N°563-HS
- mars 07
- L'école des parents
I
Colloque "Autour du bébé..."
I
Echographie
et processus de parentalité
Arrêt sur image
Les futurs parents doivent
désormais composer avec ces nouvelles images médicales
qui provoquent parfois une difficile confrontation entre bébé
imaginaire et bébé réel.
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Début de l'article
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Les avancées médicales
récentes, de la génétique à l’imagerie,
se conjuguent pour placer le fœtus sous le feu croisé
de différentes techniques qui s’inscrivent dans
une politique de santé publique du « bien naître
». Dans ce cadre, l’échographie obstétricale
a provoqué une véritable révolution dans
l’attente d’un enfant non seulement sur le plan
de la surveillance médicale – en particulier
au niveau du dépistage prénatal des malformations
foetales – mais aussi au niveau du processus de parentalité.
De
la « vertu imaginative » à « l’enfant
imaginé »
Avant d’être un enfant réel, au sens
d’un enfant visible que chacun pourra voir et tenir
dans ses bras, le fœtus relève du monde de l’imaginaire
et du fantasme. Il est cependant bien réel, aussi
réel que le nouveau-né le jour de sa naissance.
Ce qui s’oppose à cette réalité,
c’est la virtualité du projet que l’on
construit à son propos, projet qui précède
l’enfant à naître et le façonne
d’une certaine manière.
Les historiens nous rappellent que la « vertu imaginative
de la mère » (1)
s’est exercée de tout temps, pour tenter de
visualiser avant l’heure celui qui se dérobe
au regard pendant de longs mois. Si le corps de la mère
n’est pas transparent, on le suppose cependant perméable,
puisqu’on pensait que tout ce qui atteignait la future
mère, d’une façon ou d’une autre,
avait des effets sur le foetus. La future mère avait
des devoirs – par exemple se soumettre à des
règles d’hygiène ou éviter les
émotions trop fortes – et des droits ou plutôt
des exigences : rien ne devait s’opposer à
ses « envies » et à ses désirs.
Cette vertu imaginative était une arme à double
tranchant : elle pouvait transformer l’enfant en ange,
en démon ou en monstre ; elle pouvait « marquer
» le nouveau-né de façon indélébile
: tâches de vin, fraise ou grappe de raisins. Ces
croyances peuvent s’interpréter comme des activités
divinatoires pour percer le secret de fabrication et comme
des tentatives d’infléchir le cours de cette
fabrication au plus prés des désirs des futurs
parents ; elles peuvent aussi s’interpréter
comme des manifestations de l’ambivalence et de l’emprise
: ambivalence et emprise de l’entourage qui contraint
la femme enceinte, à défaut de pouvoir maîtriser
« le fruit de ses entrailles », et emprise de
la future mère sur un enfant à naître
qu’elle peut « marquer » de ses désirs
de vie et de mort. À son tour, ce foetus est potentiellement
tout puissant : il peut faire le bonheur de sa mère
: à elle de le mériter ; il peut faire son
malheur : elle l’a bien mérité ! Dans
cette perspective, la mère se défi nit par
sa toute-puissance que rien ni personne, et surtout pas
le père, ne peuvent entraver.
Cette débauche de croyances, ce délire imaginatif,
est à la mesure de l’incapacité des
futurs parents et de leur entourage, affectif et médical,
de percer, du dehors, le mystère de ce foetus, en
dedans. Percer le secret de la vie, c’est à
dire le secret de ses origines, est un rêve qui habite
tout humain. Jusqu’ici, ce pouvoir était l’apanage
des dieux qui seuls pouvaient tout voir et tout anticiper.
C’est le pouvoir que l’Ancien Testament prête
à Dieu : « Mes os n’étaient point
cachés de toi quand je fus façonné
dans le secret, brodé au profond de la terre ; mon
embryon, tes yeux le voyaient. »
De
l’enfant imaginé à l’image échographique
L’échographie, mais aussi toute la technologie
au service de l’investigation foetale, a transformé
radicalement l’attente de l’enfant. Elle vient
tout à coup estomper les limites du dehors et du
dedans : le foetus devient visible et par là, exposé
au regard. Il devient si présent sur la scène
réelle qu’on n’ose de moins en moins
parler de lui en termes de foetus. Il devient le «
bébé », terme faisant office de transition
entre foetus et nouveau-né, et les futurs parents
deviennent des « parents ». Si le rôle
de l’imagerie est majeur sur le plan de la surveillance
médicale, elle a un impact aussi radical sur les
processus psychiques en oeuvre pendant la gestation. Mais
de quelles façons ? En d’autres termes, les
images échographiques sont-elles dynamisantes au
niveau psychique ou, au contraire, ruinent-elles l’imaginaire
en dictant trop de sens à celui qui les regarde ?
(...)
(1).
Morel M.F. : Grossesse, foetus et histoire. La grossesse,
l’enfant virtuel et la parentalité, sous la
direction de Sylvain Missonnier, Bernard Golse, Michel Soulé,
Puf 2004, pp. 21-39.
Anne-Marie
Rajon
Médecin,
maître de conférences des universités,
praticien des hôpitaux, docteur en psychologie, psychanalyste
inscrite à l’Institut de psychanalyse de Paris,
CHU Paule-de-Viguier. |
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