Revue L'école des parents
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I POUR EN SAVOIR + I

N°565 - juin/ septembre 07 - L'école des parents

Actualité I Questions d'école

Absentéisme et abandon scolaire

Les décrocheurs
Manque de confiance en l’avenir, de reconnaissance, mythe de l’argent facile et refus des règles conduisent de nombreux jeunes à décrocher. Comment l’éviter ?

--- Début de l'article ---
L’appel. C’est un rite en début d’heure de cours dans l’enseignement secondaire, surtout en début d’année quand les professeurs ont besoin de bien repérer leurs élèves. C’est la première tâche répressive du professeur : avant même d’avoir dit bonjour – bien des professeurs ne respectent pas cette règle élémentaire de courtoisie –, il contrôle… Et c’est rarement pour s’inquiéter d’une absence répétée à propos de laquelle, de toute manière, le mutisme des autres élèves serait tel qu’il n’apprendrait rien ! Il remplit ensuite le cahier en reportant le nom des absents, et tout au long de la journée, la même opération est reproduite par les enseignants successifs. En fin de journée, le cahier est déposé au bureau des surveillants, qu’on appelle aujourd’hui le service de la vie scolaire, qui est dirigé par le CPE.
(…)
Il y a toujours eu des élèves absents pour maladies plus ou moins diplomatiques ; il y a toujours eu des élèves qui séchaient certains cours… ! Rien d’inquiétant donc, si ce n’est qu’on assiste depuis une dizaine d’années au phénomène nouveau du décrochage scolaire, dont l’expression nous vient du Québec. En parlant de décrochage, on pense à ces élèves qui ne se contentent pas de sécher ponctuellement une ou deux heures de cours, mais plus gravement à ceux qui s’éloignent de l’institution scolaire. D’abord constaté chez les élèves de lycée, et particulièrement de lycées professionnels, le décrochage scolaire commence à se répandre dans les collèges.

Le décrochage de la vie sociale
« Le décrochage est une prise en compte du fait que, pour certains élèves, l’échec conduit effectivement à un abandon de l’école, éventuellement par démobilisation sur place, par absentéisme larvé ou intense, et par sortie plus ou moins définitive. »(1)
Cette évolution est grave et pose différentes questions : À quoi cela est-il dû ? Que peut faire l’institution scolaire ? Que peuvent faire les enseignants individuellement ?
Les causes possibles du décrochage sont multiples mais peuvent se ramener quasi-systématiquement à un manque de confiance en l’avenir.
- Les difficultés qui cernent de toutes parts certains élèves, tant sur le plan familial (avec le chômage, la précarité, les licenciements…) que sur le plan scolaire (des mauvais résultats et la marginalisation qui s’ensuit dans la classe) suffisent à éloigner de l’école les élèves concernés. Ce n’est pas tant de l’école qu’ils décrochent, mais plus largement de la vie sociale en général, avec toutes les conséquences induites.
- La crise des banlieues de 2005 a mis clairement en avant le manque de confiance que certains jeunes accordent à l’école pour les aider à sortir de leur milieu social. Ils se sentent méprisés, ils ont le sentiment que cette école- là n’est pas faite pour eux !
- Interrogés, les jeunes décrocheurs évoquent l’inutilité de travailler, d’avoir des diplômes… Le mythe de l’argent facile et de celui qui, sans diplôme et partant de rien, devient immensément riche est très présent dans certains milieux. Beaucoup rêvent de devenir Zidane, de concourir à la « Star Académie » et évoquent les magouilles pour expliquer que, en dépit de leur « immense talent », ils ne sont pas reconnus. Ils se sentent victimes… et il est inutile de se battre dès lors qu’on est dans le camp des perdants.
- Plus fondamentalement, une autre cause du décrochage et de l’absentéisme est plus inquiétante pour l’avenir de notre société : le refus des règles, des contraintes et de l’effort (…)

Dominique Raulin

(1) Définition donné par Dominique Glasman, professeur de socioilogie à l'Université de Chambéry, citée dans Lutter contre le décrochage scolaire, CRDP du Centre, 2006


 

N°565 L'école des parents
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N°565 - juin / septembre 07 - L'école des parents

Dossier "Dire la mort" I Enquête

Parler de la mort
A mots couverts
Autrefois, elle était presque familière. Puis on l'a mise à distance.
Depuis quelque temps, on tente de retrouver les mots pour la dire.

--- Début de l'article ---
Un Présente partout dans l’art, dans la philosophie et dans les religions, la mort est de nos jours mise à distance : collective ou violente sur les écrans de TV, virtuelle dans l’univers des jeux électroniques, dramatisée dans les pages de faits divers des gazettes, la mort est toujours celle des autres, celle des victimes de guerres et de catastrophes lointaines, celle des malades que la science n’a pas pu sauver. Elle n’est plus cette compagne du quotidien telle qu’ont pu la décrire les peintres ; elle est accident, rupture, irruption fracassante dans des sociétés où la finitude est largement occultée. Pourtant, « la mort est naturelle, quotidienne, universelle » nous rappelle l’anthropologue Louis-Vincent Thomas, un des fondateurs en France de la thanatologie ; la mort touche tout ce qui s’inscrit dans le temps. La mort marque la fin d’une vie qui a eu un commencement, et la pensée humaine a depuis toujours imaginé beaucoup de systèmes de rituels et de croyances pour en supporter l’occurrence : résurrection, renaissance, métempsycose, immortalité de l’âme. Aujourd’hui, le monde est souvent pensé comme « sans Dieu » ; les rites et les mythes n’ont plus guère de poids et la soumission au destin a cédé la place aux folles espérances générées par la médecine d’avant-garde capable de réparer, de réanimer, de greffer ad libitum un corps abîmé et de reculer les frontières de notre condition humaine. Introduisant son livre Philosophie des âges de la vie, le philosophe Pierre-Henri Tavoillot met en garde contre les dérives de notre siècle. Rappelant la phrase de l’Ecclésiaste « il y a un temps pour tout sur la terre : un temps pour enfanter et un temps pour mourir », il écrit : « il se pourrait que le rêve (de jeunesse éternelle) se transforme en cauchemar. Le projet prométhéen de maîtriser l’immaîtrisable, à savoir le vieillissement, et au bout du compte la mortalité, risque de se payer au prix le plus fort : une incertitude sidérale dans la manière de vivre sa vie. »
Dans un passé encore récent, la mort était une évidence, les guerres tuaient, les mères et les enfants ne survivaient pas toujours à la naissance, les épidémies jetaient les cadavres dans les rues, les agonies se vivaient à domicile, au vu et au su de tous, même des animaux, le premier à signaler le décès étant souvent le chien de la maison hurlant soudainement à la mort. Les corbillards sillonnaient villes et villages, suivis par le cortège des endeuillés, de noir vêtus, rejoignant ensuite, après le festin familial, leurs maisons aux porches tendus de draperies mortuaires : la mort était visible, le deuil se « prenait » pour un temps déterminé pendant lequel étaient interdits les divertissements et les fêtes. Nul n’ignorait que son voisin d’étage était passé de vie à trépas et les larmes en signe de chagrin étaient non seulement tolérées mais attendues.
Les temps ont changé, 80 % des décès ont lieu à l’hôpital ou en maison de retraite, les familles ont peu de temps pour se recueillir, la mort est escamotée. On en parle à mots couverts, comme si c’était un mal contagieux, on se cache pour pleurer et on peine à en parler, on a peur de déranger ses congénères tout confits dans les délices et les plaisirs matériels, poursuivant leur quête du bonheur et de la jeunesse éternelle, confiants dans les progrès de la science et occupés à réussir au présent.

La mort en catimini, dans la solitude
En un quart de siècle, la mort s’est trouvée en situation de relégation. Venu d’Angleterre, pays sensible plus tôt que nous à la nécessité de lutter contre la douleur, le mouvement pour les soins palliatifs a été consacré en France par la circulaire Laroque de 1986. Pendant quinze ans, la mort est devenue affaire de spécialiste ; elle survenait le plus souvent en catimini, dans la solitude d’une chambre d’hôpital. Les premiers livres sur le deuil et la mort, sortis dans les années 1990, ont peiné à se vendre. Aujourd’hui, dans une société qui a traversé les années sida, sociologues et psychologues, s’accordent à dire que le tabou est tombé. Les livres se multiplient, de même que les émissions grand public à la télévision. L’Espace éthique de l’assistance publique organise de nombreux débats sur ce thème (…)

La mort des grands-parents, promesse de vie
Pour autant, que dire sur la mort, à qui ? Comment ? La question concerne d’abord les enfants et les adolescents qui, du fait de leur jeune âge, se sont vus pendant longtemps écartés des deuils familiaux. Déjà Françoise Dolto avait rappelé l’importance de dire la vérité aux enfants. À propos du décès des grands parents, elle avait précisé : « La mort des grands-parents ne crée chez l’enfant aucun traumatisme, le deuil contribue à son développement. Leur mort est promesse de vie à venir ».
(…)

La mort des vieux se produit sans bruit
Dans l’intimité des familles néanmoins la parole ne circule pas facilement. Martine Dorange, psychosociologue chargée de recherche à la FNG, a dirigé avec Geneviève Arfeux-Vaucher une enquête portant sur « l’accompagnement de toutes les générations de familles confrontées à une fin de vie ». Il en ressort que la solitude des derniers instants est immense. « Ces personnes ont le sentiment que leur monde est mort avant elles. (…) »
(…)

Oser nommer le suicide
Les cas de mort par suicides sont particulièrement difficiles à vivre et à accompagner. Avec un chiffre de 12 000 par an (deuxième cause de décès pour les 15/24 ans) et de 160 000 tentatives par an, le suicide reste désespérant et… tabou. Le deuil qu’il entraîne n’est pas un deuil comme les autres car la personne qui, par exemple, découvre le corps subit un véritable traumatisme. Il y aura des séquelles somatiques, des flashs back, des images intenses, une très grande fatigue psychique. Il s’agit soudainement de pleurer la mort de quelqu’un qui est à l’origine de son propre décès. Comment trouver un sens à un acte suicidaire ? Le sentiment de culpabilité est très vif puisqu’on est taraudé par la conviction qu’on aurait pu empêcher le drame. la culpabilité occupe le devant de la scène, c’est une atteinte à l’estime de soi. Dans la famille, après l’anesthésie émotionnelle liée à la brutalité du choc, on perçoit une gêne, une honte à assumer un suicide toujours frappé de stigmatisation sociale.
(…)


Colette Barroux-Chabanol


 

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