à ces modes d’attouchements parfois impudiques et invasifs. Mais l’on peut aussi s’interroger sur cette distance qu’elle impose. Il y a nécessité du contact, de l’enveloppe, de l’embrassement, du geste… Être regardée comme une femme en devenir à l’adolescence par son père ou un adulte n’est pas qu’insupportable, c’est aussi important, cela aide à grandir et à s’affirmer.

Laisse-t-on une place suffisante à l’enfant pour qu’il vive l’éveil de sa sexualité ? N’a-t-on pas tendance à oublier qu’il existe une sexualité infantile ?
S.A. : Plutôt qu’oublier, il me semble que l’on a tendance à occulter, à refouler l’existence de la sexualité infantile. Dolto écrivait dans La Cause des enfants : « La mémoire chez l’adulte efface tout ce qui était de la période préœdipienne. C’est pour cela que la société a tant de peine à accepter la sexualité infantile. » Lorsqu’en 1917, Freud évoque la sexualité infantile, il désigne « tout ce qui concerne les activités de la première enfance en quête de jouissance locale que tel ou tel organe est susceptible de procurer ». L’idée d’une sexualité infantile fait alors scandale et vient contredire le mythe d’une enfance innocente, comme si la sexualité était d’emblée entachée de faute et d’impureté. La caractéristique de la sexualité infantile c’est d’être du « sexuel présexuel » (Colette Chiland, Enfances et psy, n°3). C’est bien sexuel mais ce n’est pas une sexualité accomplie, adulte, génitale. La sexualité infantile, c’est le droit à une curiosité sur ce que sont les relations sexuelles.

F.P. : Tout le monde savait que les petits enfants se masturbaient, on leur attachait les mains pour ne pas qu’ils le fassent : cela rend sourd, disait-on ! On se montrait plus indulgent, dans certains milieux, sur des scènes hétérosexuelles entre enfants, du genre jeux « de docteur », ou « de papa et de maman »… Nous avons connu une période marquée par la psychanalyse, de reconnaissance de la sexualité de l’enfant. D’autre part, l’innocence de l’enfant, telle que nous l’entendons aujourd’hui, pur, qui ne connaît ni la haine ni la sexualité, n’était pas l’idée dominante. Ce qui a changé, avec cette polarisation sur les abus sexuels, c’est cette idée que l’enfant est obligatoirement traumatisé de la rencontre avec la sexualité génitale et éventuellement adulte. Je ne justifie évidemment aucun comportement mais j’interroge ce prisme unique de la victimisation comme façon d’envisager les choses.
Aujourd’hui, si un animateur surprend un enfant qui s’adonne discrètement à des plaisirs solitaires, il n’interviendra pas forcément. En revanche, si l’enfant se livre à des expériences avec son camarade de chambrée, ce sera problématique. S’il existe un écart d’âge entre les deux, la question sera perçue comme plus dramatique encore, mais même si les enfants ont le même âge, cela restera un souci. Car notre ère est aussi celle du règne du consentement et traîne toujours, en arrière-plan, l’idée qu’il y aurait une victime et un agresseur. Ces enfants étaient-ils d’accord, explicitement, pour tous les gestes qu’ils ont faits ensemble ? Devant la colère ou le désaccord des adultes, il est ensuite extrêmement difficile d’apprécier ce degré d’accord… Sans compter que les enfants n’ont pas légalement le pouvoir de consentir. Car ce qui pose question, c’est la façon dont les adultes gèrent ces affaires en particulier le recours systématique au judiciaire. Cela dit, il est vrai que l’on voit davantage d’enfants qui développent une érotisation faussement génitale, discordante avec leur âge et très probablement liée à leur environnement (cassettes pornographiques, ébats entre adultes…). On repère des histoires sexuelles entre enfants qui sont d’une autre teneur que celles auxquelles on était habitué.

Comment éduquer les enfants d’aujourd’hui à la sexualité ?
S.A. : Éduquer les enfants d’aujourd’hui à la sexualité, c’est au minimum leur donner des mots, les accompagner, c’est-à-dire ne pas les abandonner aux images, informations, scénarios véhiculés par les médias. Informer ne signifie pas pour autant « faire vivre ». Informations et expériences demeurent distinctes et même un enfant informé peut continuer à élaborer ses propres théories sexuelles.
Il me semble important de présenter une vision globale de la sexualité humaine et de donner des pistes de réflexion pour une éducation à la responsabilité sexuelle, à la fois explicite et positive, qui ne se contentent pas d’uniques descriptions biologiques et techniques. Les enfants ont alors la possibilité d’en parler et de ne pas être malmenés par les éléments d’une sexualité adulte où dominent souvent des modèles de performance, de compétition, de consommation, de soumission et de domination. C’est à l’école de leur donner le sens du vocabulaire et l’éducation à la responsabilité sexuelle consiste à expliciter le vocabulaire de la parenté. Dans ce domaine, la littérature enfantine peut considérablement soutenir l’enfant dans la constitution de son propre regard sur le monde, dans la compréhension et la maîtrise des événements proposés à son imaginaire. Cela facilite également la communication entre l’adulte et l’enfant en donnant parfois aux éducateurs, les « mots pour dire »…
L’éducation à la sexualité, dans ses dimensions psychologiques, affectives, sociales et culturelles, est une composante de l’éducation à la citoyenneté (image de soi, rapport à l’autre, mixité…). Je crois que l’école a un rôle spécifique et complémentaire à jouer, en plus de celui des familles, dans la construction individuelle des enfants. Enfin, une réelle prévention de la maltraitance et des agressions sexuelles ne peut se concevoir sans une éducation précoce à la responsabilité sexuelle. Si elle est vivement souhaitable en dehors de l’école, elle risque bien de ne jamais atteindre les enfants qui en ont le plus besoin. Elle permet également un travail sur le corps à l’école : le grand absent de l’école, c’est la présence physique, sensible, le corps de l’élève… et de l’adulte.

F.P. : La thématique de l’éducation à la sexualité à l’école n’est abordée que sous l’angle du danger et du risque : Sida, MST, abus sexuels, violences sexuelles, grossesses non désirées… Éduquer c’est prévenir. Pour prévenir, concernant la question des risques et des abus, il faut organiser une représentation de ce qu’est la sexualité. Or parler de sexualité signifie aborder la question du désir et de la jouissance. Ce sont des questions qui ne sont pas de l’ordre du « transmissible », qui ne peuvent pas être prises dans un apprentissage cognitif. Je ne suis donc pas certaine que ce soit à l’Éducation nationale de traiter ces questions, notamment pour les enfants de l’âge de la maternelle et du primaire.

Propos recueillis par Isabelle Guardiola

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N°561 - décembre 06 / janvier 07 - L'école des parents

Terrain I Paroles de professionnels

Médiateurs familiaux
Penseurs de conflits
Les médiateurs familiaux aident les couples en rupture à inventer des solutions d’avenir.

Le métier de médiateur familial existe en France depuis le début des années 1990. Il est né dans les pays anglo-saxons, au Canada notamment, alimenté par une réflexion en cours depuis les années 1970, autour des changements sociaux : place de l’enfant, émancipation de la femme, augmentation du nombre de divorces… La législation a cadré ces changements, jusqu’à la loi du 14 mars 2002 (1) renforçant le principe de coparentalité. C’est dans ce contexte qu’est apparue la médiation familiale, à laquelle se sont formés nombre de travailleurs sociaux, éducateurs ou assistants sociaux. La médiation familiale constitue un espace pour le couple en rupture. Le temps en moyenne de huit séances d’une heure et demie, le médiateur va réunir ce couple meurtri, lui permettre de revisiter l’histoire de sa séparation et d’envisager, concrètement, des solutions pour sa nouvelle vie. Se fixer des objectifs pour la séance suivante. « Et si vous rêviez, maintenant, comment est-ce que ce serait ? » formule souvent un médiateur avant de ramener les gens vers le concret. Aider les personnes à formuler des choses toutes simples mais qu’elles n’ont jamais dites. La séparation est la situation que rencontrent le plus les médiateurs familiaux mais ils peuvent travailler sur d’autres types de conflits : émancipation d’un jeune adulte, décisions à prendre concernant un parent âgé, organisation dans une famille recomposée, succession, indivision familiale…
Dominique Lefeuvre et Marie-Claude Coustenoble sont médiateurs familiaux pour le département de Paris, un service aux prestations gratuites pour les résidents parisiens. Ils étaient tous deux assistants sociaux avant de se former à la médiation, une réorientation envisagée comme une continuité de leur métier initial : « Je rencontrais les couples en séparation, mais n’avais qu’une vision partielle des difficultés qu’ils traversaient, explique Dominique Lefeuvre. L’idée d’intervenir sur le système familial m’intéressait. » Même logique de continuité pour Audrey Ringot, éducatrice spécialisée dans un service judiciaire de protection de l’enfance du Nord, qui intervient à la demande du juge des enfants, auprès des familles en difficulté ayant mis en danger leurs enfants : « Il m’arrivait très régulièrement de suivre des parents séparés ou en instance de séparation. Nous devons travailler avec eux sur leurs difficultés à être parents mais ils sont alors obnubilés par la crainte des conséquences de leur séparation… Lorsque j’ai entrepris, voici quatre ans, une formation à la médiation, j’ai mesuré la pertinence de cette démarche pour mon service. J’ai compris le réel besoin qu’il y avait à créer un espace où régler les conflits de séparation, pour que les collègues puissent continuer à travailler sur les questions de parentalité. » À l’issue de sa formation, Audrey Ringot défend son projet et obtient d’ouvrir une consultation en médiation pour les couples en séparation pour lesquels une mesure d’Aemo est en cours. Les prestations sont gratuites et les conditions éthiques et le cadre habituel de la médiation sont garantis : confidentialité, libre adhésion… « L’intérêt de cette démarche est qu’elle répond un peu à la même finalité que les mesures d’AEMO, en ce sens qu’elle ouvre un lieu de parole hors de la scène judiciaire. » Ces médiateurs travaillent seuls avec les couples. Isabelle Juès, au contraire, reçoit souvent les familles en co-médiation. Après avoir longtemps été salariée d’une association, elle exerce en libéral depuis trois ans et partage son cabinet avec deux collègues. Lorsque les personnes sont plus de deux (dans les cas de conflits de succession par exemple), ou lorsqu’il s’agit d’une médiation ordonnée par le juge, les médiatrices travaillent à deux : « Nous pensons que deux regards différents apportent une plus grande garantie d’impartialité aux familles, et peut-être une écoute plus fine. Cela nous permet ainsi lors des séances, que l’une soit plus dans l’action (annotant son fameux paper-board, outil incontournable du médiateur) tandis que l’autre observe davantage. »

Faire naître les solutions
Le choix, pour Isabelle Juès, de s’installer en libéral correspond à son envie de se centrer sur son métier. Coordinatrice de la formation de Nanterre (voir encadré), elle interroge beaucoup le statut du médiateur : « L’une de mes craintes autour de la création du diplôme d’État, est que le métier ne devienne l’une des nouvelles missions du travail social. La dérive et le risque possibles pour un professionnel du travail social, dont la structure est financée par l’État, est qu’il ne soit chargé de porter un message de paix sociale, celui par exemple de se comporter en “bon parent”. Or pour moi, le médiateur est indépendant et n’a pas de projet pour les personnes. » Isabelle Juès réaffirme ici le rôle du médiateur, celui de permettre aux gens de décider de ce qu’ils veulent construire, celui d’accompagner les personnes dans leur recherche d’accord. Mais surtout pas celui de préconiser une solution ni celui de protéger l’enfant : « On ne parle de l’enfant que parce que les parents s’y intéressent ». Une nuance importante que souligne également Audrey Ringot. Elle ne suit pas dans le cadre éducatif les personnes qu’elle rencontre en médiation, ses deux missions sont bien distinctes : « Je ne fais de rapport ni au juge aux affaires familiales, ni au juge des enfants, ni à mes collègues. La mesure d’AEMO implique aide et conseil. En médiation, je suis dans l’écoute, la reformulation, l’empathie des émotions, pour les mettre en évidence et permettre à chacun de s’exprimer. J’ai dû apprendre à mettre de côté certains outils qui me venaient facilement, comme le conseil, les propositions… » Protéger l’enfant peut être cependant une motivation très présente pour le médiateur. Marie-Claude Coustenoble explique aimer se trouver en face de personnes dont les intérêts divergent mais se rejoignent sur un objectif, le bien-être de l’enfant : « On parle beaucoup des enfants en médiation, sans les voir. On les fait peu venir, sauf les adolescents. Ce qui me plaît beaucoup dans mon métier est de sortir les enfants d’un conflit insupportable. J’aime les choses raisonnables et j’aime mettre du raisonnable dans les conflits. C’est toute la difficulté, dans certaines relations de couple, fusionnelles, passionnées et hystériques. »

Un espace de créativité
Le médiateur apparaît comme le tiers. Il aide à penser et met de l’espace entre deux personnes qui ne parviennent pas à se séparer. Les couples que reçoivent les médiateurs sont parfois séparés physiquement depuis plusieurs années mais éprouvent toujours des difficultés à penser concrètement leur séparation, à dégager des solutions pratiques. La demande initiale masque souvent une impossibilité à se séparer. Comme ce couple, ne vivant plus ensemble depuis plusieurs années, entamant une médiation, la femme invoquant ses difficultés financières. La médiation permettra de montrer combien cette personne n’a pas fait le deuil de sa relation et que cette demande financière n’est qu’un moyen de continuer à lier son sort à celui de son mari. « De ma place de médiateur, exprime Dominique Lefeuvre, je me sens dégagé de ce qui se passe entre ces deux-là parce que je me concentre sur le dialogue et les solutions. Les personnes viennent avec leur souffrance, mais je ne la porte pas. Les gens ont tous les éléments pour connaître leur situation et la faire évoluer mais ils sont handicapés et entravés. Nous avons le pouvoir extraordinaire de les aider à mobiliser ce qu’ils ont en eux. Le changement m’ébahit ! » La démocratisation de la séparation ainsi que la diversité actuelle de modèles permet beaucoup de créativité. « Mais les gens ont toujours besoin d’être rassurés, souligne Marie-Claude Coustenoble. Mon travail est de leur proposer un cadre suffisamment contenant pour leur permettre de se réassurer. Mais dans tous les cas, les solutions qu’ils trouvent, ce sont les leurs. » Parfois cependant, le temps n’est pas encore à la médiation. Quand la souffrance est trop grande. Quand le dialogue ne permet pas d’aborder des histoires personnelles tellement chargées. Quand la pathologie de l’un empêche la démarche. Quand les mots sont tordus. Quand la violence est présente, faute de mots. « La médiation doit venir au bon moment, conclut Isabelle Juès. Lorsque les personnes ne sont pas prêtes, il s’agit de les déculpabiliser. »
(1)
Loi n°2002-305 du 14 mars 2002 relative à l'autorité parentale.

COMMENT DEVENIR MEDIATEUR FAMILIAL
Un décret datant de décembre 2003 a créé le diplôme d’État de médiateur familial, fruit d’un processus volontaire (de la part des médiateurs familiaux) de professionnaliser et de faire reconnaître leur métier. L’instauration de ce diplôme n’a pas été sans renoncement puisque la formation qui jusque-là était accessible à bac + 5, l’est à présent à bac + 3. Elle est ouverte à des candidats qui présentent un dossier et passent un entretien où l’on évalue motivation et capacité de prise de recul.
Les cours sont théoriques et pratiques la première année (jeux de rôle, mise en situation), la seconde année est consacrée au stage pratique et à la rédaction du mémoire, la soutenance étant organisée par la Drass.
En région parisienne, l’École des parents et des éducateurs et l’université de Nanterre sont les lieux de référence de cette formation.

Isabelle Guardiola

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Pratique I Info santé

Infections sexuellement transmissibles
Les indésirables

Ca démange, ça gratte, ça pique ! Ca brûle, même lors des rapports sexuels, surtout pour les filles. Et le plaisir se transforme en douleur. On se dit que ça passera… On n’ose pas trop en parler à son partenaire, d’autant qu’on en a toujours un peu honte – ce sont des maladies qui s’attrapent, avec d’autres... Et ceux qui les baptisèrent ne nous ont guère aidés, leur petit nom n’est pas de ceux qu’on susurre à l’oreille… On les prononce plutôt du bout des lèvres, le regard baissé. Candidose, chlamydiose, blennoragie, herpès, condylomes, Syphilis1, hépatite B2, désormais elles se nomment infections sexuellement transmissibles (IST). Elles sont causées par des champignons, des bactéries ou des virus, certaines sont bénignes, même si elles sont handicapantes, d’autres peuvent entraîner des complications irréversibles comme des stérilités ou des cancers. Il ne faut pas hésiter à consulter. D’autant que, si à la fin des années 1980, la peur du Sida avait favorisé leur régression grâce à l’utilisation des préservatifs, elles sont aujourd’hui en nette recrudescence en raison du relâchement de la prévention. Petit tour d’horizon de ces indésirables filles du plaisir, et des moyens de les prévenir ou d’en guérir.

Candidose ou mycose génitale
La plus banale des IST, elle concerne surtout les filles. On la doit à un champignon microscopique (candida) qui se transmet par le linge sale, le sable des plages ou les excréments. L’hygiène intime est fondamentale. Elle provoque de fortes démangeaisons et des douleurs pendant les rapports, associées à des pertes blanchâtres épaisses. Traitement : ovules vaginaux. Les vêtements serrés et les sous-vêtements en synthétique sont à éviter pendant l’infection.
Chlamydiose
La plus fréquente. Causée par des bactéries, les chlamydiae, présentes dans le sperme ou les sécrétions vaginales, elle peut rester très discrète chez les garçons (petites démangeaisons, brûlures en urinant ou écoulement de pus). Les filles peuvent avoir des pertes blanchâtres, de petites infections urinaires. Elle peut entraîner une infection des canaux spermatiques ou des trompes de Fallope (salpingite) et une stérilité définitive. Traitement : antibiotiques pour les deux partenaires.
Blennoragie ou gonorrhée
C’est l’une des plus répandues, la fameuse « chaude-pisse ». Elle est due à une bactérie, le gonocoque, qui se transmet par le sperme ou les sécrétions vaginales. Chez les garçons, elle provoque des sensations marquées de brûlures en urinant et d’écoulement de pus. Les filles ne voient ni ne ressentent rien. La blennoragie peut entraîner une infection de la vessie, de la prostate ou des testicules pour les garçons et des trompes pour les filles, d’où une stérilité définitive. Traitement : antibiotiques.
Herpès génital
Il représente 10% des IST et 2 millions de Français en seraient atteints. Il résulte d’un virus, qui se transmet lors des rapports par simple contact avec la peau surtout lors des poussées. Il provoque dans un premier temps des démangeaisons et des brûlures en urinant, puis de petites cloques sur la verge ou sur la vulve apparaissent, qui se transforment en petites plaies à vif. Il peut favoriser le cancer de la prostate ou du col de l’utérus et la stérilité pour les femmes. Il est à l’origine de complications pendant l’accouchement et le bébé est souvent contaminé. Traitement : il n’existe pas de traitement du virus. On peut seulement atténuer les effets et réduire la contagiosité. L’herpès reste souvent latent dans l’organisme et réapparaît par poussées au long de la vie.
Condylomes ou « crêtes de coq »
Ils sont dus à un virus, le papillomavirus et se transmettent par simple contact avec la peau. Les milieux humides comme les piscines favorisent la contagion. Ils provoquent de petites verrues sur le pénis ou sur la vulve. Il peut, exceptionnellement, favoriser le cancer de l’utérus. Traitement : électrocoagulation. La guérison définitive est rare. Les deux partenaires doivent être traités.
Syphilis
On la croyait disparue mais elle réapparaît en force. Elle est causée par une bactérie, le tréponème et se transmet surtout par voie sexuelle ou par la salive.Les complications se déclarent dix à quarante ans plus tard et atteignent le système neurologique ou cardiovasculaire. Traitement : antibiotique.

Les informations concernant les IST sont extraites de La grande encyclopédie des parents et de la famille, Fleurus, 2006.

Isabelle Magos


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