Revue L'école des parents
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I ARTICLES en libre accès web I

N°572 - juin / sept. 2008 - L'école des parents

Actualité I Intergénérationnel

L'association Accordages
Accordages entend initier toute une dynamique pour rompre les isolements et décloisonner les générations. Une véritable démarche globale de société.

Allongement de la durée de vie, segmentation des activités sociales par tranches d’âges, stigmatisation de la vieillesse… Les générations d’aujourd’hui ne sont pas encouragées à se croiser ou faire ensemble hors de l’espace familial. L’association Accordages s’attache à repérer, lister, évaluer et promouvoir des projets qui décloisonnent les générations : un outil précieux pour les collectivités territoriales de plus en plus confrontées à l’isolement des plus âgés.
La canicule de l’été 2003 aura marqué la mémoire collective. Pas seulement parce qu’elle avait fait 70 000 morts en Europe dont environ 15 000 en France, mais aussi parce que le pic de décès observé se situait très largement chez les personnes âgées, le groupe d’âge le plus touché ayant été celui des plus de 75 ans. Allongement de la durée de vie, accès à de meilleurs soins médicaux, recul de l’arrivée de la perte d’autonomie, croissance du nombre des personnes âgées vivant à domicile... les personnes âgées sont les plus touchées par l’isolement. La suite est bien connue : souffrance et repli sur soi détériorent petit à petit la santé et le bien-être. Sans compter le coût pour la société qui, malgré les services à domicile dont se saisissent de plus en plus les pouvoirs publics locaux et qui répondent aux besoins des personnes âgées, ne sait pas établir des liens et des solidarités entre générations ailleurs que dans l’espace familial… Comment créer des liens entre générations afin de rompre les isolements ? Une question de société à laquelle sont directement confrontées les collectivités territoriales. C’est là que l’association Accordages, fondée en 2000 a trouvé sa raison d’être.

Montage de projets, évaluations, production d’outils
« L’intergénérationnel, ce n’est pas un truc gentil, mignon. C’est une démarche globale de société », prévient Mohammed Malki, responsable de projet et fondateur d’Accordages. Face au défi de l’allongement de la durée de vie et des risques de rupture des liens entre les âges, l’association mène un sérieux travail de montage de projets sur le terrain, d’évaluation des pratiques et de production d’outils. Elle vient de publier à la Documentation française un guide méthodologique, L’intergénération, une démarche de proximité(1).
Accordages propose aussi des formations, des animations, des journées d’études thématiques… Le site internet « ressources », véritable boîte à trésors (700 visites par jour), permet de diffuser l’information, de partager les bonnes pratiques et d’animer un large réseau d’acteurs - 344 membres actifs, en plus des formateurs, consultants, universitaires, artistes, élus, porteurs d’action...
Enfin, le lobbying fait également partie du programme. On l’aura compris, l’idée n’est pas de faire dans l’anecdotique, mais bien d’« inscrire au sein des politiques locales la stratégie de développement d’une vision intergénérationnelle, précise le chargé de projet. Alors qu’aujourd’hui, on laisse le lien social au bon vouloir de chacun, à la morale, à l’engagement éthique de l’individu. »
Pour combattre cette vision cliché de l’intergénérationnel, la visibilité des initiatives menées sur le terrain est essentielle. Celles-ci constituent des exemples concrets de ce qui est possible dans ce domaine. En outre, les dispositifs qui voient le jour sont souvent à l’échelle locale, faits sur mesure et montrent toute la diversité des contextes et des leviers disponibles pour agir contre l’isolement des plus âgés.
Ainsi, des collectivités territoriales ont déjà mis en place des projets à vocation intergénérationnelle. La municipalité de Besançon a réuni près de 1 900 personnes pour sa 6e édition des Rendez-Vous de l’Âge autour du thème « Plaisir, plaisirs » en novembre 2007 ; à Angers, le Centre communal d’action sociale (CCAS) pilote Mix’âges, une initiative « inter âge » qui proposait, dès l’an dernier, une table ronde, des cafés des âges et même un festival pour mettre en valeur et développer les initiatives intergénérationnelles angevines… Ce n’est pas un hasard si Accordages lance la Biennale de l’intergénération en Île-de-France en novembre prochain à Paris. Une première édition 2008 qui sera dédiée à la prévention de l’isolement des personnes âgées. Rappelons que l’Ile-de-France avait été la plus touchée par la canicule de 2003 et que la région reste encore à la traîne sur cette question.

Dominique Martinez

En savoir plus :
www.accordages-intergeneration.com

(1). Ce guide, le premier sur ce thème, a été réalisé par Mohammed Malki, directeur d’Accordages, à la demande du ministère délégué à la Sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées à et la famille.

N°572  L'école des parents
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N°572 - juin / sept. 2008 - L'école des parents

Terrain I
Réseau des Ecoles des parents et des éducateurs

Colloque EPE de Moselle
Atelier « couple conjugal-couple parental »

Questions de couple

Gabrielle Bastian est psychothérapeute, psychanaliste du couple et conseillère conjugale et familiale. Elle intervient régulièrement à l’Epe de la Moselle et a animé avec Marie Denat (Epe de l’Isère, psychologue et CCF) l’atelier : « Couple parental-couple conjugal. Suite et fin ? »

Marie Denat a partagé son expérience d’animatrice au Café des parents mise en place dans le service petite enfance d’une collectivité territoriale. Elle s’y attache à aider les participants à s’exprimer le plus « globalement » possible : « Car si nous sommes à l’écoute de “parents-alités”, nous pouvons aussi écouter ce qui se joue là et donner tout son sens à ce lien premier : avant d’être parents, femmes et hommes sont amants ; peut-être ont-ils besoin de mots, d’espaces pour élaborer, trouver, retrouver la créativité, pour le rester. Si tout ne se joue pas avant 6 ans, beaucoup se joue dans le lit des parents. »

Gabrielle Bastian, vous vous êtes intéressée aux organisations parentales et conjugales en cas de séparation et de recomposition familiale…
Je constate, en consultation, que si à l’occasion d’une rupture on ne travaille pas avec un tiers la problématique de l’échec du premier couple, on risque de revivre les mêmes difficultés dans un second couple. S’il n’y a pas eu « travail de deuil » et possibilité de dépasser l’échec, on a tendance à demander au nouveau couple de réparer, et à reproduire les mêmes erreurs, notamment concernant le choix inconscient que nous faisons de nos partenaires.

La séparation est socialement mieux admise mais demeure traumatisante…
Voici trente ans, je recevais des femmes honteuses de la séparation que leur imposait leur mari. Elles se sentaient répudiées, rejetées. Le mouvement féministe et l’autonomie financière progressive des femmes leur a permis de devenir instigatrices de la séparation. J’ai vu arriver en consultation des hommes déboussolés qui ne pouvaient s’imaginer que ce soit une femme, leur femme ! qui demande la séparation… Aujourd’hui je constate une très forte demande de consultation en couple. L’un voudrait que je l’aide à se séparer et l’autre à conserver le lien. D’autres me demandent de les aider à traverser une crise et à trouver une nouvelle perspective de vie commune. Ils s’interrogent sur le bien fondé de la séparation. Les contraintes économiques et matérielles pèsent à présent moins lourd que les sentiments… Mais l’amour constitue un repère trop fragile : on cherche dans l’amour de l’autre l’amour de soi qu’on n’a pas reçu, ou trop, ou mal…

En arrière-plan, les enfants deviennent le vecteur de ces conflits non réglés ?
Lorsqu’on refuse le conflit direct, passer par la parentalité est une façon de projeter la faute sur l’autre sans rien régler, sans rien examiner pour soi.

Votre atelier a été très apprécié, les participants se sont beaucoup exprimés.
Sur quelles questions ?

Beaucoup de travailleurs sociaux présents ont dit ressentir souvent des difficultés à accompagner les familles, tant ces problématiques peuvent les toucher personnellement. Nous avons rappelé la nécessité de faire un travail d’élaboration, afin de conserver la bonne distance. Il relève de la responsabilité du professionnel de protéger l’usager – ou le patient, selon la façon dont on le nomme – de nos projections personnelles. Bien sûr la question de l’argent et de « qui paie ? » se pose. Cela peut se travailler en groupe de parole ou de supervision lorsque l’institution le prévoit, mais cela peut aussi se dérouler ailleurs. Si c’est une obligation éthique et morale pour les CCF et les thérapeutes, ce n’est pas le cas pour les travailleurs sociaux, or les professionnels font état d’un « manque de repères » et de leur solitude... Nous avons tous besoin d’un espace de parole. Pour nous dégager, éviter le burn out. Pour écouter de nouveau les personnes dans leur situation.

D’autres questions ont porté sur la médiation comme espace possible de résolution des conflits…
Là encore les questions renvoyaient au fait que nous, professionnels, travaillons avec notre humain, et que l’on ne peut pas s’appuyer sur un seul cadre. Ainsi, lorsqu’une organisation est décidée, avec l’aide d’un juge et d’un médiateur, cela ne règle pas pour autant les problèmes psychiques plus profonds… ni les souffrances des personnes. La médiation est apparue parce qu’on a été submergé par le nombre de séparations et que les tribunaux sont débordés. Mais c’est une aide ponctuelle. Dans ce travail, l’accent est donné à la préservation du lien parental. Les personnes qui viennent à moi me sollicitent pour une aide plus approfondie ; après une orientation d’un médiateur par exemple… Le travail n’est pas le même.

Propos recueillis par Isabelle Guardiola

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