Revue L'école des parents
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I POUR EN SAVOIR + I


N°562 - février / mars 07 - L'école des parents

Actualité I Entretien avec Stéphane Beaud

Les invisibles
Le sociologue pose un regard clairvoyant sur les classes populaires, dénonce L’insuffisance de l’école, l’abandon des jeunes des cités, la pression du travail, la souffrance sociale intériorisée.

--- Début de l'article
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Au moment où se multiplient les tentes des Enfants de Don Quichotte, rendant visibles les sans-abri et donnant pleine actualité à votre ouvrage La France invisible, la question serait : la seule façon d’exister est-elle donc de se donner en spectacle ?
Stéphane Beaud : C’est très symptomatique de notre fonctionnement… Il y a plus de vingt ans qu’on parle des « nouveaux pauvres »… On assiste à la montée des SDF avec indifférence… On les croise, on les oublie, on est habitué… Et puis il y a un coup de force symbolique. On met enfin sur la place publique ce scandale humanitaire. Mais ce qui me frappe, c’est le contraste entre le discours compassionnel et la taille des budgets. L’argent est toujours le nerf de la guerre. La solidarité nationale passe par la redistribution… Or, quel décalage entre les besoins des « pauvres » et la demande de consolidation des acquis des classes supérieures !

N’est ce pas le signe de l’effritement de certains liens de proximité ? Du manque de relais intermédiaires ? L’individu n’aurait alors comme seule défense illusoire que de se confier aux médias ?
S.B. : Déjà Tocqueville (1805-1859, penseur politique français, ndlr) avait parlé du déclin des corps intermédiaires. Il y a un effritement des petits relais, des associations, un essoufflement des partis, des syndicats, des associations de parents d’élèves. Comment faire pour donner la parole aux sans parole?? À ceux qui sont parlés plus qu’ils ne parlent ? L’objectif du livre La France invisible était d’aller observer les phénomènes de violences invisibles, et, comme le suggère le sociologue Robert Castel1, auteur de L’insécurité sociale, d’étudier les phénomènes de production de l’exclusion dans leurs mécanismes concrets. Sans nier la désaffiliation individuelle et familiale, il y a aussi disparition des « protections rapprochées ».
(…)
Vous parlez beaucoup de la dégradation des conditions de travail (contrats précaires, démotivation, pression, accidents…). La focalisation sur le chômage aurait- elle fait passer ces questions au second plan ?
S.B. : La persistance d’un fort taux de chômage fait penser que « si on a du travail, il ne faut pas se plaindre, on a de la chance ! » Et c’est ainsi aussi que les pratiques se pervertissent sur les lieux de travail. Beaucoup de salariés acceptent la pression, l’usure, des conditions de travail indécentes parce que « au moins ils ont un travail ».La réalité de la vie au travail, du fait de la faible syndicalisation, est très peu connue ; or, l’univers du travail est devenu anomique. La concurrence est serrée entre titulaires et contractuels, entre salariés et intérimaires et stagiaires, entre hommes et femmes, entre générations, entre nationalités. C’est un univers conflictuel, hostile, qui peut dans certaines circonstances être ouvertement raciste. Actuellement, beaucoup de jeunes entrent ainsi à reculons dans la vie active : ils ont un contrat précaire (ce sont des salariés Kleenex), un avenir professionnel bouché. Ceux qui vivaient d’espoir collectif sont aujourd’hui dans la désespérance. Chacun cherche ainsi une « niche », pour se protéger. Voir l’attrait énorme chez eux, de la fonction publique !

(…)

Propos recueillis par Colette Barroux-Chabanol


 

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N°562 - février / mars 07 - L'école des parents

Actualité I Tendances de la recherche

Homoparentalité
La nouvelle répartition des rôles
Les enfants élevés par des couples homosexuels ne vont pas plus mal que les autres. Aussi, les chercheurs envisagent-t-ils désormais ce fait social nouveau comme un questionnement sur la filiation dans notre société contemporaine.

--- Début de l'article ---
Voici quelques années, parler de la filiation de deux personnes de même sexe revenait à agiter un épouvantail. La controverse s’est apaisée, en partie grâce aux apports des recherches en sciences sociales réalisées principalement par les sociologues de la famille. Aujourd’hui, en France, ils seraient environ 100 000 enfants à être élevés par des couples homosexuels.
Une grande partie des recherches ont été menées dans les pays anglo-saxons – signalons cependant les travaux du pédopsychiatre Stéphane Nadaud en France. Elles ont porté sur le développement et le bien-être des enfants élevés par des couples de parents de même sexe. Leurs conclusions s’accordent pour reconnaître que ces enfants présentent un développement qui s’inscrit dans la moyenne et ne présentent pas de pathologies notables. Nous ne pouvons pas citer ici toutes les études qui s’intéressent à la qualité des soins, à l’attention apportée et au développement des enfants (Mucklow et Phelan, 1979 ; Kirkpatrick et al., 1981 ; Flaks et al., 1995 ; Brewaeys et al., 1997 ; Chan et al., 1998 MacCallum et Golombok, 2004…). Leur méthodologie repose sur une comparaison entre parents homosexuels et hétérosexuels, et les chercheurs concluent à une absence de différence dans les interactions. Ils constatent qu’être élevé dans ce type de famille ne semble avoir aucune incidence sur le développement de l’identité sexuelle ni sur le développement psychologique de façon générale. De son côté, le travail de Brewaeys et al. (1997) affirme même que les soins à l’enfant sont partagés plus équitablement dans les couples de femmes que dans les couples hétérosexuels. D’après cette étude, les enfants élevés par un couple de lesbiennes considèrent leur « mère sociale » (voir lexique) exactement comme un père pour les enfants de couples hétérosexuels, mais en plus, elles entretiennent plus d’interactions que ces derniers avec leur enfant. Golombok quant à lui démontrait, dans une étude publiée la même année, que les mères lesbiennes avaient plus d’interactions avec leurs enfants que les mères hétérosexuelles.
Cette première série de travaux réalisés, la question continue d’intéresser les chercheurs et de nombreuses conférences internationales réunissent anthropologues, ethnologues, pédo-psychiatres, sociologues, psychologues et juristes pour présenter l’actualité de la recherche autour de l’homoparentalité. Le point de vue a cependant changé. Il ne s’agit plus tant de savoir si les enfants élevés par des couples homosexuels « vont bien » mais plutôt de comprendre de quelle manière la famille homoparentale interroge la famille dans son ensemble.

(…)
Isabelle Guardiola


 

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N°562 - février / mars 07 - L'école des parents

Dossier "La rue" I Enquête

Espace public
Stationnement interdit
La rue, tout à la fois un espace de rencontre et dernier refuge des exclus, n’est plus adaptée aux personnes âgées.

--- Début de l'article ---
Circulez, y a rien à voir ». La rue est un lieu de passage, pas conçu pour qu’on s’y éternise. Mais la rue fait la une des journaux… lorsque l’hiver s’en mêle et que les pauvres y grelottent… ou lorsque les mécontents y descendent pour manifester. Hormis ces temps de crise, on oublie un peu ce que symbolise cet espace aménagé que piétons, voitures et vélos utilisent pour aller d’un endroit à un autre, frontière entre le dedans et le dehors, cette étendue bitumée où déambulent des humains de tous âges, des riches, des miséreux, des bienveillants, des malfrats, ce ruban gris bordé d’immeubles ou de boutiques, juste fait pour être emprunté. La rue tient en équilibre précaire entre civilité et hostilité : chacun y porte un masque imposé par les règles de savoir-vivre sur un espace public, tout en étant tenté parfois par la transgression… impolitesse, indécence, agressivité, vacarme, sans-gêne, dégradation,vol. La rue se partage et ne s’approprie pas… À peine est-elle parfois un refuge contre des violences privées, à peine offre-t-elle son vide à tous les aventuriers en détresse, aux évadés de tout poil, aux errants sans espoir.
Inutile de rappeler que les nuisances de la ville perceptibles dans les rues ne datent pas d’hier. Lorsqu’il faisait bon « tenir le haut du pavé » pour échapper au ruissellement des eaux usées dans le caniveau central, lorsque l’éclairage public trop rare facilitait les meurtres de l’ombre, lorsque les voleurs profitaient des attroupements pour dérober la bourse des chalands, lorsque les cours des miracles abritaient en ville jusqu’à 500 familles entassées, lorsque les cadavres des victimes du choléra succédaient à ceux des victimes de la peste, la rue était plutôt menaçante.
Si l’hygiène publique a largement amélioré l’état sanitaire des villes, si les néons rendent la vie nocturne moins risquée, les larcins et incivilités y prospèrent tout autant, et les SDF éparpillés au long des bouches de chaleur (fussent-ils sous tente) n’ont rien à envier aux gueux du Moyen Âge.
Espace public, et pourtant de moins en moins espace commun, la rue est une scène où sont censées se réguler des relations. La rue impose des codes de conduite, variables selon les quartiers. Les humains y sortent vêtus, saluent leurs connaissances, évitent de se bousculer, respectent le code de la route. Ils peuvent avoir affaire à la police en cas de vol à la tire, d’outrage à la pudeur, d’insultes, d’échanges de coups, de dommages causés sur la voie publique. Ils peuvent se rassembler et manifester à condition toutefois de le déclarer. (…)
La rue est aussi l’endroit où, quittant l’abri que constitue le domicile, l’identité d’un individu peut être contrôlée. Même si un contrôle au faciès est illégal, il reste que les dispositions de la loi du 23 janvier 2006 intégrées dans le code de procédure pénale (Art. 78-1 à 78-6) permettent de multiples interpellations sous des prétextes variés.
Le refuge des errants
Étrange refuge que la rue, ouverte à tous les regards, à tous les climats, à toutes les brutalités, n’offrant que la charité, l’assistance ou l’indifférence comme protection à ceux qui choisissent d’y séjourner, faute d’autre lieu.
Espace du va et vient des passants ordinaires, tenus de composer avec les autres usagers (véhicules, rollers, trottinettes, chiens…), la rue est aussi celui des errants. Fugueurs, « nomades du vide » comme les appelait François Chobeaux (La Découverte, 2004)?! Ces jeunes, souvent déscolarisés, adoptent une vie précaire après un départ de chez eux qui ressemble à une fuite et sont en quête d’une identité perdue ou d’une vie moins maltraitante. Étudiés par les enquêtes de l’Ined (Maryse Marpsat), de l’Observatoire de l’enfance (Marie Choquet, 2001), par Pierre G. Coslin, auteur de Les conduites à risque à l’adolescence (Armand Colin, 2003), les jeunes fugueurs

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Colette Barroux-Chabanol


 

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Pratique I Info santé

Pipi au lit
La honte au quotidien
Plus de 450 000 petits Français de 5-6 ans sont atteints d’énurésie : un tabou persistant.

--- Début de l'article ---
Pipi au lit a un nom savant : l’énurésie. Un papyrus égyptien atteste que le problème existait déjà 3?500 ans avant notre ère ! Pourtant le sujet reste tabou pour les familles et certains parents n’osent pas demander d’aide à un médecin…
On distingue deux types d’énurésie : la primaire, celle des enfants qui n’ont jamais cessé de faire pipi au lit ; la secondaire, celle des enfants qui ont été propres au moins six mois de suite et qui recommencent à mouiller leur lit.
Les causes restent difficiles à expliquer. Certains médecins pensent qu’il s’agit d’une maladie et prescrivent des médicaments. Ce n’est pas l’avis du docteur Christophe Philippe, pédiatre spécialiste de l’énurésie et des troubles mictionnels (fuites urinaires) à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (92) : « Certains pensent que cela va déculpabiliser l’enfant de lui dire qu’il est malade ; en réalité, souvent cela l’angoisse… Moi je soigne l’enfant énurétique, pas l’énurésie. » Cependant, un diabète ou une maladie rénale peuvent en être la cause. Il faut donc toujours consulter un médecin pour s’assurer que ce problème n’en cache pas un plus grave.
(...)
Isabelle Guardiola


 

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