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N°564
- avril / mai 07
- L'école des parents
Actualité
I Adolescence
Le
Moi à l'épreuve de la liberté
Oppositions,
le prix de l'autonomie
L’évolution
de la société a changé notre regard
sur certains aspects de la psychopathologie. L’accent
se déplace de la pathologie des conflits, favorisée
par une société répressive, à
une pathologie des liens, des limites et de la dépendance,
facilitée par une société libérale.
La problématique pulsionnelle de l’agressivité
ou de la sexualité ne peut plus se penser autrement
que dialectiquement avec celle de l’identité
des limites, de la peur de l’engloutissement ou de
l’abandon par les personnes investies. Les défaillances
du narcissisme, comme l’importance des relations insécures
précoces de ces sujets, occupent une place centrale
dans la compréhension de ces pathologies. La menace
narcissique que génère l’investissement
des personnes contribue à donner aux phénomènes
de croyance et aux mécanismes d’emprise un
rôle déterminant dans la régulation
de la relation aux autres, de l’estime de soi et de
l’équilibre narcissique.
L’adolescence est un moment privilégié
d’expression de cette problématique. Elle est
en effet un révélateur des acquis de la première
enfance et en même temps du contexte socio-familial.
L’adolescent est rendu vulnérable par les effets
physiques et psychiques de la puberté qui sexualisent
et conflictualisent les liens avec son entourage, et plus
particulièrement ses parents. Il est obligé
de trouver de nouvelles distances relationnelles et perd
le cocon de l’enfance, et pour une part l’appui
naturel qu’il pouvait chercher et trouver facilement
auprès des adultes. Poussé ainsi à
établir de nouvelles distances affectives et à
cheminer vers plus d’autonomie, il est tout naturellement
conduit à s’interroger sur la solidité
de ses acquis et de ses capacités. Tout doute important
à ce sujet le rend vulnérable à ses
yeux et lui fait éprouver un sentiment de dépendance
à l’égard des adultes, d’autant
plus difficile à gérer que sa quête
et son attente sont plus vives. Il risque alors d’osciller,
dans ses relations, d’une excessive proximité
en quête d’un appui, à une rupture ou
un éloignement brutal, sauvegarde de son indépendance.
À ce paradoxe central de l’adolescence qui
fait de ce dont on a besoin une menace pour l’autonomie,
les conduites d’opposition s’offrent comme une
solution. Elles se présentent comme un compromis
possible par lequel on s’appuie sur ceux auxquels
on s’oppose, tout en affirmant son apparente indépendance
puisqu’on s’oppose.
Malheureusement, les habituelles oppositions banales et
constructives de l’adolescence peuvent se transformer
en des conduites plus lourdes de conséquences, où
ce sont ses potentialités voire son corps que l’adolescent
attaque et sabote. Il dégrade alors son image de
lui-même, renforce sa dépendance et la nécessité
où il se trouve de s’opposer davantage, s’enfermant
dans des comportements négatifs qui s’auto-entretiennent
et s’auto-renforcent en un cercle vicieux dangereux.
Le poids des contraintes, qu’elles soient biologiques
ou sociales, redonne au Moi une place centrale dans leur
gestion. Sa capacité à faire face, ou au contraire,
sa vulnérabilité au débordement traumatique
est un enjeu essentiel du pronostic. Cette évolution
questionne les modèles classiques de la psychothérapie
et, d’une manière générale, les
moyens les plus efficaces pour favoriser un changement chez
ces sujets. L’effacement du surmoi au profit de l’idéal
du Moi, le déplacement de la conflictualité
objectale sur les enjeux narcissiques modifient l’expression
psychopathologique ainsi que les attitudes thérapeutiques.
Mais ce qui fait la vulnérabilité de l’adolescent
peut aussi être sa chance. Cette fragilisation apportée
par la puberté le contraint au changement et l’ouvre
à l’influence des autres, avec ses risques,
mais aussi ses avantages. La prise de distance d’avec
le milieu familial peut aider à rompre l’enfermement
d’une enfance difficile et offrir d’autres alternatives
que la fatalité de la répétition.
C’est dire l’importance des rencontres et des
réponses offertes par les adultes aux adolescents
à cette période carrefour entre l’enfance
et l’âge adulte, entre l’individu et sa
famille, entre celle-ci et la société. Chacun
des protagonistes a des effets de résonance sur les
autres en une continuelle interaction. L’ouverture
aux tiers, aux médiations, à la différence
vécue dans la complémentarité, peut
aider l’adolescent à sortir des confrontations
mortifères où la différence ne peut
se vivre que dans le conflit du pouvoir et l’exclusion.
Philippe
Jeammet
Professeur
de pédopsychiatrie à Paris-V et ancien chef
de service de psychiatrie de l’adolescent et du jeune
adulte de l’Institut mutualiste Montsouris. Président
de l’EPE Île-de-France.
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N°564
- avril / mai 07
- L'école des parents
Dossier
"Partage
des tâches, un bel idéal" I
Reportage
Ateliers
Après l'école
L’association
Môm’artre accueille les enfants après
l’école : aide aux devoirs, activités
artistiques, sorties… Une idée originale qui
aide les parents à concilier vie professionnelle
et vie familiale.
À
16h30. La fin de l’école. Et pour les parents,
la même préoccupation chaque jour : qui va
réussir à quitter son travail assez tôt
pour récupérer les enfants ? Dans le XVIIIe
arrondissement de Paris pourtant, un curieux rituel se déploie
chaque jour depuis 2001 à la sortie des écoles
Joseph-de-Maistre, Lepic et Damrémont. Les enfants,
par groupes de dix en moyenne, s’agglutinent autour
d’un adulte qui n’est ni leur papa ni leur maman
et encore moins une nounou. Ce sont les membres de l’association
Môm’artre qui sont venus récupérer
les enfants de parents débordés avant de les
emmener goûter dans les locaux de l’association,
à quelques pâtés de maisons de là.
Après avoir englouti leur mandarine et un morceau
de quatre quarts, Fabien, Elsa, Cécile ou Alina les
aideront à faire leurs devoirs pour qu’ils
puissent ensuite vaquer à des ateliers tout aussi
bien préparés qu’encadrés et,
s’il vous plaît, par de vrais artistes. Les
parents pour leur part ont jusqu’à 20 heures
dernier carat pour retrouver leur progéniture. «
L’association a été créée
en 2001 par Chantal Mainguené, la présidente
actuelle, explique Cécile, directrice de Môm’artre
depuis 2004. Elle venait de se séparer de son mari
et avait deux enfants à charge pour lesquels elle
ne trouvait pas de solution adaptée. »
En voyant de nombreuses personnes dans la même situation
qu’elle, la jeune femme décide de faire une
étude de marché à l’échelle
du quartier pour définir les réels besoins
de la population en matière de garde d’enfant.
« À Paris, un quart des familles sont monoparentales
et 87 % d’entre elles sont des femmes », poursuit
Cécile. De plus, après l’âge de
4 ou 5 ans, les solutions de garde se raréfient pour
les enfants. Tout cela a fini de convaincre Chantal Mainguené
de se lancer dans l’aventure Môm’artre,
au départ plutôt réservée aux
familles monoparentales. Elle propose un «service»
très complet à l’attention des enfants
âgés de 6 à 11 ans qui fait le succès
de l’association aujourd’hui.
Le
récit de la journée
Françoise vivait seule avec son fils Adrien, lorsqu’elle
a entendu parler pour la première fois de l’association.
« Mon fils était à l’époque
en maternelle et une dame le récupérait à
la sortie de l’école. Mais cette solution ne
me satisfaisait pas complètement. De plus, trouver
une nounou qui fasse la jonction pour deux ou trois heures
n’est pas facile. » Lors du premier coup de
fil, un bon contact s’établit entre elle et
l’équipe incitant fortement la maman à
aller découvrir Môm’artre avec son fils.
« J’avais peur qu’ils me disent qu’il
n’y avait plus de place, se souvient Françoise.
Ici, j’ai trouvé une formule sympathique et
des horaires pour mon fils adaptés à mon rythme
de travail. » À Môm’artre, si les
adultes sont là pour aider aux devoirs et initier
aux différentes activités, ils sont aussi
disponibles pour entendre le récit de la journée
des enfants. « Adrien n’est pas un enfant à
problèmes mais j’ai déjà vu des
animateurs faire le point avec lui. Je trouve que c’est
indispensable : les membres de Môm’artre sont
un relais social essentiel car, en cours préparatoire,
les parents n’ont plus de contact avec les enseignants
et n’ont que peu d’information sur le déroulement
de la journée à l’école. »
Et à Môm’artre, on s’exprime. Après
le goûter, on joue du tambour et l’on chante.
Progressivement, le joyeux tintamarre de ces 30 enfants
répartis dans deux salles cède le pas à
une rumeur studieuse avant de reprendre dans les ateliers.
« Adrien s’est épanoui dans des activités
qu’il n’aurait jamais découvertes avec
moi, estime Françoise. Je ne suis pas particulièrement
manuelle et Môm’artre développe ce côté-là
chez lui. On y parle d’environnement et les enfants
sont allés voir les vieux à l’hôpital
d’en bas. »
S’investir
dans l’association
Le confort de vie que Môm’artre a apporté
à Françoise ne pouvait pas rester sans retour.
La maman a très vite décidé de s’investir
dans l’association. « Je lavais le linge et
faisais les carreaux quand il le fallait jusqu’à
ce que l’équipe se penche sur le métier
des parents pour mettre à profit leurs compétences.
Comme j’étais DRH dans une entreprise, il a
semblé naturel que je m’occupe du personnel,
du paiement des salariés et des contrats de travail.
» C’est ainsi que les choses fonctionnent. Françoise
et les dix autres bénévoles prennent de leur
temps pour épauler les cinq permanents.
« L’association m’a soulagée professionnellement
et j’ai fait la connaissance d’artistes dont
j’ai des toiles chez moi, que je n’aurais pas
découverts sans ça », reconnaît
Françoise.
Aujourd’hui membre d’une famille recomposée,
Adrien s’épanouit pleinement même si
Môm’artre ne convient plus vraiment aux enfants
de son âge. Prochaine étape : l’autonomie.
« Je le teste à dose homéopathique depuis
plusieurs mois », confie la maman. « Pour ma
part je continuerai à aider l’association,
c’est certain. »
Aujourd’hui, Môm’artre accueille tous
les types de familles, fixant une sorte de quotient s’étalant
de 1 à 6 euros de l’heure en fonction des revenus
du foyer. Signe des temps ou hasard du calendrier, ce sont
deux papas qui ce soir viennent en premier récupérer
leurs enfants. Il est 18 heures. Frédéric,
le papa de Benjamin, 8 ans, entre le premier : « Ma
femme vient de changer de poste ; elle travaille dans une
banque. C’est donc moi qui me libère pour Benjamin
ce soir. » Son fils vient ici depuis deux ans à
raison de trois fois par semaine : le lundi, le mercredi
et le vendredi. « C’est un peu comme une garde
améliorée, et puis c’est juste en face
de chez nous », confie ce papa géomètre-topographe.
Parfois, il est difficile d’arracher les enfants à
leurs activités et de grosses larmes coulent. La
présence de Victoria à Môm’artre
quatre fois par semaine relève davantage d’un
choix. « C’est le bouche à oreille en
maternelle qui nous a fait connaître l’association
», raconte Jean-Charles, le papa. « On avait
essayé de partager une nounou avec une autre famille
mais ça n’a pas marché. De plus, Victoria
a toujours connu des dispositifs collectifs. Comme elle
est fille unique, nous tenions beaucoup à ne pas
trop l’enfermer. Et puis les ateliers les ouvrent
sur autre chose » « L’idée d’ateliers
organisés par des artistes extérieurs à
l’association était présente dès
le début, confirme Cécile. Les artistes mènent
des activités avec les enfants en échange
d’un lieu pour travailler. Car nous n’occupons
les locaux qu’en semaine de 13 à 20 heures
», poursuit la directrice.
Concernant l’avenir, les membres de l’association
rêvent d’essaimer en dehors de l’arrondissement.
« Ce serait bien, il y aurait encore plus de mixité
sociale », estime Fabien. Deux projets d’antenne
sont déjà à l’étude dans
le XXe arrondissement et en banlieue. Des projets qu’il
faudra concrétiser…
Katia
Horeau
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- avril / mai 07
- L'école des parents
Pratique
I Santé
Obésité
Le poids des maux
La
France compte plus de 5,4 millions d’obèses,
et l’obésité est le problème
de santé le plus fréquent chez les enfants.
Question de société qui cache un mal intérieur.
L’obésité
est la maladie du siècle. Dans le monde, elle causerait
plus de morts que la malnutrition. Mais qui connaît
les souffrances des personnes qui portent ces kilos «
en trop » ? Catherine Grangeard, psychanalyste, reçoit
en consultation des personnes obèses qui viennent
faire une demande de pause d’un anneau gastrique pour
perdre du poids. Elle vient de publier un ouvrage sur l’obésité
(1) dans lequel, à l’instar
de son travail en cabinet, elle cherche à aider les
personnes en surpoids et obèses à mieux vivre,
à trouver des outils en elles pour guérir
et retrouver leur liberté. Pour elle, comprendre
l’origine de l’obésité dans nos
sociétés demande avant tout de décrypter
le contexte social et historique. Il y a en effet une inégalité
devant le rapport à l’alimentation selon les
milieux sociaux. « Nous sommes tous soumis aux mêmes
sollicitations, aux mêmes publicités dans cette
société d’abondance, et pourtant, les
enfants des milieux les plus modestes sont beaucoup plus
touchés par les problèmes de surpoids. C’est
une question de recul », explique Catherine Grangeard.
Selon elle, « c’est complètement fou
d’être dans une société qui encourage
à la fois la consommation à outrance et la
minceur extrême, les régimes tyranniques :
c’est une sollicitation paradoxale. Il faut être
très fort pour y résister… D’autant
que la privation des régimes entraîne la frustration
et amplifie les problèmes de surpoids. Je dénonce
le diktat de la minceur ! »
Le problème vient aussi du fait que nous sommes dans
une « société de l’immédiateté
», explique la spécialiste : « On veut
tout et tout de suite ! » Face à cela, l’éducation
joue donc un rôle fondamental. Quand un enfant pleure,
il ne faut pas nécessairement répondre à
l’objet de sa demande. « L’enfant croit
qu’il veut telle chose mais son désir est souvent
plus profond », précise-elle. En répondant
systématiquement à sa demande, on lui apprend
qu’il est facile de répondre à un vide
en soi, à un manque, par le recours à un objet.
« C’est cela le processus d’addiction
: c’est croire qu’on va résoudre son
problème intérieur par un objet extérieur.
On tombe alors dans la dépendance. » Par ailleurs,
si l’enfant voit son parent se consoler dans la nourriture,
il fera pareil. De même, on rencontre un certain nombre
d’obèses qui ont eu des parents alcooliques.
« Sans vouloir du tout reproduire ce modèle,
ils ont enregistré ce rapport excessif à l’oralité
: ils recherchent, eux aussi, à l’extérieur,
par la bouche, la solution à leur problème
intérieur. » Ou encore, si une mère
exprime du plaisir à chaque fois que son petit mange,
manger beaucoup sera pour lui un moyen de faire plaisir
à maman ! À l’inverse, si elle contrôle
tout ce qu’il mange, il trouvera peut-être son
espace de liberté dans l’excès de nourriture.
«Les parents doivent s’interroger sur leurs
comportements…», insiste la psychanalyste.
Mais, au-delà de tous ces facteurs sociaux et familiaux,
le fond du problème de l’obésité,
c’est qu’elle est un symptôme, «
une façon de régler ou d’exprimer un
mal-être intérieur », affirme Catherine
Grangeard. Pour elle, « les obèses sont des
personnes en grande souffrance car leur désir conscient,
apparent, c’est de perdre du poids, tandis qu’il
y a des choses en eux qui les empêchent de se mettre
des limites, de se retenir : ils sont assujettis à
la nourriture. » Ainsi, les obèses montrent
par leur corps, à l’extérieur, que quelque
chose ne va pas à l’intérieur, même
s’ils sont joviaux. « Je les amène à
réfléchir aux sens caché derrière
leur surpoids. Il peut y avoir de multiples causes : peur
de la féminité, besoin de se protéger,
désir inconscient de ressembler à son parent
alcoolique, devenir indésirable (suite à un
viol par exemple)… Le sens est différent pour
chacun. »
Emilie
Pourbaix
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