Revue L'école des parents
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I POUR EN SAVOIR + I

N°564 - avril / mai 07 - L'école des parents

Actualité I Entretien avec Didier Sicard

Question d'éthique
Dans un monde dominé par les lois du marché et fasciné par l’innovation permanente, le comité national d’éthique prend le temps de la réflexion pour éclairer l’opinion publique.

Didier Sicard est chef du service de médecine interne de l’Hôpital Cochin et président du Comité consultatif national d’éthique.

--- Début de l'article ---
Depuis 1999, vous présidez le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé communément appelé le Comité d’éthique. Depuis Aristote et Spinoza, ce terme s’est notablement répandu… Que signifie aujourd’hui, pour les 40 personnes qui composent le Comité, le fait de « dire l’éthique » ?
Didier Sicard : Le CCNE ne « dit » pas l’éthique car l’éthique n’appartient à personne. Je définirais le travail du Comité d’éthique comme une interrogation croisée entre diverses expériences, diverses consciences, oeuvrant dans des champs différents, sur des questions qui mobilisent notre respect du genre humain. Ce qui nous unit, malgré nos divergences, c’est la volonté de chercher à chaque fois ce qui protège le mieux la dignité des personnes : qu’il s’agisse d’enfants, de personnes âgées, handicapées, détenues… Notre rôle n’est pas de rédiger les tables de la loi. Notre parole n’est jamais consensuelle. Après avoir été déstabilisés dans nos points de vue individuels et nous être trouvés souvent en terrain inconnu, nous nous rassemblons en quelque sorte autour d’un plus petit commun dénominateur… miraculeux !

Le CCNE qui a plus de 20 ans est donc une instance consultative. Il ne rend pas de jugements mais des avis. Quelle est la force de ces avis ? Qui en tient compte et d’ailleurs qui saisit le CCNE ?
D.S. : Le CCNE comme son nom l’indique est le seul à avoir une fonction nationale, et ceci depuis vingt-quatre ans. Nos avis – nous approchons de la centaine – ont leurs qualités – bonnes ou mauvaises – mais ce ne sont pas des leçons de morale. Nous n’organisons pas la société. Nous avons heureusement un rôle consultatif. Imaginez-vous ce que ce serait sinon ? Si l’éthique était récupérée par le pouvoir ? Il y aurait lieu de s’inquiéter d’une emprise totalitaire. Nos membres ne sont pas élus mais nommés et leur rôle est seulement d’éclairer l’opinion publique. Nous ne nous substituons pas au législateur.
En trois ou quatre siècles, la société est passée de la domination du pouvoir religieux à celle du pouvoir républicain, et maintenant à celle du pouvoir de l’économie. Il faut exercer un contrepoids à ces pouvoirs et se défier d’eux. Le problème est que le pouvoir économique est la forme la plus pernicieuse, car elle s’exerce avec la complicité des personnes. Le pouvoir du marché s’introduit dans le désir, alors que les deux autres formes de pouvoir étaient extérieures aux personnes. (…)

Propos recueillis par Colette Barroux-Chabanol


 

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Dossier "Partage des tâches, un bel idéal " I Enquête

Partage des tâches
Le ménage résiste !
Ils sont davantage présents auprès des petits, mais elles continuent d’assumer le travail domestique, réfractaire au partage équitable.

--- Début de l'article ---
Un humoriste du début du siècle dernier avait lancé cette boutade : « Si vous ne voulez plus voir un homme, épousez-le ! » Derrière le paradoxe apparent, se cachait le constat lucide des usages de l’époque : un homme qui gagnait le pain du ménage était légitimement autorisé à se délasser hors du foyer, à préférer le bistrot ou le club à l’espace de la maison dévolu à son épouse. La situation est-elle tellement différente aujourd’hui ? Assez peu. Certains analystes des attitudes masculines comme Alexandre Clemens, Anita Meidani et Daniel Welzer-Lang (dans le cadre du séminaire international tenu à Toulouse en 2004 sur « les hommes en changement ») soulignent combien le célibat post-conjugal est devenu pour les hommes un « moyen de digérer les critiques des ex-compagnes concernant le travail domestique ; une réponse aux interpellations égalitaires de ces dernières ». Les chiffres sont là : dans les couples, le temps libre des femmes est toujours inférieur de 40 minutes à celui des hommes, et le passage aux 35 heures n’a rien modifié. En effet, les minutes gagnées ont été consacrées par les femmes à reconquérir des tâches familiales qu’elles avaient déléguées, alors que les hommes les ont affectées à leurs loisirs. Monique Haicault, sociologue, chercheuse associée au Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (Lest/CNRS d’Aix-en-Provence), déplore par ailleurs une montée des comportements de fuite. « Quand les hommes perdent le contrôle, quand les mots sont impossibles et les coups interdits, c’est la fuite qui est choisie ». Fuite dans le travail, dans le sport, fuite sur Internet devenu « le cabaret à domicile, une véritable drogue, infantilisante, une machine à déresponsabiliser l’homme et qui est cause de nombreuses ruptures conjugales ».
La situation a pourtant évolué depuis un demi-siècle. Les hommes ont dû s’adapter aux changements initiés par les femmes et s’habituer à vivre dans une société où la pression égalitaire a succédé à des siècles de domination masculine.
Douze millions de femmes aujourd’hui au travail, c’est une micro révolution à prendre en compte ! L’usage de la contraception a également contribué au décentrage des femmes par rapport à la vie domestique ; décentrage facilité par les avancées techniques et le boom de l’électro-ménager qui a épargné aux femmes les tâches les plus ingrates.

Le temps d’être père
Les années 1970, avec la montée des mouvements féministes et le vote des lois sur l’IVG (Interruption volontaire de grossesse) et sur le divorce ont marqué le début d’une ère de « démariage ». La conjugalité est devenue « sérielle », des phases de vie en couple se succédant, entrecoupées de retour au célibat. En même temps, la notion d’intérêt de l’enfant est devenue centrale et la législation (notamment la loi du 4 mars 2002 sur l’autorité parentale conjointe) allait insister sur l’importance du couple parental quand le couple conjugal se défait. Les textes ont mis à l’honneur la « coparentalité » (l’enfant a droit à ses deux parents), bien difficile à faire vivre dans la réalité. La politique – influencée aussi par les directives européennes – s’est saisie de la question de la parité hommes-femmes, de l’articulation des temps professionnels, personnels et familiaux. La plupart de nos voisins européens ont mis en place des dispositifs destinés à favoriser l’insertion professionnelle des femmes, à promouvoir des modes de garde innovants, à valoriser le partage des tâches domestiques et éducatives et à inviter les enfants à sortir des préjugés de genre en matière de choix professionnels et de vie familiale future. Le Cnidff (Centre national d’information et de documentation des droits des femmes et des familles) s’est particulièrement engagé pour faire avancer les mentalités. Il a récemment entrepris une campagne de sensibilisation conforme au programme européen, financé par la Commission européenne. La campagne vise les hommes et leur dit : « Prenez le temps d’être pères »… D’une seule voix, Anita Tostivint et Béatrice Mauconduit insistent : « les hommes peuvent tisser ce lien très tôt… Nous agissons auprès des responsables des ressources humaines d’entreprises, des gouvernements, des élèves, nous donnons des outils informatifs sur le partage des tâches… La situation bouge très vite dans certains pays, le Danemark bien sûr, mais paradoxalement l’Espagne, qui va voter une loi sur l’égalité et fait circuler un bus de la conciliation, et la Grèce aussi, qui est très concernée. » Et pourtant… Dès qu’on se penche concrètement sur le temps accordé par chacun au métier, aux loisirs, à la famille et à soi, on est frappé par une disparité toujours très grande en termes de temps passé mais aussi de types de tâches assumées, disparité liée à une répartition très archaïque des rôles hommes/femmes et à l’intériorisation par tous d’une sorte d’assignation des femmes à des tâches qui semblent leur échoir de toute éternité.
(…)

Colette Barroux-Chabanol


 

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Terrain I Paroles de professionels

Coordinateur de programme de réussite éducative
Objectif réussite
Nouveau métier ? Nouveau dispositif plutôt, dans lequel le coordinateur constitue le pivot de toute une équipe qui s’engage auprès des jeunes.

--- Début de l'article ---
Depuis l’annonce du Programme de réussite éducative (PRE), on recrute ! 380 équipes de réussite éducative se sont constituées et 80 000 enfants et adolescents sont concernés par ces actions. Les dispositifs de réussite éducative (faisant suite à la « veille éducative ») ont été lancés pour apporter, hors temps scolaire, des moyens et des outils nouveaux afin de donner des chances de réussite à chaque enfant ou adolescent présentant des signes de fragilité. Ils visent prioritairement à accompagner des projets locaux dans les zones urbaines sensibles (Zus) et les zones et réseaux d’éducation prioritaire (Zep-Rep). Les équipes de réussite éducative proposent un soutien individualisé et personnalisé aux enfants et adolescents en difficulté – identifiés par les acteurs locaux dès la maternelle – et à leurs familles. Les actions menées relèvent de l’accompagnement scolaire, de la prise en charge des problèmes de santé, de l’apprentissage des règles de vie en commun ou de l’épanouissement personnel par l’éducation culturelle, artistique ou la pratique sportive…

Le dialogue permanent
Le dispositif s’appuie sur un large partenariat, associant les collectivités locales (communes, conseils généraux…), les services de l’État (Éducation nationale, DDJS, Ddass, DDPJJ…), les associations, etc. Ce partenariat est formalisé par la création d’une structure juridique dédiée (Groupement d’intérêt public, Caisse des écoles, Établissement public local de coopération éducative… mais pas par les communes directement), à la fois instance de pilotage et de gestion. Cette entité est constituée par une équipe pluridisciplinaire de soutien composée de professionnels de différentes spécialités (éducateurs, animateurs, travailleurs sociaux, psychologues, intervenants sportifs et culturels…). Si d’un lieu à l’autre, la composition de l’équipe varie, elle s’organise le plus souvent autour de « référents de parcours » et d’un coordinateur.
(…)


Isabelle Guardiola


 

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