| N°
558 - juin / septembre 2006 - L'école des parents |
ACTUALITE
I
Entretien avec Pierre-Henri Tavoillot
I
Crise
de l'âge adulte : philosophons !
Quel rôle peut tenir la science de la sagesse dans
nos vies modernes ?
Le
deuxième numéro du bimestriel Philosophie magazine
vient de paraître. Les conférences, cafés
philo et livres pour enfants se multiplient. Est-ce un signe de
la vulgarisation de la philosophie ou un nouveau gadget commercial
?
Pierre-Henri Tavoillot : Nous sommes sortis de
l'effet de mode. La qualité du magazine Philosophie en
témoigne. La science de la sagesse a retrouvé sa
place en France après une parenthèse marquée
par une forte concurrence des sciences humaines et sociales. Le
retour des interrogations religieuses y a été pour
beaucoup. Il me semble que la collaboration est désormais
plus équilibrée, même avec les sciences dures
: la philosophie n'a plus de prétention systématique
ou dominatrice. Ce qui explique aussi qu'elle paraisse éclatée
entre différents courants
antagonistes ou indifférents les uns aux autres.
(...)
Il semble que, dans les discours et
l'édition, on confonde philosophie et développement
personnel, ou philosophie et spiritualité.
PHT : La philosophie n'a pas pour vocation de
rendre heureux. Personne, à ma connaissance n'a atteint
la béatitude par la lecture de l'Éthique de Spinoza
ni le Savoir Absolu grâce à la Phénoménologie
de l'esprit de Hegel. Elle permet, en revanche, de comprendre
pourquoi on l'est si rarement, ou pourquoi notre bonheur est si
fragile. Et, d'une certaine manière, cela va déjà
mieux ainsi. Je vois le travail philosophique de la manière
suivante : la tradition nous permet de disposer de modèles
de sagesse très puissants et très cohérents
; grâce à eux, nous pouvons mettre nos interrogations
contemporaines en perspective et en relief ; la clarification
des oppositions permet enfin d'apporter des réponses, car
le philosophe ne saurait se contenter du beau rôle de poseur
de questions. Il faut aussi prendre quelques risques...
(...)
Vous rappelez que l'homme est construit
avec une part de nature et une part de culture, auxquelles s'ajoute
la possibilité de s'affranchir des deux. Est-ce une façon
de dire qu'il n'est jamais prisonnier de son destin ?
PHT : La définition de l'homme, qui apparaît
au siècle des Lumières, consiste, en effet, à
refuser qu'il soit enfermé dans un « code »,
quel qu'il soit : historique, social, génétique
... Comme dit Sartre, la situation n'est pas une détermination,
il peut toujours s'arracher. Mais cet arrachement peut se faire
pour le meilleur comme pour le pire. La liberté se paie
du prix fort d'une précarisation, comme on dit aujourd'hui
: l'individu plus autonome est aussi plus fragile que jamais.
(...)
À propos de la question de la
laïcité, vous soulignez la particularité de
la France.
PHT : Il y a plusieurs façons d'examiner
la laïcité : sous l'angle du « désenchantement
du monde » comme Marcel Gauchet, cela signifie que la religion
ne structure plus notre vie quotidienne et notre vision du monde
: c'est un phénomène général de la
modernité, qui ne signifie nullement fin des religions.
Au contraire, la foi, c'est-à-dire cette manière
très contemporaine et individuelle d'être religieux,
n'est possible que dans ce contexte. Ensuite : en Europe, le politique
s'est séparé du religieux. L'identité européenne
se joue sans doute dans l'histoire de cette séparation
: c'est la forme européenne de la laïcité.
Mais au sein de l'Europe, il y a eu plusieurs modalités
de séparation. Grosso modo, les pays protestants ont vécu
une sécularisation, c'est-à-dire une séparation
par la société, tandis que les pays catholiques
ont plutôt vécu une laïcisation au sens strict,
à savoir une séparation par l'État. Le modèle
français n'est qu'une des modalités parmi d'autres
de ce processus : cela surprend d'ailleurs les étrangers,
qui ne s'attendent pas à voir en France, pays de laïcité,
autant de signes religieux présents partout : les églises,
les jours fériés... La laïcité française
est traditionnellement tolérante, sauf à l'égard
du prosélytisme.
(...)
Alors, c'est quoi l'âge adulte
?
PHT : D'un côté, c'est donc un âge
qui fait peur : celui de la sclérose, de la banalité
et de l'épuisement des possibles. Mais, d'un autre côté,
on peut dessiner un autre portrait, celui d'un idéal exigeant.
À lire les enquêtes réalisées sur la
question, trois traits ressortent. D'abord, l'authenticité
: l'âge adulte, c'est quand je sais qui je suis. Ensuite,
l'expérience : je suis adulte quand j'ai assez vécu
pour faire face au nouveau. Enfin, la responsabilité :
je sais gérer mon rapport aux autres. De ce point de vue,
l'âge adulte désigne davantage un horizon qu'un statut
: on n'a jamais fini d'être authentique, expérimenté
ou responsable. Claudine Attias-Donfut a créé le
magnifique mot de « maturescence » pour désigner
cette nouvelle figure de l'adulte. Nous ne vivons donc pas le
crépuscule de l'âge adulte. Il s'agit plutôt
d'une reconfiguration. Elle permet, du même coup, de redéfinir
tous les autres âges, notamment la vieillesse, si difficile
à concevoir dans nos temps hypermodernes, et qui n'est
rien d'autre que l'élargissement infini de ces trois dimensions.
Propos
recueillis
par Colette Barroux-Chabanol |
ACTUALITE
I
Questions d'école I
Accompagnement
scolaire
Pourquoi veut-on des cours particuliers
?
Individualisée et tarifée, l'école
après l'école met en lumière les carences
du système public.
La
discussion du budget de l'Éducation nationale par le Parlement
est régulièrement l'occasion de montrer le niveau
des dépenses pour l'éducation dans le budget national
(voir encadré). Le nombre moyen d'élèves
par classe n'a cessé de baisser depuis plusieurs décennies,
les outils pour adapter la pédagogie à la diversité
des élèves se sont multipliés... Bref, tout
est théoriquement réuni pour que le système
fonctionne le mieux possible, ce qui est d'ailleurs le cas ! On
ne pourrait que se réjouir de cette situation si, parallèlement,
on n'avait pas vu se développer des officines ou des organismes
privés (donc payants) de soutien et d'accompagnement scolaire.
(...)
Où est passé le collège unique ?
On touche là l'une des dérives les plus graves de
notre système éducatif : la comparaison, les classements
annuels. Pour qu'un établissement du second degré
ait bonne réputation, il faut qu'on y travaille beaucoup
et que les résultats y soient bons. Partant du principe
que « qui peut le plus, peut le moins », les enseignants
ont donc tendance à surévaluer les exigences. D'ailleurs,
les parents y sont souvent favorables, jusqu'au moment où
leur progéniture perd pied... alors, au lieu de renoncer,
ils peuvent avoir recours à des solutions complémentaires
comme l'accompagnement extrascolaire.
(...)
Comme certains hauts responsables du ministère pensent
que les moyens d'enseignement pourraient être répartis
sur ces bases, on ne peut reprocher aux enseignants de chercher
à avoir les meilleurs résultats pour avoir le plus
de moyens ! Mais, au fond, cette concurrence entre établissements
n'a aucun sens quant à la qualité de ce qu'apprennent
les élèves, sauf peut-être dans une perspective
d'exclusion et de ghettoïsation d'une certaine partie de
la population scolaire. Par ailleurs, ces habitudes mettent en
évidence une situation paradoxale : les enseignants seraient
plus performants en dehors de l'École que dans l'École.
Explications avancées : le nombre d'élèves,
éventuellement leur motivation, les contraintes imposées
par les programmes... Et le dogme de l'égalité de
traitement, argument de poids : en classe, les enseignants se
permettent rarement de ne pas faire faire la même chose
à toute une classe. Or, c'est le principe de base de l'accompagnement
: il est individualisé.
(...)
L'État a réagi depuis longtemps à cette situation
(voir encadré) : la première charte pour l'accompagnement
scolaire date de 1992 ; une nouvelle version a été
signée en 2001 (Charte nationale de l'accompagnement à
la scolarité). Il faut respecter cette démarche
car, en s'interrogeant sur l'accompagnement scolaire, l'institution
reconnaît une forme d'échec de sa part. La situation
actuelle n'est pas irrémédiable. Il incombe en priorité
aux parents de refuser la compétition permanente, et aux
enseignants de revoir leurs exigences en les limitant strictement
à celles fixées par les programmes. (...)
VACANCES
DES JEUNES : UN TEMPS POUR VIVRE ENSEMBLE
DOSSIER
I Enquête
I
Partir
libres et ensemble
Tandis que les parents, confrontés à une
multiplicité d'offres, cherchent pour leurs enfants des
vacances « utiles », ceux-ci espèrent surtout
y trouver la tranquillité et des rencontres.
Parler
des vacances des jeunes soulève chez les adultes (parents,
éducateurs, animateurs, sociologues...) des vagues successives
de préjugés, de mises en garde, de souhaits, de
regrets, de recommandations. Visiblement, le temps libre des jeunes
est un sujet sensible qui cristallise à la fois les angoisses
et les rumeurs, et souligne le décalage entre l'imaginaire
et la réalité.
(…)
Le temps n'est plus où les seules préoccupations
hygiénistes présidaient au choix des vacances des
enfants, il n'est pas non plus à l'acceptation du désœuvrement
; un enfant oisif n'est pas perçu comme un enfant rêveur
mais comme un enfant qui traîne, et donc qui est «
en risque »...
(…)
Isabelle Monforté, psychosociologue et chef de projet à
l'OVLEJ, confirme la baisse de fréquentation des séjours
de vacances depuis 1994 : « Les loisirs de proximité
sont devenus facteurs d'intégration, mais on peut déplorer
le manque d'information des parents et l'opacité sur les
organisations de séjours. Maintenant que l'école
ne sert plus de relais, beaucoup d'adultes - surtout s'ils ne
sont jamais partis étant enfants - expriment leurs inquiétudes
à l'égard de ces structures. Ce flou fait resurgir
les craintes qui ne sont pas corroborées par les dires
des enfants, heureux de se retrouver entre copains et satisfaits
de ces moments où ils se sentent autonomes. »
(…)
Chargé de mission national pour les vacances et les loisirs
aux CEMEA et rédacteur en chef des Cahiers de l'animation,
Alain Ghéno évalue globalement la baisse de fréquentation
des centres de vacances à 15% en 10 ans. Mais cette baisse
(1 250 000 jeunes en 2005 contre 1 500 000 en 1995) est à
mettre en rapport avec la hausse exponentielle des CLSH : 4 500
000 en 2005. Alain Ghéno analyse ce développement
sous deux angles : l'effet du coût (bien moindre en CLSH
du fait des aides apportées par la CAF), et choix des parents
de ne pas se séparer de leurs enfants et de préférer
la proximité, quitte à sacrifier le changement d'air.
« L'environnement sur-sécuritaire dans lequel nous
vivons a un poids considérable. La question des accidents
(très médiatisés, mais à tort puisqu'ils
sont rarissimes en vacances collectives, beaucoup moins fréquents
que pendant les séjours avec les parents) et celle des
craintes de pédophilie (encore plus fantasmée quand
on sait que 92% des actes pédophiles sont le fait des proches
de l'enfant). Ce sont les 8/12 ans qui sont les plus présents
en CLSH et dont le nombre a fortement baissé dans les centres
de vacances. Quant aux 12/16 ans, ils restent en ville, entre
eux, au pied des immeubles, ou partent avec leurs parents en espérant
qu'ils bénéficieront d'une assez grande liberté.
(…)
« Si les adultes se situent dans un schéma d'encadrement
des temporalités, craignant l'inactivité, les ados
sont au contraire dans une oscillation permanente entre leurs
désirs contradictoires : de liberté et de construction
de soi avec les autres ». Spécialiste de la sociabilité
des jeunes, Olivier Galland, sociologue au CNRS, rappelle l'immense
place de l'amitié : « À l'adolescence, "être
avec" est plus important que "faire avec". Nous,
les adultes, ne cessons de leur faire des propositions commerciales
de loisirs centrés sur les activités, alors que
ce n'est pour eux qu'un support ayant pour seul intérêt
d'être avec des amis. L'autonomie relationnelle des jeunes
est beaucoup plus précoce et se manifeste dans nombre de
comportements qui échappent au contrôle des parents
: portables, textos, chats sur Internet... Autonomie qui d'ailleurs
ne va pas sans tension, car les relations des jeunes entre eux
- notamment entre sexes - se sont durcies. L'importance du culte
de l'apparence et celle du groupe d'appartenance sont des signes
d'une emprise normative. Le contrôle des pères a
été remplacé par le contrôle des pairs,
avec le conformisme et les discriminations pesantes qui y sont
associés. On retrouve cela au moment des choix de vacances.
L'essentiel, pour des adolescents, étant de ne pas être
embrigadés dans des cadres contraignants, de pouvoir choisir
et changer. »(…)
DOSSIER I
Point de vue I
Histoire
des vacances
Et l'homme inventa le temps libre
Avant, toute sa vie, on se tuait à la tâche.
Aujourd'hui la société des loisirs essaie de faire
une place au travail.
Soixante-dix
ans après 1936, le Front populaire et, donc, pour nous,
ici, les quarante heures, la semaine de cinq jours et les congés
payés, il n'est pas inutile de s'arrêter un instant
sur cette commémoration. Surtout un mois après de
puissantes manifestations qui ont montré que les luttes
pouvaient payer et que la politique existait toujours. Sauf qu'en
1936, il s'agissait pour les manifestants de pousser le gouvernement
à l'action, alors qu'hier la rue a d'abord bloqué
une réforme qu'elle refusait. Il n'empêche. Le besoin
de protection des salariés, la défense du temps
de la famille, l'initiation des jeunes, le droit au loisir et
à la culture, aux vacances et au voyage, ne sont pas de
vieille lune. Plus même, ces rêves de 36 sont devenus
le quotidien d'une majorité... à l'exception de
près d'un tiers d'entre nous : les 35 % qui ne partiront
pas en vacances cet été, personnes âgées,
familles de milieux modestes, mamans élevant seules leurs
enfants et, surtout, ces enfants et ces jeunes de banlieues populaires
(maintenant on dit « quartiers sensibles ») qui vont
battre le béton tout l'été. Dans certains
quartiers, presque 1 jeune sur 2. Il faudrait pourtant comprendre
que les fenêtres ouvertes par 1936 - après plus d'un
siècle de luttes - sont devenues la base de nos sociétés
modernes. Aujourd'hui, on travaille 67 000 heures (42 années
à 35 heures hebdomadaires), dans des vies de 700 000 heures
; avant 36, on travaillait couramment 120 000 heures dans des
vies de 600 000 heures.
(…)
En même temps, cette société émergente
a du mal à comprendre sa propre transformation. Elle n'investit
pas assez dans la formation, l'université, la recherche,
les loisirs. Elle réduit un peu la durée du travail
sans politique de temps libre et débat de la valeur travail
sans enregistrer que, pas plus qu'en 1936, là n'est plus
l'enjeu. Les Français sont travailleurs, productifs, engagés
dans leurs métiers, mais ils ne travaillent plus que 10
% de leur existence contre 40 % il y a un siècle.
(…)
Notre rythme de vie, et celui de la société, nos
normes et nos valeurs ne découlent plus d'abord du monde
du travail. À l'inverse même, de nombreux métiers
se créent à partir des savoir-faire et des savoir-être
issus des temps libres. C'est pourquoi le travail doit réinventer
sa place dans une société aux valeurs multiples.
Les jeunes arrivent sur le « marché du travail »
après avoir découvert les études, les voyages,
l'amour, voire le logement indépendant ; les seniors tirent
l'économie avec les dépenses d'un temps libre immense
qu'ils découvrent, les femmes mènent des «
doubles vies » avec un sentiment de manque de temps et des
carrières souvent limitées, les immigrés
servent de volant de régulation, les salariés des
PME-PMI vivent dans un stress du risque souvent inconnu des autres
travailleurs...
(...)
Ce n'est pas la richesse commune qui est en question, ni en 1936
ni aujourd'hui, mais sa répartition et la compréhension
des mécanismes de son renouvellement. Les politiques du
Front populaire, puis celles de la Libération, ont porté
les Trente glorieuses, y compris en développant les temps
libres et les vacances. À nous de trouver des politiques
qui, avec les mêmes valeurs, mais dans notre société
mobile, pourront porter elles aussi du mieux-être et de
la confiance.
(...)
Nous devons comprendre et accepter que partir n'est plus un rêve
ou un cadeau, mais que c'est devenu la norme commune et bien souvent,
l'exclusion commence par le non-départ en vacances et la
non-sortie de son « quartier sensible ». Si en 1936,
partir permettait des découvertes, « un plus »,
aujourd'hui, ne pas partir exclut radicalement. Aussi est-il temps
que les communes s'occupent du départ des écoliers,
les départements de celui des collégiens, les régions
de celui des lycéens et l'État des jeunes universitaires
ou post-écoles... Il serait bien plus utile socialement
que les jeunes qui vont jusqu'à brûler des voitures
puissent monter dedans pour aller à la mer ! (...)
DOSSIER
I Reportage
I
Premiers
départs
« Sac ados », ou l'apprentissage
de l'autonomie
Depuis 1990, Vacances Ouvertes favorise l'accès
aux vacances à des publics qui en sont privés. Avec
Sac ados, les plus jeunes ont les moyens de bâtir un projet
de congés.
Les
statistiques montrent que les personnes habitant sur les côtes
partent moins souvent en vacances que les autres. Peut-être
parce qu'elles considèrent que la mer leur procure déjà
le délassement propre aux congés. Mais lorsqu'on
est jeune et que l'on n'a pas assez d'argent pour partir, c'est
l'apprentissage de l'autonomie, dans le droit aux loisirs inhérent
au droit à l'éducation pour tous, qui est menacé.
Grâce au dispositif Sac ados, 2 060 exclus des vacances
ont pu partir l'an passé.
(...)
Les adolescents sont libres de choisir leur destination. Dans
les faits, 99 % d'entre eux restent en France. « Il arrive
que l'attente des jeunes soit déçue, explique Sylvain
Taboury, chargé du dispositif Sac ados chez Vacances ouvertes.
Des destinations comme le Cap d'Agde, par exemple, sont très
valorisées par le groupe. Mais les jeunes se rendent vite
compte que tout est plus cher que dans la ville d'à côté.
Le rôle du professionnel est de leur ouvrir les yeux sur
la faisabilité du projet.»
(...)
Camille et Melinda, 19 ans, ont rencontré au moins 4 fois
Stéphanie Desnos, animatrice au foyer Marie Lachambre de
Saint-Malo, pour préparer leurs vacances. Avec elle, elles
ont surfé sur Internet pour trouver leur camping. «
Les deux filles voulaient partir à Quiberon avec leur petit
ami du moment, se souvient Stéphanie Desnos. Mais les choses
ne se mettaient pas en place et les petits amis tardaient à
fournir les papiers nécessaires. Camille et Melinda se
sont rendues compte d'elles-mêmes que les choses s'organisaient
mal. Elles ont donc décidé de partir avec leurs
sœurs respectives. »(...)
TERRAIN
I Paroles de professionnels
I
Samu
social
Les maraudeurs au secours de la rue
Tous les soirs vers 20 heures 30, les camions du Samu
Social de Paris quittent le centre pour aller à la rencontre
des personnes les plus exclues : celles qui ne demandent plus
rien.
Les
représentations du clochard ont évolué :
la moyenne d'âge des personnes à la rue est de 40
ans, les plus jeunes portent des "Nike", ont un portable...
Ils forment des collectifs, on trouve beaucoup de gens venus de
l'Est. Mais d'autres, les isolés, n'ont que la rue, ne
vont pas en centre d'hébergement, ne composent pas le 1151.
Pleins de puces, ils se tiennent à l'écart, se terrent.
C'est à cette population très marginalisée
que nous nous intéressons le plus. C'est auprès
d'eux que le travail se fait plus délicat et que l'écoute
doit être plus fine. » Ambulancier de formation, Richard
Blampain a travaillé chez les pompiers puis au SMUR avant
de rejoindre le Samu Social de Paris à sa création
(1993) d'abord comme chauffeur, puis régulateur, coordinateur
et à présent comme responsable des EMA.
(...)
Chaque nuit, environ 7 équipes mobiles tournent, selon
deux méthodes : le signalement et la maraude. Elles interviennent
soit à la suite d'un appel d'association, d'institution
(commissariats, pompiers, hôpitaux) ou d'un particulier
signalant une personne en difficulté ; soit en sillonnant
lentement et librement un secteur prédéfini (1 à
3 arrondissements par équipe). Pour des raisons de sécurité,
les équipes évoluent en surface et ne vont pas dans
les rues et parkings souterrains, quais de Seine, métro...C'est
le principe de la « maraude », terme s'appliquant
aux chauffeurs de taxi circulant à vide, à la recherche
d'un client, mais dont on ne retient que la deuxième acception
qui désigne le chapardage de rue... Les EMA sont gérées
par un coordinateur présent à la base, qui suit
l'activité de la nuit. Sous son contrôle, deux régulateurs
suivent en temps réel les mouvements des véhicules
et distribuent les places d'hébergement disponibles.
(...)
Les équipes fonctionnent en trinôme : une infirmière,
un travailleur social et un chauffeur. L'infirmière effectue
un diagnostic de l'état somatique et psychique de la personne
rencontrée ; elle prend les constantes (pouls, tension,
température) et, si nécessaire, décide en
lien avec le médecin d'astreinte de l'orientation vers
les urgences hospitalières ou vers un CHUSI, ces structures
créées par l'organisme pour pallier l'absence d'hébergement
; il en existe 5 actuellement à Paris. Il s'agit de lits
d'hébergement provisoire où l'on peut recevoir des
soins légers, soit l'équivalent de soins à
domicile. La personne peut s'y reposer quelques temps et n'est
pas contrainte, comme dans les centres d'hébergement, à
déménager chaque matin : « La durée
de séjour est variable, observe Magalie, infirmière.
Certaines personnes sont restées très longtemps,
parfois des années, faute de structures de suite : maisons
de retraite ou de moyen séjour. »
(...)
L'infirmière apprécie les relations qu'elle entretient
avec ces hommes et ces femmes qu'elle rencontre au fil des maraudes
: « On apprend l'humilité. Ce que je trouve particulièrement
compliqué, c'est que les personnes refusent souvent les
soins. Il faut pouvoir l'accepter, s'agenouiller en face d'une
personne sans pouvoir la toucher ou soigner un ulcère.
On met parfois des mois avant de toucher quelqu'un. J'aime appliquer
des soins sanitaires simples, un déparasitage (poux de
tête ou poux de corps) ou un traitement de gale. J'ai vécu
de grands moments d'émotion à aider un SDF à
prendre une douche ou un bain, à le voir réapprécier
la sensation de l'eau sur son corps. Quand je le vois se regarder
dans une glace et se redécouvrir, c'est un moment magique.
»
(...)
Ils sont près de 600 salariés à travailler
au Samu social parisien, constitué en GIP. Les salariés
bénéficient d'un statut d' « agent non titulaire
de la fonction publique territoriale » et donc de CDD à
répétition. Une fragilité statutaire étonnante
pour un organisme luttant contre la précarité. Il
y a quelques mois, les salariés ont d'ailleurs protesté
contre ces conditions d'emploi. Le turn over des professionnels
est important, les salariés restent 2 ou 3 ans en moyenne.
«C'est une expérience particulière qui me
plaît beaucoup, conclut Magalie. Je me demande parfois ce
que je ferai ensuite. C'est difficile de raconter ce que l'on
fait, difficile de faire comprendre aux gens ce qu'est un SDF.
Souvent les gens ont peur de les approcher comme s'ils n'étaient
plus humains, des bêtes sauvages.»
PRATIQUE I
Droit I
Patrimoine
Le contrat de mariage
Il fixe la règle du jeu entre les époux,
pendant et après l'union.
Seul
1 couple sur 10 signe un contrat de mariage pour définir
son régime matrimonial. Mais tout couple marié est
soumis à un régime, qu'il ait choisi un contrat
chez un notaire («séparation de biens», «communauté
universelle», ou «participation aux acquêts»
pour les plus usités) ou que la loi lui impose par défaut
le régime légal de la «communauté réduite
aux acquêts». Le notaire peut inclure dans le contrat
des clauses personnalisées.
(...)
Depuis le 1er février 1966, sans contrat de mariage, les
époux sont automatiquement soumis au régime légal
de la communauté de biens réduite aux acquêts.
Ce régime concerne plus de 80 % des couples mariés.
Chaque époux conserve la propriété des biens
propres possédés avant le mariage et gère
ceux-ci en toute indépendance. En revanche, les biens créés
ou acquis pendant le mariage, autrement que par donation ou héritage,
sont communs et supposés appartenir aux deux époux.
Il en va de même des revenus des époux durant le
mariage, tirés de leur activité professionnelle.
(...)
Il n'y a donc pas de bien commun, sauf si les conjoints décident
d'acheter un bien à deux mais en indivision, chacun étant
propriétaire d'une quote-part en fonction de ce qu'il a
réglé. Ce régime implique que chacun reste
seul tenu des dettes qu'il a contractées avant et pendant
le mariage, sauf si le conjoint s'est porté caution ou
co-emprunteur, ou si la dette a été contractée
pour l'entretien du ménage ou l'éducation des enfants.
Dans la pratique, c'est un contrat qui est souvent choisi lorsque
l'un des époux exerce une profession dite «à
risque financier» : commerçant, profession libérale...
car il permet de protéger le patrimoine de son conjoint.
(...)
Chaque époux garde l'administration, la libre disposition
et la jouissance de ses biens personnels sans faire de différence
entre ceux qui lui appartenaient avant le mariage, qu'il a acquis
par la suite ou qu'il a reçus par donation ou héritage.
Lors de la dissolution, c'est l'idée du partage des bénéfices
réalisés qui prévaut : les époux restent
propriétaires des biens qu'ils ont acquis à leur
nom durant le mariage, comme de ceux qu'ils possédaient
en se mariant ou qu'ils ont touchés par succession.
| N°
557 - avril / mai 2006 - L'école des parents |
ACTUALITE
I
TENDANCES DE LA RECHERCHE I
Politique de la famille (2ème partie)
Quelle réforme pour notre protection sociale
?
Face
au système, obsolète, Le monde de
la recherche pense des solutions pour demain.
Les observateurs économiques s’accordent à
pronostiquer, pour les années à venir, que la paupérisation
d’une frange de la population (travailleurs occasionnels,
jeunes non diplômés) s’accentuera encore. (…)
En France, l’histoire de la politique familiale a toujours
pris en compte les inégalités économiques.
Des mesures comme la loi de 1948 – qui instaure l’allocation
logement – le montrent, même si « la politique
de la famille ne veut pas être une politique sociale et
souhaite garder son identité », souligne Claude Martin
1. Cependant, une part des prestations est soumise aux conditions
de ressources, et les revenus minima (allocation handicapé,
allocation parent isolé) reflètent la prise en compte
des inégalités. « En revanche, note Claude
Martin, la politique de la famille n’est pas sociale sur
la question des services. On a besoin de nombreux services publics
dans la prise en charge de la petite enfance, et l’idée
qu’ils doivent être universels et accessibles à
tous est très forte. » Les comparaisons avec d’autres
pays européens permettent aux chercheurs d’envisager
différemment nos propres organisation, idéologie
et contexte familiaux.(…)
Ces propositions sont générales, et pas directement
applicables aux différents pays de l’Union, mais
offrent des pistes de réflexion pertinentes. Ainsi développe-t-on
la nécessité d’investir dans l’enfance
une politique à la fois préventive et transversale
: une prise en charge collective dès la petite enfance
permet aux enfants naissant dans des familles démunies
d’échapper aux stigmates de la pauvreté, en
luttant notamment contre l’illettrisme. Une enquête
du CERC, alors présidé par Jacques Delors, montrait
qu’en France, en 2000, un million d’enfants (moins
de 18 ans) vivaient sous le seuil de pauvreté, soit près
de 8 % de l’ensemble des enfants. Les auteurs prônaient
alors le lancement d’un « programme national »
de lutte contre la pauvreté des enfants. Les crèches
sont également nécessaires pour les mères
souhaitant travailler, surtout en Allemagne, Espagne et Italie
(où la prise en charge des personnes dépendantes
repose sur les familles… qui ne font plus d’enfants).
(…)
Chargé de recherche au CNRS, enseignant en IEP, Bruno Palier,
spécialiste de l’analyse et de la comparaison des
réformes des systèmes de protection sociale en Europe,
estime que ce rapport est sans doute l’un des plus importants
sur la question : « Ce sont des perspectives originales
qui soulignent le besoin de réformes reposant sur les trajectoires
de vie, pour une plus grande équité sociale. Il
prône moins l’égalité des situations
que l’égalité des chances. On s’acheminerait
moins vers des prestations en espèces mais plus en services
: formation professionnelle, prise en charge des personnes dépendantes…
» (…)
Imaginer le système de protection sociale de demain, c’est
peut-être aussi replacer la question de la famille au cœur
du débat démocratique : « Les mouvements féministes
et, à leur suite, les mouvements homosexuels, ont montré
la voie : la famille est une affaire politique ! affirme Jacques
Commaille 2. Elle n’est pas l’apanage des mouvements
familiaux et des administrations, mais doit être réappropriée
par la société civile. » (…)
Par
Isabelle Guardiola
ACTUALITE
I
BILLET D'HUMEUR I
Expertise
INSERM
L’impasse sur la souffrance du sujet
On ne
peut ignorer la récente enquête de l’INSERM
(Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale)
sur les troubles des conduites des enfants et des adolescents.
Ce rapport a fait couler beaucoup d’encre, a suscité
– et suscite encore – nombre de commentaires. Il vient
à point nommé pour cautionner l’idée
si répandue de la violence « des jeunes »,
pour justifier l’appréhension que notre société
semble développer envers ceux-ci : verra-t-on la lutte
des classes d’âge se substituer à la lutte
des classes sociales ? (…)
Voici en quelques lignes mon impression subjective, celle d’un
clinicien expérimenté, du moins je le pense, mais
isolé et parlant de sa pratique ! D’abord je suis
très gêné par l’obsédant singulier
utilisé tout au long de ce rapport : « le »
trouble des conduites, « le » trouble oppositionnel,
« le » trouble de l’attention… Quand on
connaît la multiplicité, l’hétérogénéité,
la variabilité des symptômes et des conduites incriminées,
ce singulier semble terriblement factice : de quoi s’agit-il
? D’un artefact de réduction pour faire entrer la
complexité clinique dans la simplicité des chiffres
: on peut alors dénombrer, compter, statistiquer, pronostiquer
en toute aisance. Ainsi repéré, « le »
trouble devient une réalité qui prend le pas sur
l’enfant, les parents, la dynamique familiale, environnementale,
sociale. Il est identifié, repéré, isolé,
extrait de son contexte : entreprise de stigmatisation aucunement
soucieuse de ses effets rétroactifs. De la souffrance du
sujet, il n’est pas une seule fois question dans tout le
rapport. (…)
Justement encore, de la résistance il n’est jamais
question dans ce rapport, pas plus que de la nécessité
de développer une alliance de soin (aussi bien avec l’enfant
qu’avec la famille) pour avoir l’espoir d’une
action thérapeutique possible. Il s’agit simplement
d’éradiquer « le » trouble comme on extrait
la pierre de la folie ou comme, appuyant sur la touche Del, le
statisticien corrige l’erreur de frappe sur l’écran
de son ordinateur. Réduction, stigmatisation, éradication,
tels me semblent être les principes qui, sans jamais être
clairement énoncés, animent ce rapport et en constituent
l’armature. (…)
Par
Daniel Marcelli
DOSSIER
: PARENTS MALGRE TOUT
DOSSIER
I ENQUETE
I
Face au «contrat de responsabilité parentale»
Parents sur la sellette
Élever
un enfant serait-il devenu «?impossible?»? Soupçonnés
de défaillance, évoluant dans un contexte social
fragilisé, les familles ont plus que jamais besoin d’être
soutenues dans l’exercice de leur parentalité.
Avec 807 400 naissances en 2005, (+ 0,9 % en un an) 1, dans un
pays où la contraception est largement répandue,
les Français ne semblent pas angoissés à
l’idée d’enfanter. Pourtant il y aurait de
quoi être découragés : les enfants et les
adolescents sont souvent présentés comme des
victimes de maltraitances, ou des êtres à problèmes,
hyperactifs, incivils, violents, des « sauvageons »
susceptibles de déborder des ?parents qualifiés
de « démissionnaires ». (…)
Certes, la défiance et le soupçon imprègnent
les discours sur les parents. Qui dit « démissionnaires
» et « incompétents » évoque abandon,
négligence, absence d’autorité, difficulté
à fixer des limites. On est allé plus loin en les
suspectant même de maltraitance et d’abus. Dans L’enfant,
l’adulte, la loi : l’ère du soupçon,
Françoise Petitot, psychanalyste, interroge : « Le
soupçon serait-il la caractéristique nouvelle qui
régit la relation des enfants et des adultes ? (…)
L’émergence de la notion des droits de l’enfant,
avalisée par une convention internationale (Convention
Internationale des Droits de l’enfant du 20 novembre 1989),
a profondément modifié le regard que nous portons
sur les rapports des enfants et des adultes. Les parents potentiellement
dangereux, soupçonnés d’abus, de maltraitance,
d’abandon sont souvent désorientés et présumés
coupables. » L’allégation de « carence
généralisée de l’autorité parentale
» conduit à un soutien de la fonction parentale «
qui ne sollicite pas toujours la dimension désirante d’un
père ou d’une mère ». Où donc
est passée la conviction qu’un parent peut être
aimant ? (…)
C’est dans les années 90 que diverses voix s’élèvent
en faveur des parents et du « soutien » à leur
prodiguer. L’ensemble s’ajoute aux initiatives existantes
: maisons ouvertes, ludothèques, groupes de parole, mouvement
des crèches parentales (l’ACEPP est reconnue officiellement
depuis 1981), l’APE depuis 1985, les initiatives CAF, l’action
ces centres sociaux, les programmes enfance de la Fondation de
France, les lieux d’accueil parents/enfants, de médiation
parents/école… (…)
Les Écoles des parents et des éducateurs sont particulièrement
impliquées dans ces actions, elles qui cultivent l’idée
de co-éducation et dont la démarche a toujours été
de ne pas se placer en « position haute » par rapport
aux parents mais plutôt de les accompagner dans leurs tâches
éducatives, en reconnaissant leurs compétences et
en laissant s’exprimer leur parole. Dans le Rapport rendu
en 1998 au ministère de l’Emploi et de la solidarité
par le groupe de travail « Un avenir pour la paternité
» dirigé par le juge Alain Bruel, l’accent
était mis sur la nécessité de soutenir la
fonction parentale, de faire des père et mère les
premiers acteurs du progrès en éducation, et donc
de moins s’appuyer sur leurs manques que sur leurs capacités.
Le résultat fut la décision de privilégier
la co-parentalité (autorité parentale partagée
qui sera affirmée dans les textes dans la loi de mars 2002)
et de mettre en place des réseaux susceptibles de l’accompagner.
(…)
Par
Colette Barroux-Chabanol
DOSSIER
I POINT
DE VUE I
Dans
l’ « intérêt de l’enfant »…
Que signifie être parent aujourd’hui
?
Face aux désirs des uns et aux injonctions des
autres, un nouveau line est à inventer.
Quand,
faute de référence autre, le désir du parent
pour l’enfant devient le principe organisateur de la famille,
alors les parents sont exposés à de grandes déconvenues,
et l’enfant à de grands dangers. (…)
Le bonheur de l’enfant – forme idéale de la
satisfaction du parent prisonnier de son désir d’enfant
– est un leurre bien trop néfaste pour laisser les
parents ne l’avoir que comme seule référence,
au risque qu’ils s’épuisent dans une vaine
course à l’excellence ou au plaisir partagé,
dont ils ne peuvent sortir que déçus d’eux-mêmes
et de leur enfant.(…)
La légitimité du parent – en tant qu’elle
confère une autorité socialement reconnue, donc
soutenue – compte donc autant que son désir et l’amour
auquel celui-ci donne lieu. Car, non seulement l’amour ne
suffit pas, mais il serait bien qu’il soit trompeur. (…)
Nous voyons, par exemple, dans l’association des enfants
aux décisions qui les concernent au nom du principe de
la prise en compte de leur parole, une noble cause pour autant
qu’il s’agisse, comme dans les conseils communaux
d’enfants entre autres, de les initier, à la faveur
de mises en situation, à des usages sociaux fondés
sur les principes éthiques de l’affirmation de soi
et de la prise en compte de l’autre. (…)
La contradiction des aspirations entre pairs – à
l’intérieur du couple par exemple – à
l’égard de l’enfant nous semble constituer
actuellement un point de butée minimal à la toute-puissance
du désir de l’un des parents. Le partage de l’enfant
impose une négociation a minima entre parents, professionnels
et autres co-éducateurs qui garantit à l’enfant,
finalement, d’échapper à l’arbitraire
du désir d’un seul sur lui. La triangulation du rapport
à l’enfant est donc requise comme dernier rempart
à l’hégémonie du désir et du
pouvoir de l’un à l’exclusion de l’autre.
(…)
Les parents sont aujourd’hui – et les professionnels
avec eux – à la croisée d’un chemin.
L’insécurité existentielle à laquelle
les confronte la mutation de la famille, pourrait bien nous faire
succomber à la tentation d’une réassurance
à bon compte, en croyant remplir le gouffre de notre incertitude
que la perte du « bon sens » dévoile en s’en
remettant à quelque savoir de circonstance. Le risque en
serait nul, n’était l’enjeu, qui est aussi
celui du lien familial,
à savoir une certaine conception de l’humain, des
conditions de possibilité de sa naissance et de sa survivance
! (…)
Par
Daniel Coum
DOSSIER
I APPROCHES
TRANSCULTURELLES I
Familles issues de l’immigration
Retrouver une parentalité solidaire
Habitués
à une structure éducative soutenue par un lien social
collectif, ils sont nombreux à ne pas se retrouver dans
le dispositif socio-éducatif qui leur est proposé.
Il est fréquent d’entendre évoquer le «
difficile métier de parents », comme si cette fonction,
inhérente à l’espèce humaine, relevait
d’une sorte de sacerdoce impliquant souffrances et privations.
Cela semble avoir été une rengaine audible en tous
les temps et en tous les lieux, et pas seulement dans nos sociétés
développées contemporaines où l’enfant,
étant dit-on devenu roi, ses parents seraient logiquement
devenus ses premiers serviteurs. Toutefois, aujourd’hui
présente une situation inédite. On voit se multiplier
les initiatives visant à réfléchir à
la fonction parentale, augmenter le nombre des colloques, publications
diverses et ouvrages consacrés à ces questions,
et surtout apparaître des dynamiques associatives d’appui
à la « parentalité ». Ce dernier concept
(d’émergence récente) est en lui-même
révélateur d’une crise de la fonction parentale.
Il ne s’agit plus seulement, comme dans les années
80, d’une interrogation limitée à des milieux
plutôt privilégiés, ces fameux parents «doltomaniaques
» (savoureusement mis en scène dans les dessins de
Claire Brétecher) qui dissertaient de manière naïvement
narcissique sur la complexité de leurs rapports avec leurs
rejetons.(…)
Enfin, les immigrés qui ont été les derniers
à bénéficier du regroupement familial viennent
de cultures dans lesquelles les structures familiales et l’éducation
parentale sont très différentes de ce qu’elles
sont dans les sociétés occidentales. Si l’on
y ajoute le contexte de précarité économique
et de concentration résidentielle dans lesquels vivent
nombre d’entre elles, il ne faut pas s’étonner
des difficultés que rencontrent les parents pour éduquer
des enfants de plus en plus rétifs à l’autorité,
et par ailleurs profondément perturbés par des interrogations
identitaires et une conscience floue de (faibles) perspectives
d’avenir dans ce pays qui est malgré tout devenu
le leur. La présence de nombreux enfants d’immigrés
appartenant aux dernières vagues d’arrivées,
en particulier à celles en provenance d’Afrique subsaharienne,
a été notée dans les quelques observations
sérieuses faites à propos des violences urbaines
qui ont touché plusieurs banlieues françaises en
octobre et novembre 2005. D’aucuns en ont un peu vite conclu
à un laxisme généralisé des parents
ou à une inadaptation totale des structures familiales
schématiquement réduites à la seule polygamie.(…)
Dans les familles africaines en particulier, l’attitude
initiale des parents était plutôt d’imposer
une stricte discipline par des moyens jugés inappropriés
du point de vue de nos sociétés occidentales contemporaines,
c’est-à-dire souvent par des châtiments corporels
brutaux. Pourtant, de telles attitudes éducatives se révèlent
aujourd’hui inefficientes. Les parents immigrés mettent
en cause les intrusions de la société d’accueil
dans leurs pratiques éducatives. Ils colportent quelquefois
jusque dans leur pays d’origine des rumeurs selon lesquelles
une simple gifle donnée à un enfant, ou parfois
seulement une remontrance, entraînerait immédiatement,
pour le protéger de la violence parentale, l’intervention
des travailleurs sociaux, l’interpellation des parents par
la police et le placement subséquent en institution spécialisée.
Il y a bien sûr eu des interventions maladroites de professionnels
du secteur socio-éducatif dans les affaires internes de
certaines familles, mais ce genre de propos quelque peu caricatural
exprime surtout le désarroi des familles face à
des situations qui leur échappent.(…)
Plutôt que de prendre le risque de tels retours à
la case départ, il serait préférable de tenter
de constituer autour de ces parents en grande difficulté
un autre type de collectif solidaire, une forme de parentalité
dans laquelle les professionnels de l’éducation,
les voisins et d’autres partenaires s’engageraient
dans une relation d’appui qui soit conçue comme une
relation parentale au sens large, plutôt que comme une relation
d’institution à usagers.
Par
Jacques Barou
TERRAIN
I Réseau
des Écoles des Parents et des Éducateurs
I
Reportage
sur un projet fédérateur
D’une culture à l’autre…
Quand l'interculturel s'invite dans le travail
social... Une journée de réflexion partagée.
L’interculturalité est à l’honneur ce
samedi 18 avril à Echirolles, près de Grenoble (38),
où l’EPE de l’Isère co-organise, avec
la FNEPE, un colloque autour du thème D’une culture
à l’autre : dans le couple, la famille, l’école,
les lieux d’accueil… L’auditoire est varié
: travailleurs sociaux, enseignants, ATSEM, éducateurs
spécialisés, psychologues… ce qui correspond
à la volonté de Jean-Marc Gamba, président
de l’EPE 38 : « Je souhaite que cette journée
soit un moment de partage et d’échange entre professionnels
d’horizons divers ». Claire Jodry, directrice de la
FNEPE, rappelle pour introduire la journée qu’«
il y a interculturalité dès lors qu’il y a
rencontre avec un autre », et souligne la complexité
de l’identité en citant Amin Maalouf (…)
Un « malentendu » est vite arrivé… tout
comme un « conflit de loyauté » entre la culture
d’origine et celle que la société d’accueil
attend de lui. N’oublions pas que nous sommes tous «
dépositaires d’une histoire séculaire ».
Vouloir réduire la culture d’autrui à un seul
élément (sa religion par exemple) est un «
viol vis-à-vis de la complexité de la pensée
humaine », résume-t-il. À son tour, Jacqueline
Costa-Lascoux, politologue et présidente de la FNEPE, se
demande d’où vient « cette amnésie de
l’Histoire ». Elle développe les liens que
la chose politique a entretenus depuis des décennies avec
l’interculturel : «Si la diversité culturelle
est une réalité, le multiculturalisme est un mode
de gestion institutionnel.» (…)
C’est ce mécanisme, généré par
le système et étendu aux domaines sociaux et éducatifs,
qui explique pourquoi aujourd’hui, dans les écoles,
les élèves élisent des délégués
de classe qui leur ressemblent. Pour qui voteront-ils plus tard
?
Dans une démarche différente, les Écoles
des Parents ne mènent « aucune action en faveur de
publics spécifiques, atteste Olivier Grandpré, chargé
de coordination et de développement associatif à
l’EPE 38. C’est une tradition. Ce qui est intéressant
est d’appréhender la personne dans sa globalité.
L’interculturalité s’invite dans chaque activité.
»(…)
Jean-Marc Gamba ayant pronostiqué qu’on aurait «
envie de débattre sur le sujet », l’assistance
se sépare en 4 groupes pour aborder la question de l’interculturel
dans les structures d’accueil petite enfance, à l’école,
en famille et dans le couple. Olivier Grandpré propose
des pistes pour ce temps consacré à l’échange
de pratiques : « Quelle attitude les professionnels adoptent-ils
dans leur travail de relation d’aide ? Les familles se sentent-elles
enfermées, stigmatisées ? Parfois, elles peuvent
penser que l’on focalise sur la dimension culturelle. Est-ce
une idée reçue ou une idée qui traduit un
fait réel ? » Au travail !(…)
La synthèse est riche d’enseignements pour tous.
La centaine de participants est attentive : objectif atteint pour
l’équipe de l’EPE grenobloise, qui préparait
le colloque depuis l’été dernier. Cette structure,
qui compte une quarantaine de collaborateurs, a aussi «
la fierté » d’inaugurer le premier colloque
en région, concrétisant ainsi le souhait de la fédération
de décentraliser une partie de ses actions hors de la capitale.
«Travailler sur un projet commun est fédérateur
pour l’équipe», s’enthousiasment Fabienne
Prince, éducatrice de jeunes enfants, et Christel Blanchart,
responsable de l’écoute téléphonique,
qui accueillaient les participants avec un dossier de présentation
dans le grand amphithéâtre de l’IFTS (Institut
de Formation des Travailleurs Sociaux) d’Echirolles, non
loin de l’EPE.
Par
Éléonore de Narbonne
TERRAIN
I PAROLES DE PROFESSIONNELS
I
Éducation Physique et Sportive
Profs tout terrain
Inquiets quant à l'avenir de leur profession, qu'ils
craignent de voir réduite à l'état d'option,
les enseignants d'EPS, souvent proches de leurs élèves,
assument pleinement leur mission éducative.
Ils
sont loin, les clichés de l’entraîneur casquetté
et cheveux ras, planté au bord du terrain, sifflet autour
du cou, hurlant ses consignes, et celui de la vieille fille, bandeau
blanc et verres fumés, invectivant une grappe de garçons
occupés à reluquer les filles en short en pleine
séance de gymnastique… Le prof d’EPS est désormais
coopératif car sans cesse appelé à collaborer,
inventif parce que soucieux d’adapter son enseignement,
attentif parce qu’à l’écoute de l’élève
pour le faire progresser.(…)
Le collège de Saint-Fons (69), où travaille Laurence
est classé ZEP et « plan violence » ; il attend
de recevoir le nouveau label « ambition réussite
». Les élèves peinent à se concentrer
et à se discipliner sur une longue durée. Leurs
représentations du sport sont stéréotypées
: «Ils imaginent le sport comme un clip télévisé,
pas forcément comme de l’éducation physique.
Nous ne sommes pas formés à cela et sur le terrain,
à nous de chercher nos propres recettes.» (…)
Après avoir longtemps enseigné en ZEP, Pascale Brisseau
intègre un collège parisien. Elle reconnaît
sa satisfaction de travailler dans une ambiance apaisée
: « J’ai découvert des élèves
polis, jouant aux cartes dans la cour, lisant, faisant leurs devoirs,
ne se bagarrant pas pendant les cours… J’étais
surprise, car je n’avais jamais connu cela, même auprès
des plus jeunes élèves que j’ai connus : finalement,
ils ne jouaient pas aux activités de leur âge, ils
se battaient sans cesse. Le revers de la médaille c’est
qu’ici, les relations sont certes courtoises, mais plus
distantes. Les enfants sont moins spontanés, la barrière
prof/élèves ne se franchit pas. » (…)
Les difficultés appellent aussi la créativité
et l’engagement : «Plus on rencontre des difficultés
d’enseignement, plus on se montre inventifs», commente
Joan Desvigne, TZR, qui a «tourné» dans des
établissements aux publics très différents.
Sa vocation première est l’éducatif : «Ce
qui me motive est de faire passer des valeurs et des idées.
J’aurais pu enseigner une autre matière ou être
éducateur. Dans “EPS”, le premier terme est
Éducation, ensuite Physique – au sens développemental
– puis Sportive… Mais tout le monde ne met pas les
lettres dans le même ordre : j’ai de nombreux collègues
qui se sont spécialisés dans une activité
et mettent en avant le côté sportif, progrès,
compétition…» (…)
Le professeur doit donc observer sa classe avant de proposer des
exercices adaptés à ses possibilités. C’est
d’ailleurs le principe de l’épreuve didactique
du CAPEPS. L’oral d’admission consiste en une présentation
d’une séance de cours face à un certain type
de public : « On nous donne quelques indicateurs, se souvient
Joan Desvigne. Par exemple : dans cette classe de 5ème,
on trouve Sandra (petite et pas très à l’aise
au plan de la motricité), Mohamed (très actif),
Pierre (timide)… (…)
L’adaptation n’est possible qu’en fonction des
moyens disponibles : une heure de cours supplémentaire
si besoin, la possibilité d’être à plusieurs
enseignants pour aller à la piscine, encadrer les SEGPA
ou un groupe d’élèves non francophones : «
D’année en année, conclut Laurence Perlangeli,
on voit nos moyens se réduire. Cette année les bons
nageurs restent à la maison parce qu’on n’est
pas assez nombreux et qu’on donne la priorité aux
non nageurs… (…)
Par
Isabelle Guardiola
PRATIQUE
I
INFO SCOLARITE I
Planète
web
L’école à l’heure
des TIC
Dans les années 70, pendant la révolution
des télécommunications, la france était le
mauvais élève de l'Europe. Aujourd'hui, on apprend
les nouvelles technologies à l'école !
Le
ministre de l’Éducation, Gilles de Robien présentait,
lors du dernier Salon du même nom, les résultats
du premier baromètre des usages des TIC 1. Ce sondage montre
que l’ordinateur et Internet deviennent des outils incontournables,
aussi bien à l’école que dans les collèges,
les lycées, les universités et même à
la maison. Avec quelques surprises. Ainsi, s’ils disposent
d’un taux d’accès à la Toile plus fort
que les élèves et les étudiants, les enseignants
restent battus par ces derniers lorsqu’il s’agit d’en
apprécier l’utilisation générale. Le
B2i et le C2i y sont peut-être pour quelque chose.(…)
Le niveau 1 concerne l’école primaire (http://primtice.education.fr).
Cinq champs de compétences sont au programme : maîtriser
les premières bases de l’informatique, adopter une
attitude citoyenne face aux infos d’Internet, créer,
modifier et exploiter un document par traitement de texte, chercher
et se documenter à l’aide d’Internet, d’un
CR-rom ou d’un DVD-rom, communiquer au moyen d’une
messagerie électronique.
Le niveau 2 touche les élèves de collège
et suppose la maîtrise du niveau 1. Elle prévoit
davantage d’utiliser des outils spécifiques (tableur,
formule, navigateur…)
Le niveau 3 est destiné aux lycéens et vise l’approfondissement
des compétences acquises en niveau 1 et 2. (…)
Suite logique du B2i, le C2i concerne d’autres publics d’usagers
: les étudiants et les enseignants. Pour les étudiants
: le C2i niveau 1 se donne pour objectif de permettre une maîtrise
de compétences désormais indispensables à
la poursuite d’études supérieures. Un plus
indéniable pour leur future insertion professionnelle.
Pour obtenir le C2i, il faut contacter le SCUIO de son université.
Pour les enseignants : le C2i niveau 2 est plus particulièrement
destiné aux enseignants stagiaires. Ceux-ci doivent en
effet maîtriser des compétences essentielles à
l’exercice de leur métier dans sa dimension pédagogique,
éducative et aussi citoyenne. Renseignements auprès
de l’IUFM de rattachement.(…)
Par
Patrick Neyroud
PRATIQUE
I
INITIATIVES LOISIRS
I
Au Mahj
Le judaïsme en partage
Le MAHJ (Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme)
fête ses 8 ans d’existence en continuant d’initier
le public aux richesses du patrimoine juif, tout en ouvrant les
portes vers d’autres cultures. « Loin de nous l’idée
de reconstituer un ghetto ! Le musée est un lieu vivant
ouvert à tous, pas une synagogue réservée
à un petit nombre… » Chantal Atlani, conseillère
de la programmation musicale et des contes, multiplie les signes
d’ouverture vers les autres cultures. L’occasion de
rappeler que le peuple juif s’est toujours bien intégré
dans les pays où il s’est implanté, source
de sa pérennité. (…)
Les contes et spectacles musicaux programmés (tarif : 8
€), destinés aux adultes et aux enfants à partir
de 4 ans, ont comme objectif de présenter l’imaginaire
du monde juif tout en comportant une dimension universelle : «
Les paroles de certaines chansons judéo-espagnoles sont
les mêmes au Maroc ou dans les Balkans, seul l’accompagnement
musical change. Nous avons organisé des concerts avec des
musiciens juifs, musulmans et chrétiens pour montrer que
la musique est un partage. »
La Pâque juive ou la fête de Pourim sont autant d’occasions
de se familiariser avec la culture juive. Thèmes traditionnels
chargés d’histoire, approche des rites et fenêtres
ouvertes sur tous les pays : cette année, le Mahj a accueilli
deux conteuses pour Bouche Bée, un spectacle mélangeant
des sonorités venues d’Afrique et des pays de l’Est,
et présenté Yankel au pays des ânes bleus,
un conte mettant en scène marionnettes et musique klezmer.
(…) - MAHJ, Paris (3ème) - www.mahj.org
Par
Isabelle Guardiola
N°
février - mars 2006 -
L'école des parents ENQUÊTE
Intergénérationnel : passeurs de vie
Le
regard sur nos aînés à changé : des
ponts sont désormais jetés entre les âges
pour un meilleur « vivre ensemble ». Chacun à
sa manière, devient un acteur de transmission.
«
Cet été, je sors avec un vieux », on se souvient
du thème de cette récente campagne lancée
par les Petits frères des pauvres. Depuis plus de cinquante
ans, des associations comme celle-ci mobilisent leurs bénévoles
pour rompre l’isolement des personnes âgées
et renforcer le lien fraternel entre les hommes, faisant ainsi
de l’intergénérationnel sans que l’étiquette
leur soit attribuée. La charité bien ordonnée
a en fait commencé par ce regard compassionnel adressé
aux plus démunis, aux vieillards isolés qui avaient
besoin d’un logement, de soins, d’accompagnement,
d’une main tendue.
(…)
L’idée que la transmission était une valeur
et une pratique à encourager n’était cependant
pas une évidence pour tout le monde. Tout un courant de
pensée insistait sur la rivalité entre les générations,
suscitée par les sombres perspectives économiques
et sociales réservées aux plus jeunes. Jean-Yves
Ruaux, dans son récent ouvrage 2030, le papy crash ?, annonce
la guerre des générations. En « catastrophiste
éclairé », il souligne la fracture générationnelle
qui existe entre les seniors et les trentenaires (victimes de
la récession, de la précarité, du sida…)
(…)
La crainte, pour les générations d’après
1955, de ne pas accéder à une retraite décente,
les inquiétudes sur le sort de la planète, pourraient
faire craindre des difficultés de compréhension
et des réticences à créer des passerelles
entre les aînés et les plus jeunes. Il ne semble
pourtant pas que ce soit le cas en réalité.
(…)
La tonalité a changé, en effet. Avec l’arrivée
en masse des jeunes retraités, l’intergénérationnel
ne consiste plus seulement à porter, tel Énée,
ses parents sur le dos, mais à rester citoyen et à
devenir passeurs pour la génération suivante, en
exerçant la responsabilité qui incombe aux aînés
vis-à-vis des jeunes. Ces attitudes permettent ainsi aux
jeunes de sentir qu’ils sont un maillon d’une chaîne
générationnelle et qu’ils sont inscrits dans
une histoire de l’espèce humaine.(…)
Par
Colette Barroux-Chabanol
TENDANCES
DE LA RECHERCHE
La politique familiale fait sa petite évolution
(Première partie)
La
famille est aussi une affaire publique. S’adaptant aux évolutions
de la société, l’État intervient sous
les angles sociologique, juridique, politique…
On
ne peut parler de politique familiale que depuis la fin des années
trente. Elle visait, au départ, le triple objectif de favoriser
la natalité, de perpétuer le modèle familial
fondé sur le mariage, mais aussi de prendre en compte les
personnes sans enfant…
(…)
La France est l’un des seuls pays européens à
avoir disposé d’une forte politique familiale avant
et après-guerre. La tendance « familialiste »
traditionnelle s’incarne dans des institutions toujours
présentes aujourd’hui. Mobilisant différents
ministères (Justice, Économie, Logement, Santé
et affaires sociales, Éducation nationale…), les
actions publiques en direction des familles sont fédérées
au sein de la Délégation interministérielle
à la famille, créée en 1998. Aux côtés
des associations familiales (dont la puissante UNAF, Union Nationale
des Associations Familiales), d’autres organismes sont apparus
comme le HCPF (Haut Conseil de la Population et de la Famille),
doté d’un avis consultatif et qui missionne des chercheurs
sur les évolutions de la famille.
(…)
• La famille, une menace ?
Jacques Commaille explique que les communautés de chercheurs
se sont formées en fonction des questions qui traversent
l’opinion publique. L’une d’entre elles travaille,
par exemple, sur la famille en étudiant le degré
d’efficacité de nouvelles prestations mises en place,
à l’aide de travaux économétriques
ou qualitatifs, pour tenter de voir comment la politique familiale
est perçue, et comment elle modifie les comportements.
Une autre est un véritable mouvement féministe,
à l’origine de travaux de recherche portant sur le
statut de la femme. Elle considère que la famille est un
risque potentiellement perturbateur de la dynamique d’autonomisation
de la femme. Bref, cette planète de chercheurs est quelque
peu segmentée.
(…)
La France cloisonnerait donc la question de la femme et de la
famille, quand le Québec traiterait la problématique
? Paradoxal pour notre pays, qui a en effet développé
une politique familiale ambitieuse, laquelle constitue cependant
un frein à une réflexion sur l’articulation
« travail de la femme/famille ». Les travaux d’Anne
Revillard, doctorante en troisième année au groupe
d’analyse des politiques publiques à l’ENS
de Cachan, analysent cette contradiction : les tensions existant
dans les programmes en direction des femmes entre des politiques
publiques visant l’émancipation des femmes par le
marché du travail, et celles promouvant un modèle
plus traditionnel, du type « femmes à la maison ».
L’une des pistes creusées par la chercheuse, dans
son étude comparant la France au Québec, consiste
à essayer d’expliquer ces tensions par des conflits
entre institutions au sein de l’appareil d’État
: « En France, la tension entre les deux mouvements s’explique
par leur définition sur des bases idéologiques,
alors qu’au Québec cette question s’est élaborée
de façon plus pragmatique.(…)
Par
Isabelle Guardiola
APPROCHES TRANSCULTURELLES
Voisins
et parents : du bon usage de la distance entre les âges
Si
la famille moderne ne vit plus sous le même toit, elle s’arrange…
L’apparition
des sociétés industrielles a déclenché
une série de mouvements migratoires qui a eu pour effet
de mettre à mal la proximité entre les générations.
Celle-ci avait longtemps été le principal ferment
de reproduction des communautés traditionnelles. L’organisation
des nouvelles sociétés a ensuite eu tendance à
créer des milieux de sociabilité destinés
spécifiquement à des générations différentes.
De l’école maternelle à la maison de retraite,
nous passons la plus grande partie de notre temps entourés
de gens qui appartiennent aux mêmes générations.
(…)
En Europe, le monde rural a longtemps maintenu cette complémentarité
entre générations au sein de la famille. Les grands-parents
(ou collatéraux âgés) assuraient une présence
auprès des jeunes enfants, tandis que les parents assuraient
l’essentiel de l’activité productrice. Ce qui
impliquait une résidence commune pouvant rassembler parfois,
comme dans l’Europe balkanique, des dizaines de ménages
sous le même toit. Ceci a aujourd’hui pratiquement
disparu des campagnes comme des villes. La famille qui regroupait
plusieurs générations dans la demeure d’un
même ascendant a laissé place à des ménages
beaucoup plus éparpillés dans l’espace résidentiel,
et de taille beaucoup plus modeste. Aujourd’hui, il est
rare de trouver, dans les sociétés développées,
des maisons abritant simultanément enfants, parents et
grands-parents.
(…)
• L’autonomie et ses ambiguïtés
L’autonomie entre les générations est pourtant
apparue au départ comme un progrès sous l’angle
des libertés individuelles, en particulier pour les jeunes
femmes qui pouvaient, grâce à l’éloignement
résidentiel, échapper à la pression parfois
étouffante des parents ou des beaux-parents. En même
temps, cet éloignement semble avoir davantage résulté
des contraintes de la vie moderne que d’une volonté
délibérée des jeunes ménages de se
couper de l’influence des générations antérieures,
au détriment de l’aide que celles-ci pouvaient apporter
dans le cadre de la vie familiale et de l’éducation
des petits-enfants.
(…)
On a d’abord vu le retour de l’intergénérationnel
à travers les recompositions familiales. L’augmentation
de l’instabilité conjugale a conduit certains grands-parents
à assurer eux-mêmes l’éducation de leurs
petits-enfants. La crainte de l’avenir amène parfois
aussi les jeunes à s’éterniser au foyer de
leurs parents, ce qui donne lieu à diverses tensions, ce
qu’Étienne Chatilliez avait habilement utilisé
comme ressort comique pour son film Tanguy (2001).
(…)
Il arrive que des ménages non seulement sans aucun lien
de parentés et ayant même des origines nationales
différentes, établissent, du fait de leur voisinage,
des échanges réciproques du type de ceux qui existent
entre parents âgés, enfants et petits-enfants. De
tels échanges s’organisent au fil du temps, du fait
de la disposition des uns et des autres à rechercher l’entraide
quotidienne. Les liens qui se créent ainsi sont exprimés
en termes de relations filiales ou parentales et aboutissent à
des tactiques de maintien de la proximité résidentielle.(…)
Par
Jacques Barou
PAROLES DE PROFESSIONNELS
Libraires
jeunesse : Éveilleurs d’enfants
Par
amour pour la littérature enfantine, ils ont créé
un métier. Rencontre avec des professionnels passionnés
qui ont fait le choix de la qualité.
Ils
ont ouvert leur librairie dans les années soixante-dix.
Ingénieurs, cadres ou enseignants, poussés par le
vent de mai 68 et amoureux de la littérature jeunesse anglaise,
ils déploraient de ne pas trouver de lieux spécialisés
où on leur prodiguerait des conseils de lecture. Avec des
petits budgets, peu de connaissance du métier, mais l’envie
de travailler « autour du livre et des enfants »,
ils ont créé leur lieu et sont devenus libraires
pour enfants. Un métier qui n’existait pas.
(…)
• Des « maisons de plaisir »
Peu à peu, le secteur jeunesse s’est fortement développé
et segmenté. Trente ans plus tôt, le domaine de la
petite enfance n’existait pas : « Parents et éducateurs
n’imaginaient pas ouvrir un livre devant un bébé
et le faire réagir », observe Denis Hooge. Puis,
d’autres secteurs se sont ouverts : le livre d’art
pour enfants, le fantastique (« heroïc-fantasy »)…
(…)
À lui de défendre son statut de commerçant
pas comme les autres, en donnant une âme à son lieu.
Un esprit qui prend vie lors d’animations régulières
: auteurs, conteurs, musiciens, plasticiens et illustrateurs participent
à des rencontres de création festive. On est bien
loin des traditionnelles séances de signature : «Notre
regard sur l’enfant est là aussi pour nous différencier
des librairies traditionnelles, qui trouvent souvent les enfants
bruyants et remuants. Nous avons longtemps tenu collectivement
un stand au salon du livre à Paris, avant d’en être
chassés parce qu’on faisait du bruit !»
(…)
Comme d’autres collègues de province, Jean-François
Sourdais travaille beaucoup hors de sa librairie, un aspect de
son métier qui lui plaît beaucoup. Par exemple, il
effectue une sélection de livres pour une conteuse sollicitée
pour intervenir comme fil rouge des débats lors d’un
colloque de pédiatres ; c’est là l’occasion
de toucher le public médical. À Saint-Paul-Trois-Châteaux,
à la limite entre la Drôme et le Vaucluse, il a participé
à la création d’un salon pour la jeunesse.
Lors de ces rencontres, des activités et formations sont
proposées aux bibliothécaires et enseignants. Quatre
libraires tiennent la librairie du lieu, mettant en commun leurs
connaissances : « Mon métier est fait de rencontres,
de discussions, ce que je n’imaginais pas. Les ventes à
l’extérieur (écoles, bibliothèques
et salons) représentent 30 à 70 % de notre chiffre
d’affaires. »
Un marché propre à la province et la banlieue. Avec
la décentralisation, de nombreuses municipalités
ont ouvert leurs bibliothèques. Les libraires ont été
très sollicités par les institutions mais, à
Paris, depuis toujours, la fourniture des écoles et des
bibliothèques est soumise à des appels d’offres.
(…)
Par Isabelle Guardiola
N°
décembre 2005 / janvier 2006 -
L'école des parents
ENQUÊTE
Jalousie
: entre normalité et pathologie
Cette
émotion qui nous agite tous peut devenir un poison ou un
pousse-au-crime. Question d’équilibre personnel et
d’acceptation de l’autre…
Prétexte
à d’innombrables œuvres de littérature,
musique, théâtre, cinéma, peinture, la jalousie
traîne encore derrière elle des relents de péché
capital, même si en tant que tel c’est plutôt
l’envie qui est listée. Pourtant, comment qualifier
d’immoral un sentiment si universellement partagé
et si banal ? Comme le dit Alain Robbe-Grillet dans La jalousie
(1) : « Aucun de nous ne veut être chassé de
ce lieu enchanté qu’est l’amour, ni être
un spectateur exclu. »
(…)
Il est pourtant quelques psychologues comme Hélène
Sallez (2) pour mettre un gros point d’interrogation à
cette affirmation. Dénonçant le conditionnement
culturel, religieux et psychanalytique qui pose la jalousie comme
inéluctable, elle nie que la jalousie soit une étape
normale du développement de l’enfant. Elle propose
de réexaminer nos attitudes éducatives et de ne
plus enfermer les enfants dans des schémas de rivalité,
mais d’œuvrer pour augmenter leur confiance en eux.
Elle avance le paradoxe « on peut partager sans diviser
», reprenant les termes de Victor Hugo à propos de
l’amour maternel : « Chacun en a sa part, mais tous
l’ont en entier. » À ceux qui pensent que la
jalousie est un « certificat de bonne santé »
de l’enfant, Hélène Sallez rétorque
que le détachement nécessaire après l’arrivée
d’un puîné ne rompt pas l’attachement,
mais le complète.
(…)
Il n’est pas malsain pour l’enfant d’éprouver
de la jalousie, au moment d’accepter que l’amour maternel
soit une co-propriété. Mais, il pourra dépasser
ce pincement s’il a reçu l’affection qu’il
attendait et s’il comprend que « plus on grandit,
plus on est aimé » et que « l’arrivée
d’un nouvel enfant dans la famille va créer certes
de la rivalité, mais aussi de la complicité »
(Régine Scelles).
(…)
« C’est – dit l’ethnologue Jacques Barou
– dans le proche entourage que naissent le plus souvent
les relations de jalousie. Ces relations s’ordonnent à
travers une forme de triangulation. Il y a, au centre, l’être
autour duquel va naître le sentiment de jalousie. Il y a
celui ou celle qui ressent ce sentiment, et celui ou celle qu’il
désigne comme son rival. Pour qu’une telle triangulation
puisse se mettre en place, il faut que la personne qui devient
l’enjeu de la jalousie ne soit plus perçue comme
un sujet aimé mais comme un objet possédé.
Ainsi oblitérée par un titre de propriété,
la personne “aimée” ne laisse pas de subir
l'effet d'une agressivité qui, d'une part, le réduit
à l'état d'une chose dont on dispose et, d'autre
part, le transforme en enjeu d'une compétition où
il s'agit d'être sans trêve sur le pied de guerre
pour défendre son bien.
(…)
La jalousie amoureuse est difficile à quantifier. Si les
sondages font ressortir un pourcentage de 70 % de personnes se
disant « très jalouses » ou « assez jalouses
», il faut se rappeler que « beaucoup de gens somatisent
la jalousie et dénoncent des brûlures d’estomac,
des migraines ou des colites et au moins autant la nient et tombent
malades », souligne le psychiatre et sexologue Willy Pasini
(3). Si le sentiment amoureux suppose l’exclusivité,
et si le risque de perdre provoque une émotion négative,
une atteinte au narcissisme, il reste que chacun contrôle
inégalement ses affects.
(…)
Si la jalousie semble atemporelle et sans lien avec un régime
politique quelconque, on peut néanmoins concevoir qu’une
certaine jalousie sociale de même que la jalousie dans le
cadre scolaire puisse être entretenue par une société
compétitive où l’individu est soumis à
un regard qui le compare sans cesse aux autres. Dans une société
libérale glorifiant la réussite et la performance,
le sentiment d’envie est incontournable. Le philosophe américain
John Rawls, auteur d’une théorie de la justice prône
un État « juste » qui s’attache à
« rendre maximale la position du plus défavorisé
», chaque personne ayant « un droit égal au
système total le plus étendu de liberté de
base », son optimisme est partagé par la philosophe
Monique Canto-Sperber qui souhaite l’infléchissement
du libéralisme devant le paupérisme, et «
l’instauration d’un équilibre social conciliant
liberté et amélioration des conditions de vie des
plus démunis (ne devant pas être ressenties comme
une damnation sociale). » (…)
Par
Colette Barroux-Chabanol
SALLE
DES PROFS
Sciences à l’école : des savoirs complémentaires
Première partie
(suite dans le numéro de février 2006)
Sciences de la Vie et de la Terre,
mathématiques, physique-chimie, technologie... l’apprentissage
des sciences avant le lycée vise surtout à acquérir
une démarche de curiosité et d’initiative.
Paradoxe
ou réalité bien comprise ? Les sciences et les techniques
sont de plus en plus présentes dans notre environnement
quotidien, mais la science est aussi souvent considérée
comme indirectement responsable de maux tels que le dérèglement
climatique… et parallèlement, les études scientifiques
sont de moins en moins attirantes. En quoi consiste la formation
scientifique dispensée au cours de la scolarité
obligatoire ?
(…)
• Les sciences avant la 6ème
Les programmes de la scolarité obligatoire (école
élémentaire + collège) comportent une dizaine
de disciplines parmi lesquelles trois ou quatre relèvent
du champ scientifique : mathématiques, physique-chimie,
SVT (Sciences de la Vie et de la Terre, biologie et géologie),
technologie. À l’école élémentaire,
le découpage disciplinaire n’est pas aussi marqué.
Le tableau 1 donne les horaires hebdomadaires préconisés
dans les textes officiels pour une semaine de vingt-six heures
: il est difficile de connaître précisément
la façon dont les professeurs des écoles respectent
ces horaires, mais théoriquement la part réservée
aux enseignements scientifiques est inférieure au tiers
du total.
(…)
L’objectif central de l’enseignement des sciences
expérimentales plus que les contenus eux-mêmes, consiste
en une méthode, une attitude où se mêlent
curiosité et initiative. Pour faciliter le travail des
enseignants et donner une bonne première perception de
ces disciplines aux écoliers, une nouvelle méthode
d’enseignement, La main à la pâte, a été
développée depuis plusieurs années.
(…)
• Les sciences au collège
Pour les années suivantes, dans Qu’apprend-on au
collège ? publié en 2002, le CNP (Conseil National
des Programmes) écrit ceci à propos de la culture
scientifique et technique : « La vocation de ce pôle
[scientifique et technique] est de rendre plus intelligibles la
nature et la technique, à l’écart des représentations
mythiques et magiques, d’aider les élèves
à construire une question objective du monde et de les
familiariser avec des démarches expérimentales et
technologiques. »
(…)
La place de la technologie est à la fois plus claire et
moins assurée. En effet, elle est plus claire parce qu’on
peut constater les progrès technologiques dans la plupart
des domaines de la vie quotidienne : à la maison, le four
à micro-ondes, le téléphone portable, le
téléphone sans fil, le répondeur… ;
dans la voiture, les ordinateurs de bord… ; ou encore, les
cartes bancaires, les appareils photo numériques, les DVD…
Les développements technologiques sont donc omniprésents,
mais il n’est pas sûr que ce soit l’objet que
l’enseignement de la technologie étudie : «
Le programme propose à l’élève d’aborder
la question de biens et de services dans une démarche de
projet avec ses différentes étapes (étude
préalable, cahier des charges, recherche de solutions…)
et de réaliser un objet technique. » (…)
Par
Dominique Raulin
EN
DÉBAT
Mieux comprendre les épilepsies de l’enfant
250
000 français de moins de vingt ans sont concernés.
Les symptômes de l’épilepsie sont plus connus
que les moyens d’y faire face.
Bien
que 500 000 personnes soient touchées par une maladie épileptique
en France, et que de nombreux progrès aient été
faits dans la compréhension et la prise en charge de cette
affection, celle-ci continue de rester taboue. Le public n’en
retiendrait, semble-t-il, que ses manifestations les plus spectaculaires
: cris, convulsions, « bave aux lèvres », perte
de connaissance…
(…)
Statistiquement, 5 % de la population est susceptible de faire
une crise à un moment ou à un autre de sa vie (épilepsie
vient du mot grec epilambanein qui signifie « attaque surprise
»). Parmi les 500 000 individus concernés, 50 % ont
moins de vingt ans.
(…)
« Certaines formes d'épilepsie vont guérir
à l’adolescence, d'autres nécessiteront la
poursuite d'un traitement et une prise en charge spécifique
explique l’épileptologue. Le plus souvent, un traitement
antiépileptique permettra d'équilibrer l'épilepsie
et l'enfant pourra suivre un parcours scolaire quasi normal. Les
capacités intellectuelles de ces enfants sont généralement
équivalentes à celles des autres (…). Parfois,
quelques troubles liés à la maladie et/ou à
son traitement peuvent faire la différence : manque de
concentration, fatigue, instabilité, lenteur. » Pour
les enfants dont les crises surviennent de façon rapprochée,
il est nécessaire d’adapter l’enseignement
pendant un temps : orthophonie, aide psycho-motrice, présence
d’un éducateur spécialisé peuvent être
adjointes à l’enseignement scolaire habituel. Dans
les cas d’épilepsies plus sévères,
l’enfant devra suivre une scolarité adaptée
dans une CLIS (CLasse d'Intégration Scolaire), ou dans
des structures telles que les IME (Institut Médico-Éducatif)
ou IMpro (Institut Médico-professionnel), qui respecteront
son rythme.(…)
Par
Frédérique Planet
TENDANCES DE LA RECHERCHE
Le travail rend-t-il heureux ?
Le travail aurait-il perdu de la
valeur ? Souvent accusé d’asservir et de faire souffrir,
est-il uniquement subi ? Chercheurs et penseurs s’opposent
depuis longtemps sur la question.
L’importance
que l’on donne au travail est sans doute surestimée.
C’est toute la théorie développée par
Dominique Méda, philosophe et sociologue du travail, qui
distingue deux ensembles : les personnes dont la vie se confond
avec le travail (qui ne vendent plus une « prestation »
mais bien eux-mêmes, leur être et toutes leurs qualités)
et celles à qui l’on « achète »
une petite partie d’elles-mêmes. Leurs rapports respectifs
au temps et à la liberté sont complètement
différents. Dans ses ouvrages consacrés à
l’histoire du travail et de la productivité, la chercheuse
s’emploie à démontrer le caractère
totalement historique de notre concept du travail.
(…)
Le travail a considérablement changé : il est devenu
plus intense, plus exigeant mais aussi plus intéressant.
On peut cependant reconnaître qu’il n’est plus,
comme autrefois, le maître-décideur de nos vies.
La société des temps libres a pris son essor, renforcé
encore avec la loi d’aménagement et de réduction
du temps de travail. En outre, la retraite est considérée
comme une seconde vie, riche et féconde. Un progrès
et un changement de perspective que souligne Jean Viard, politologue
au Cevipof (Centre d’Étude de la VIe POlitique Française)
: « La valeur travail est moins prenante, mais le travail
s’en trouve paradoxalement renforcé, car il n’est
plus subi comme autrefois. Comme le reste, il devient un projet
de vie » (Journal du CNRS, mai 2005).
(…)
L’équipe de recherche dégage alors quatre
sources de plaisir au travail : le relationnel (très valorisé
par les femmes, parce que leur emploi permet de sortir de l’enfermement
domestique), l’aspect technique (le « faire »
de l’artisan ou de l’informaticien), le sentiment
d’aider les gens et enfin pour certains… les voyages
! Si le plaisir au travail est évident, les conditions
dans lesquelles il s’exerce déterminent véritablement
cette satisfaction : « Les grands déterminants, tel
que le poids du salaire et de l’autonomie, sont difficilement
dépassables »,
reconnaît Delphine Serre.
(…)
Et les écarts d’opinion entre les sexes se réduisent
à mesure que s’élève le niveau socio-économique,
social ou culturel des travailleurs… L’étude
illustre bien les différences de critères de satisfaction
au travail entre hommes et femmes. 40 % des hommes (contre 34
% de femmes) trouvent « l’occasion de faire au travail
des choses qui leur plaisent ».
Par
Isabelle Guardiola
N°
Octobre-novembre 2005 -
L'école des parents
ENQUÊTE
Quand l’école passe la main aux experts
Comment
enseigner tout en veillant à la bonne santé mentale
des enfants ? Peu avertis, peu formés, les « profs
» usent des moyens à leur portée pour «
signaler » les problèmes. Comment mieux faire ?
Orthophonistes,
psychomotriciens, rééducateurs, pédopsychiatres,
le nombre des « experts » vers lesquels l’école
renvoie les enfants a de quoi déboussoler les parents.
Plus que démissionnaires, ceux-ci sont en effet angoissés
devant toutes ces « aides » qui leur sont proposées
à la première difficulté. La plupart obtempèrent
à ces directives car, en parents attentifs, ils ont pour
idée fixe de faire fructifier les capacités de leurs
enfants, de peur de voir leurs enfants « virés »
de l’école. D’autres se rebellent ou sont écartelés
entre toutes ces injonctions. Cette constatation se traduit dans
les chiffres et dans les propos alarmants d’un certain nombre
de spécialistes.
(…)
Commençons par le premier niveau de scolarisation : l’école
maternelle. Puisque le langage est au cœur de tous les apprentissages,
il n’est pas aberrant que des textes officiels préconisent
la détection la plus précoce possible des troubles
du langage. En ce sens, la circulaire du 31 janvier 2002 (qui
concerne aussi l’école primaire) précise que
« la maîtrise de la langue orale et écrite
constitue l’enjeu central de toute scolarité et que
les pédagogues doivent y être attentifs dès
l’école maternelle ». « Repérage
», « dépistage », « prise en compte
» : les mots sont dans la circulaire. « Que l’école
maternelle soit un lieu de prévention, c’est une
évidence, admet Lucile Barberis, présidente de l’AGIEM
(Association Générale des Institutrices et instituteurs
des Écoles Maternelles publiques) ; cela a toujours été
le cas. À condition de concevoir cette prévention
comme une observation attentive et bienveillante ». Ce que
Nicole Catheline reconnaît aussi lorsqu’elle dit :
« Le langage structure la pensée. Il est logique
de s’en préoccuper le plus tôt possible mais,
à condition de ne pas trop médicaliser l’approche.
L’école est prise entre deux feux : passer à
côté d’un trouble qui peut compromettre l’avenir
ou se montrer exagérément alarmiste. »
(…)
Cette question de l’évaluation, replacée dans
le contexte général de la prévention, provoque
un certain nombre de réactions. Claire Blain, psychologue
en CMP (Centre Médico Psychologique), stigmatise cette
politique de « dépistage précoce généralisé
en milieu scolaire ». Le Bulletin Officiel de l’Éducation
Nationale en 2003 a donné des directives pour la santé
des élèves, faisant une large place à la
santé mentale terme sous lequel on rassemble un certain
nombre de troubles qualifiés de psychiques dépistés
à l’école. Allant dans le sens de certaines
enquêtes menées par l’INSERM (Institut National
de la Santé et de la Recherche Médicale), les textes
recommandent aux différents personnels de l’enfance
de repérer les signes de mal-être des enfants et
adolescents.
(…)
À la fin, il n’y avait plus de signalement au médecin
de PMI (Protection Maternelle Infantile), la crèche était
devenue un lieu de paix. »
Une des solutions résiderait-elle dans les groupes d’expression
et d’échanges entre enseignants ? Ceux-ci, quel que
soit le degré, se sentent isolés – voire persécutés,
mal aimés – ils reçoivent des injonctions
de toutes parts et avouent être sous pression. « Est-
ce que pour une institutrice, signaler ce n’est pas finalement
signaler son malaise professionnel ? », interroge André
Agard-Maréchal. La formation en IUFM (Institut Universitaire
de Formation des Maîtres) ne suffit pas. C’est un
accompagnement constant qui est souhaitable, avec la possibilité
de prendre de la distance par rapport à sa pratique éducative.
(…)
Colette
Barroux-Chabanol
SALLE DES PROFS
Un
nouveau bac pour demain ?
Créé
en 1808, le baccalauréat est-il toujours adapté
au lycée du xxie siècle ? Le point sur une institution
sur la sellette.
En juin
dernier, plus de 630 000 candidats se sont inscrits au baccalauréat.
Conserver le nom de cet examen, créé en 1808, a-t-il
encore un sens alors qu’il recouvre des réalités
aussi différentes que les baccalauréats professionnels,
technologiques et généraux ? Le point sur l’identité
du « bac ».
• Rappel historique
Jusqu’à la fin des années soixante, seule
une part minoritaire des jeunes d’une génération
atteint le baccalauréat : environ 15 %. Ils se répartissent
entre trois séries : mathématiques élémentaires
(math élém), philosophie (philo) et sciences expérimentales
(sciences ex). La formation comporte un solide tronc commun qui
permet à de nombreux jeunes d’obtenir, à l’époque,
deux baccalauréats. En 1965, la carte des baccalauréats
est revue en profondeur :
(…)
Enfin, en 1987, les baccalauréats professionnels sont créés
dans le contexte général suivant :
• les bacheliers technologiques étaient et sont encore
aujourd’hui de moins en moins nombreux à arrêter
leurs études à ce niveau : les entreprises manquent
donc de personnel qualifié de niveau IV (2);
• les élèves orientés vers la voie
professionnelle acceptaient de plus en plus difficilement de voir
leur horizon scolaire pratiquement bouché (3) au-delà
du BEP (deux années après la fin de la troisième)
: les baccalauréats professionnels leur offraient une possibilité
de poursuite d’études assez largement ouverte (4);
• le ministre de l’époque – Jean-Pierre
Chevènement – s’appuyant sur une étude
du Haut conseil éducation, économie, emploi, lançait
un slogan : 80 % d’une tranche d’âge au niveau
du baccalauréat.
(…)
• Fonctionnement et organisation
Le baccalauréat est un diplôme national : il donne
les mêmes droits à celui qui l’a obtenu, quelle
que soit son académie. Par rapport à ce que l’on
observe dans la plupart des pays étrangers, le baccalauréat
est aussi le premier grade universitaire : voilà pourquoi
les jurys sont présidés par un enseignant de l’université
et que tout baccalauréat donne automatiquement accès
à celle-ci.
Différents principes président au fonctionnement
de l’examen :
(…)
• Le déroulement
Le baccalauréat est un laissez-passer qu’il est bien
difficile de ne pas posséder actuellement : or, environ
20 % des candidats échouent tous les ans, certains d’entre
eux étant reçus à la session suivante. En
revanche, ce n’est pas le baccalauréat qui pèse
le plus dans l’admission dans les filières sélectives
de l’enseignement supérieur (5). Pour celles-ci,
les commissions de sélection se réunissent et délibèrent
avant le baccalauréat et statuent donc à partir
d’un dossier spécifique rempli par les professeurs
de Terminale, et à partir des bulletins scolaires de première
et des deux premiers trimestres de cette classe. Cette sélection
est donc opérée sur le travail fourni régulièrement
en cours et sur la base des évaluations menées par
les professeurs, avec tous les aléas engendrés par
une telle situation.
(…)
• Les revendications lycéennes du printemps 2005
Alors qu’il y a peu, les lycéens s’opposaient
au caractère couperet et aléatoire de l’examen
terminal et revendiquaient une part de contrôle continu
ou de contrôle en cours de formation, on peut être
surpris par l’hostilité très vive que le projet
d’en intégrer progressivement a suscité de
la part des lycéens, au printemps dernier.Le reproche essentiel
était de refuser la mise en place d’un baccalauréat
« local » qui aurait pu désavantager les candidats
des quartiers les plus défavorisés. L’argument
est difficile à comprendre puisque ce sont dans ces établissements
que les taux de réussite sont les plus bas et l’on
ne voit pas l’influence particulière qu’aurait
le contrôle continu sur les résultats.(…)
Dominique
Raulin
EN DÉBAT
Prématurés
: un avenir fragile pour le bébé et ses parents
Comment
mieux prévenir les risques chez l’enfant né
avant terme et mieux prendre en charge les familles ?
(…)
Autre nouveauté : avec les progrès de la néonatologie,
des enfants très prématurés peuvent survivre.
Pourtant, la prématurité se révèle
un problème croissant avec un impact sérieux sur
la morbidité et la mortalité néonatale. Elle
peut aussi provoquer des troubles de développement plus
tard chez l’enfant, sans oublier l’incidence psychologique
de la prématurité chez les parents et leur difficulté
à faire front, au quotidien, lorsque survient ce séisme,
parfois imprévisible. Face à la hausse du nombre
d’accouchements prématurés, plusieurs associations
se sont mobilisées pour que soient améliorés
la prise en charge et le suivi des prématurés, ainsi
que l’accompagnement des parents souvent fragilisés.
(…)
Pour Charlotte Lavril, fondatrice et responsable de l’association
SOS Prema, « la naissance précoce d’un enfant
peut déstabiliser complètement les parents qui doivent
faire face à l’hospitalisation de leur enfant pendant
des semaines, voire des mois. Souvent aussi, l’enfant est
hospitalisé loin du domicile, ce qui représente
une difficulté supplémentaire. Les parents se sentent
culpabilisés et ont peur de mal faire. Il est important
qu’ils puissent parler de leurs problèmes. Un enfant
prématuré est plus difficile à faire grandir
et les mères ont besoin qu’on les rassure ».
Pour leur venir en aide, cette association propose aux parents
de partager leurs expériences avec d’autres dans
le cadre de groupes de paroles animés par une psychologue.
SOS Prema dispose également d’une permanence téléphonique
et d’un site Internet proposant des conseils pratiques via
une puéricultrice et une assistante maternelle spécialisée.
(…)
Frédérique
Planet
TENDANCES
DE LA RECHERCHE
Études d’intérêt public : la lente marche
de l’évaluation
Entre
analyse et action, l’évaluation contribue à
l’évolution des dispositifs du service public : éducation,
santé, emploi.
Les
premières études portant sur l’évaluation
ont été réalisées aux États-Unis,
dans la période d’avant-guerre. Elles s’intéressaient
principalement à l’éducation. Elles se sont
développées dans les années soixante, notamment
à travers les grands programmes de l’époque
Kennedy-Johnson. Rapidement institutionnalisée et diffusée
dans le monde entier, cette pratique arrive cependant tardivement
en France, les premières tentatives d’évaluation
de programmes étant réalisées dans la seconde
moitié des années quatre-vingt, sous l’égide
du Commissariat au Plan, à travers la politique dite de
« renouveau du service public » mise en œuvre
sous le gouvernement Rocard.
(…)
• Pourquoi évaluer ?
Garantissant plusieurs types de résultats, l’évaluation
se situe à l’interface entre analyse et action :
« Veiller à la production de données objectives
qui éclairent la décision publique ; contribuer
à l’évolution des dispositifs publics en s’attachant
à repérer ce qui conditionne leur efficacité
et leur qualité ; mobiliser l’ensemble des acteurs
concernés autour d’objectifs partagés. »
(Journal de l’action sociale et du développement
social, novembre 2004). Dans certains domaines, la pratique de
l’évaluation est davantage intégrée,
notamment dans les secteurs de l’éducation, de la
santé et de l’emploi.
(…)
Ainsi, le FASILD mesurait – par exemple – l’écart
entre le nombre de places financées chaque année
pour bénéficier d’un certain nombre d’heures
de formation et constatait, régulièrement, qu’il
finançait le double ou le triple de bénéficiaires
prévus pour un total d’heures de formation inférieur
à celui décidé… Après avoir
permis ce constat d’inefficacité ayant duré
des années, l’évaluation a permis de réinterroger
la pertinence du concept même du dispositif linguistique
et de mettre en place un nouveau système.
(…)
Dans le souci de faire évoluer un dispositif obsolète
qui ne correspond plus aux besoins des bénéficiaires
ou de la société, ou ne se révèle
pas efficace, une évaluation réussie n’est
pas sans effet. Ainsi, le FASILD s’est-il penché
sur l’accompagnement à la scolarité, des programmes
co-financés par la DIF (Délégation Interministérielle
à la Famille), la DIV (Délégation Interministérielle
à la Ville), les collectivités territoriales et
locales. « L’une des vraies difficultés, pour
nous, est d’évaluer des dispositifs que nous ne menons
jamais seuls. (…)
• Vers plus d’évaluation ?
Après des débuts prometteurs, et même si le
décret de 1990 fixe l’obligation d’évaluer
les programmes publics de l’État, l’évaluation
marque le pas. Sans être tout à fait écartée
des discours, elle souffre encore d’une image de «
contrôle », qui fait toujours hésiter les organismes
à s’engager dans le processus. Les pouvoirs publics
ne s’y sont engagés que difficilement, une dizaine
d’années après la parution du décret
et principalement avec l’obligation faite par l’Europe
d’évaluer tous ses dispositifs et programmes de financement
dans les différents pays. « L’évaluation
en France demeure fragile et menacée, estime Jean-Claude
Barbier, sociologue, chercheur au CNRS, directeur de recherches
au Centre d'études de l'emploi. À la différence
d’autres pays, elle n’a jamais été intégrée
à la culture politique française et n’a jamais
été appliquée de façon systématique.
» L’une des preuves en est la disparition du Conseil
National de l’évaluation, dont le renouvellement
aurait dû intervenir après les élections de
2002, mais que les gouvernements successifs ont laissé
en souffrance.
Isabelle
Guardiola
N°
de juin / septembre 2005 -
L'école des parents
L'ENQUÊTE
La roue de la fortune
Dernier
tabou, l’argent est lourd d’ambivalence. On n’en
discute toujours pas facilement alors qu’on ne « pense
qu’à ça ». Objet d’envie ou de
mépris, grand libérateur ou grand tyran, incontournable
ou intouchable, suscitant passion ou indifférence, l’argent
est un « équivalent universel » selon le mot
de Georg Simmel dans sa Philosophie de l’argent ; il s’est
imposé, quelle qu’en soit la forme, comme un intermédiaire
qui permet de s’affranchir des rapports humains directs
pour obtenir nourriture et abri. Coquillages, morceaux de pierre,
feuilles de tabac, divers objets au fil des siècles ont
servi à mesurer la valeur des choses, jusqu’à
l’invention de la monnaie et à sa dématérialisation
progressive.
(…)
Premier noyau de la vie sociale, la famille est par excellence
le lieu où l’argent se donne, se refuse, se partage,
se transmet, se dit, s’apprend. Non que cet argent tourne
en circuit fermé, mais ce premier cercle est un bon observatoire
de la circulation de l’argent et de l’évolution
sociale. L’argent d’une famille d’aujourd’hui
n’est plus concrètement lié à une activité
productrice. Le fort développement du secteur tertiaire,
la virtualisation des moyens de paiement, ont coupé le
travail de sa rémunération sous forme monétaire.
Difficile, souvent, pour un enfant de visualiser en quoi consiste
le métier de ses parents et de savoir combien ils gagnent.
(…)
Enfin, la transmission du patrimoine s’est transformée.
L’héritage se faisant attendre (allongement de la
durée de la vie et boom des seniors consommateurs), on
a vu les donations se développer (augmentation de 50 %
entre 1970 et 1990) : entre parents et enfants et, depuis la loi
de finances 2003, entre grands-parents et petits-enfants (abattement
de 30 000 euros sur donations aux petits-enfants). Sans compter
les solidarités souterraines mal comptabilisées
mais néanmoins repérables (garde occasionnelle ou
régulière de petits-enfants, aide aux études,
logement à titre gracieux en cas de chômage ou de
séparation).
(…)
« Se faire de l’argent » (sous-entendu «
facilement ») devient une obsession pour des jeunes qui,
à défaut d’avoir un emploi ou de faire des
études prometteuses, peuvent faire preuve d’inventivité
pour en dénicher.
(…)
Il est vrai que l’époque est marquée par un
certain recul économique. On voit s’accroître
le nombre de « travailleurs pauvres », cette nouvelle
catégorie de salariés qui, en contrats précaires
(saisonniers, CDD, intérim, temps partiel), ne gagnent
pas assez pour faire face à leurs charges, tout en ne remplissant
pas les conditions pour être socialement secourus (leur
exclusion de facto constitue un casse-tête pour les travailleurs
sociaux) ; on voit aussi s’aggraver la précarité
des foyers monoparentaux. Parallèlement, jamais il n’y
a eu autant de familles surendettées (190 000 dossiers
déposés devant les commissions de surendettement
en 2004) parmi lesquelles 95 % avaient été victimes
d’un « accident de la vie ». C’est dire
à la fois la faiblesse des revenus, mais aussi la pression
de la société de consommation, de la publicité
et des organismes de crédit, en dépit des dispositions
de la loi Borloo d’août 2003, supposées favoriser
la prévention des situations de surendettement. (…)
Par
Colette Barroux-Chabanol
SALLE DES PROFS
L’avenir de l’école orienté
Le Parlement vient d’adopter la loi d’orientation
et de programme pour l’avenir de l’école. Son
vote est l’aboutissement d’un processus de plus d’un
an débuté par la mise en place, en grande pompe,
de la CNAE (Commission Nationale sur l’Avenir de l’École),
par la remise solennelle de son rapport au Premier ministre à
l’automne 2004, et enfin par la préparation de ce
texte de loi.
(…)
D’autres dispositions sont plus spectaculaires même
si, là encore, leur inscription dans une loi peut surprendre.
Par exemple :
•«Afin de promouvoir une véritable égalité
des chances, un effort exceptionnel sera fait au profit des élèves
boursiers ayant manifesté par leur travail une volonté
de progresser et de réussir.» Suit un tableau indiquant
l’augmentation du nombre de boursiers en 2006, 2007 et 2008
(16 700 de plus chaque année) et le coût en millions
d’euros (17 MM chaque année), soit une moyenne de
l’ordre de 1000 € par boursier.
•«Pour les élèves ayant montré
aisance et rapidité dans l’acquisition des connaissances
indispensables, l’Éducation nationale se doit de
favoriser leur progression.» La quasi-totalité des
enseignants souhaiterait « favoriser la progression »
des élèves concernés, mais ils n’en
ont, disent-ils, ni le temps, ni véritablement la possibilité
: ce ne sont pas les quelques activités ponctuelles supplémentaires
qui peuvent réellement satisfaire les besoins particuliers
de ces élèves. Peut-être aurait-on pu étendre
à ces élèves le principe du « programme
personnalisé de réussite éducative »,
« réservé » aux élèves
qui en fin de scolarité obligatoire, n’ont pas atteint
les objectifs du socle commun des connaissances et des compétences.(…)
Par
Dominique Raulin
EN
DÉBAT
Ultraviolets et prévention
Le
soleil a une influence positive sur notre santé : il favorise
l’activité de notre corps et stimule la production
de vitamine D, vitamine de croissance. Néanmoins, il est
important de garder à l’esprit qu’une exposition
excessive à ses rayons ultraviolets (UV) est dangereuse
pour la peau et les yeux. « Il faut être conscient
des effets nocifs de certains rayonnements tels que les ultraviolets,
indique le Professeur Hélène Sancho-Garnier, responsable
d’Épidaure, département de prévention
du Centre régional de Lutte contre le Cancer (Val d’Aurelle-Paul
Lamarque à Montpellier, Hérault). Ceux-ci sont à
l’origine de lésions cutanées (brûlures,
tâches pigmentaires, rides, tumeurs bénignes, cancers)
et d’atteintes oculaires (conjonctivites, cataractes…).
»
(…)
Afin de protéger les enfants des effets indésirables
du soleil, de nombreux conseils de prévention sont avancés
par le Ministère de la Santé, l’INPES (Institut
National de Prévention et d’Éducation pour
la Santé) et l’Assurance maladie. Il est même
formellement recommandé de ne pas exposer les nourrissons
au soleil car ils ont les yeux et la peau particulièrement
fragiles. Un autre risque est celui de la déshydratation.
En ce qui concerne les enfants, il faut éviter les expositions
entre 12 heures et 16 heures et d’une manière générale,
veiller à en limiter la durée. L’adaptation
doit être progressive et ne pas dépasser dix minutes
au début. En outre, quels que soient l’heure et le
lieu d’exposition, les enfants, comme les adultes, doivent
porter un chapeau et des lunettes de soleil avec un filtre anti-UV
et des montures enveloppantes. Il est aussi utile, en dehors de
la baignade, de leur faire garder des vêtements légers
et de couleur claire. « Ceux-ci sont de bons écrans
solaires tant qu’ils ne sont pas mouillés »,
précise Hélène Sancho-Garnier. Enfin, il
est important de choisir une crème solaire à indice
UVB correspondant à son phototype « afin de garantir
son efficacité, il faut absolument renouveler son application
toutes les deux heures environ et après chaque baignade
», précise Hélène Sancho-Garnier. (…)
Par
Frédérique Planet
TENDANCES
DE LA RECHERCHE
Sociologie de la sexualité : étude du genre
Aujourd’hui,
la vie sexuelle des femmes n’a plus grand-chose à
voir avec celle de leurs mères et de leurs grands-mères.
Cependant, derrière l’apparente évidence des
mutations de la société, persiste une profonde asymétrie
dans les rapports hommes/femmes. C’est ce que mettent en
lumière les sociologues de la sexualité, en étudiant
la scène publique et privée. On est tenté
de voir les questions sexuelles comme atemporelles, voire naturelles.
Les sociologues de la sexualité mettent au contraire l’accent
sur leur historicité. Les forts changements intervenus
ces dernières décennies ont eu des conséquences
directes sur les contextes biographiques, en complexifiant le
cours jusque-là assez rectiligne de la vie conjugale :
allongement de la vie sexuelle des femmes, pendant la jeunesse,
mais également aux âges avancés, développement
de la cohabitation sans mariage, séparations plus fréquentes
qui mènent à des alternances de vie conjugale et
de vie sans conjoint… Autant de facteurs qui peu à
peu ont fait éclater l’idée d’une sexualité
dite « normale » (hétérosexuelle, en
couple marié) telle que la décrivait la toute première
enquête sur les comportements sexuels des Français,
le rapport Simon réalisé en 1970.
(…)
• Persistance des schémas
La hiérarchie de genre n’est pas fondamentalement
modifiée par l’individualisation des parcours, conclusion
à laquelle parviennent les deux chercheurs. Si la coexistence
de modèles différents agit comme ferment de l’individualisation,
les schémas traditionnels durent : malgré le recul
du mariage, les jeunes femmes continuent à intérioriser
dès le début de leur vie sexuelle une trajectoire
« obligée » : couple (hétérosexuel),
enfants… et tendent toujours à penser leurs premières
expériences en termes d’amour, sélectionnant
fortement leur partenaire qui doit pouvoir être, à
terme, un partenaire conjugal. Ce qui les distingue radicalement
des garçons : « Dès la naissance des enfants,
la division du travail entre homme et femme devient plus inégale
et rigide, alors que l’on observe une répartition
assez égalitaire et relativement indifférenciée
dans les débuts du couple, note Michel Bozon. Avec les
enfants, la division classique des rôles féminins
et masculins revient en force et la sexualité passe durablement
au second plan pour les femmes. L’homme devient le “partenaire
sexuel”, comme si dans ce domaine aussi se créait
une division du travail. » (…)
Par
Isabelle Guardiola
N°d'avril
/ mai 2005
- L'école des parents
L'ENQUETE
Familles et télé : la loi des séries
Et si les séries télévisées nous parlaient
de la famille depuis toujours ? Quel qu’en soit le genre
(saga, policier, comédie sentimentale, drame), françaises
ou étrangères, ces œuvres de fiction qui s’inscrivent
dans la durée, écrites et produites à un
instant T, nous disent quelque chose non seulement de la réalité
sociale, mais de la façon dont hommes et femmes se rencontrent,
font alliance, ont des enfants, tentent de mener de front vie
professionnelle et familiale, s’aiment, souffrent et meurent.
(…)
« Aux États-Unis, la télévision est
commerciale et indépendante alors qu’en France, c’est
le genre préféré des gens de pouvoir »,
déplore Martin Winckler (1). « Il y a en France une
longue tradition de télévision d’État
; la fiction n’y défend pas l’individu contre
l’État, alors qu’aux États-Unis c’est
un genre subversif qui peut critiquer le pouvoir ou décrire
la famille dans ce qu’elle a d’aliénant, de
dysfonctionnant. Les séries françaises sont surtout
conformistes, consensuelles ; on veut que le produit ressemble
à l’idée que s’en fait le programmateur
de chaîne. Alors qu’un scénariste américain
est sommé d’étonner et de s’engager.
»
(…)
En réalité, si les séries américaines
sont sous-estimées, c’est souvent à cause
des nombreuses coupes qu’on leur a fait subir pour les adapter
au public français, sans parler des traductions qui sont
parfois des trahisons pures et simples. Néanmoins, même
s’il est très difficile de chiffrer ce succès,
les séries américaines ont vraiment trouvé
leur public aussi en Europe. Si les adolescent(e)s se sont délecté(e)s
de Charmed ou Friends, y puisant des informations sur les relations
sentimentales qui les attendent dans un avenir proche, le public
a fidèlement suivi les séries évoquées
plus haut, et notamment la série Urgences qui a donné
lieu à de nombreuses analyses.
(…)
Pour en revenir à la fiction française, rappelons
qu’elle a accompagné tous les moments de la vie personnelle
des Français et suivi, en les reflétant, toutes
les grandes étapes de la transformation de notre pays.
Si les fictions historiques et les sagas sont devenues plus rares
et plus solennelles, en revanche, les séries policières
et les fictions intimistes ont connu une expansion considérable.
S’épanouissant dans le milieu des années soixante-dix,
les grandes sagas ont mis en scène l’histoire de
dynasties familiales qui s’étendent sur plusieurs
générations.
(…)
De manière plus générale, ces fictions ne
prônent pas le retour à des modèles familiaux
anciens mais proposent une version douce des nouveaux modèles
familiaux, le maillon le plus sensible de la chaîne relationnelle
étant le lien paternel. « Mes enfants ? Heureusement
que je les ai ; je ne savais pas que c'était possible d'aimer
comme je les aime », dit, par exemple, le flic Mathieu Corot
joué par Michel Boujenah dans la série du même
nom. Ainsi, la promotion des valeurs familiales, qui est l’un
des points caractéristiques de cette chaîne, ne passe
pas par une crispation passéiste sur la famille traditionnelle
et un rejet des nouveaux modèles familiaux, mais plutôt
par un souci de réintégrer les transformations qu’ils
induisent au cœur même d’une représentation
familiale modernisée et réenchantée. »
(…)
Par
Colette Barroux-Chabanol
TENDANCES
DE LA RECHERCHE
Pourquoi la violence scolaire ?
La violence scolaire, réapparue avec acuité sur
la scène publique au début des années quatre-vingt-dix
a entraîné une prolifération de rapports et
nombre de mesures gouvernementales, dont le fameux (et unique
en Europe) partenariat école-police-justice. On peut cependant
souligner le décalage entre les préoccupations politiques
et les recherches en sciences sociales qui se sont moins massivement
et moins brusquement intéressées au phénomène,
s’attachant davantage à le relativiser, puis à
le décrire plus précisément. Avant de tenter
de proposer des solutions aux personnels démunis.
(…)
• Violence et classes défavorisées
Il faut cependant noter que les allégations sur la violence
scolaire ne sont pas fondées sur des enquêtes chiffrées
de grande envergure : celles-ci ne sont menées qu’après
1993. Il ne s’agit alors que de rapports de l’Inspection
générale, portant uniquement sur des établissements
à problèmes. Et si l’on se penche sur les
chiffres communiqués par les ministères de la Justice
et de l’Intérieur, on s’accorde là aussi
à constater la faible ampleur du phénomène.
Les chercheurs vont alors en conclure que la violence en milieu
scolaire n’est pas constituée d’abord par les
crimes et délits recensés, mais bien davantage par
un climat de violence, adoptant ici ou là diverses formes
: agressivité, incivilité, violence verbale, physique,
ou sexuelle. « Ces constats, note Cécile Carra (2)
nous montrent l’importance d’un climat qualifié
de violent, et non d’un système qui ne parviendrait
plus à contenir une nature humaine violente ou la multiplication
de personnalités violentes plus ou moins innées,
plus ou moins construites par la famille. »
(…)
• Terrains sensibles
Jacques Pain travaille sur ces questions depuis les années
soixante-dix, dispensant à Nanterre, depuis 1984, un cours
sur la violence dans le champ éducatif et à l’école.
Une solide expérience des terrains difficiles, la pratique
des arts martiaux et de la pédagogie institutionnelle de
Fernand Oury ont nourri sa formation et sa réflexion, et
l’ont amené à élaborer des réponses
pédagogiques : « À l’école, il
faut se montrer actif et vigilant sans cesse. Des établissements
qui ont bien fonctionné des années peuvent s’écrouler
en trois mois. Mais en cas de crise, quand un établissement
mobilise personnel et élèves dans des activités
collectives, élabore une charte de vie, tout peut changer,
une pacification s’opère. Les élèves
les plus violents représentant 2 à 3 % doivent être
repérés et soignés. » Jacques Pain
proclame : « Il ne faut pas avoir peur de la violence !
» Intervenant sur des terrains très violents, il
fait le constat que la violence n’est jamais gratuite :
« Elle s’explique toujours par un lien de réciprocité
ou de provocation. Souvent, un système de vases communicants
s’opère : une direction qui flotte, une scission
entre les groupes de profs, de l’agitation chez les élèves…
autant de facteurs portant les germes du développement
de la violence et du repli sur soi ! Un terreau de violence alimenté
par l’enkystement de l’École dans l’élitisme
républicain, qui secrète des comportements autistiques,
mutiques, et de passages à l’acte. Car comment croire
en cette école ? Si vous n’êtes pas d’un
certain milieu, à dix ans vous savez que c’est fichu…
» (…)
Par
Isabelle Guardiola
PAROLES
DE PROFESSIONNELS
Urbanistes : construire le vide
(…) Ce qui me plaît, c’est de faire naître
une idée d’amélioration du cadre de vie, puis
de progressivement construire une architecture de faisabilité,
et d’arriver jusqu’à un dessin. Aider à
accoucher les projets des autres, sur une idée qui vient
de moi. Puis de confier à des concepteurs le soin de le
réaliser et d’essayer de créer les conditions
pour qu’ils le fassent au mieux. Mon projet est leur projet,
leur projet est mon projet… Peu importe ! » David
Laborey est urbaniste à la mairie de Noisy-le-grand (Seine-Saint-Denis).
Il a passé un DESS d’urbanisme, travaillé
cinq ans en agence privée avant d’entrer en mairie.
Il pilote des projets, notamment avec des bureaux d’étude
extérieurs, en urbanisme, architecture et paysage. Urbaniste,
un métier aux fonctions et statuts polymorphes, y compris
au sein d’une même collectivité. Certains vont
travailler sur la planification urbaine ou le réseau de
transports, réfléchir à un paysage sur quinze
ans, suivre les règlements administratifs de POS (Plan
d’Occupation des Sols), instruire des permis de construire,
mener des projets de démolition-reconstruction de barres
HLM ou de zones d’aménagement concerté…
Par
Isabelle Guardiola
LE
DROIT
Viré oui, mais en règle
Le contentieux des licenciements économiques s’est
considérablement développé au cours des dernières
années, d’une part en raison du nombre croissant
d’entreprises en difficulté, d’autre part parce
que de plus en plus de salariés concernés estiment
avoir été victimes d’une mesure injustifiée.
C’est au Conseil de Prud’hommes qu’il appartient
d’apprécier le caractère réel et sérieux
des motifs invoqués par l’employeur et la qualification
économique du licenciement. La procédure de licenciement
économique obéit à des règles spécifiques
destinées à permettre une information, voire une
consultation des représentants du personnel et de l’administration.
Ces règles varient selon la taille de l’entreprise
et le nombre de licenciements envisagés. Nous verrons ici
le seul licenciement économique individuel.(…)
Par
Christophe Petit
N°
de février / mars 05 -
L'école des parents
L'ENQUETE
Nourrir la vie
Il faut manger pour vivre ; c’est une évidence. Doté
d’un corps, l’être humain a un besoin vital
de manger et boire pour renouveler son énergie. Ne pas
se nourrir peut entraîner la mort, les organisations humanitaires
le savent, qui s’efforcent de mettre fin au scandale de
la faim dans le monde. Plus près de nous, les associations
caritatives et les services sociaux s’évertuent à
fournir aux plus démunis la nourriture indispensable à
leur survie. On connaît par ailleurs la puissance persuasive
d’une grève de la faim ; le spectre de la mort n’est
jamais loin lorsqu’on parle de nourriture. On sait ainsi
que tout aliment ingéré est susceptible d’être
toxique pour celui qui le consomme. Omnivore, l’homme est
confronté à la nécessité de faire
des choix entre des produits variés. (…)
Manger à l’extérieur, dans le métro,
chez soi sur un plateau, sauter un repas, alterner croque-monsieur
et canard laqué, couscous et steak-frites, fractionner
ses repas, sont autant de manières d’adapter sa nourriture
à son genre de vie, à ses horaires, à ses
contraintes, de jongler avec son temps. Vivons-nous pour autant
sous le signe de la « déstructuration » ? Selon
l’enquête IFOP pour Eurest de septembre 2003, le domicile
reste le lieu principal de déjeuner des Français
pour 38 % des actifs. Sur les 20 % qui se restaurent sur le lieu
de travail, 15 % ont apporté un repas de la maison. Il
est vrai aussi qu’un tiers des Français reconnaissent
sauter le déjeuner en semaine. Seulement 43 % des Français
optent pour un repas complet entrée/plat/dessert.
(…)
Claude Michaud, directeur du CDES (Commission Départementale
de l'Éducation Spéciale) du Doubs, souligne que
« l’évolution des modes de vie a modifié
l’importance de certains repas et notamment celle du dîner
qui est devenu le seul repas de la journée où la
famille est intégralement réunie ; mais les observations
ne permettent pas de conforter
l’hypothèse de déstructuration de l’alimentation
des enfants et des adolescents… »
(…)
Nourrir est en effet un geste complexe qui ne se réduit
pas à la somme des tâches matérielles : approvisionner,
trier, laver, éplucher, cuisiner, placer dans les assiettes,
faire la vaisselle et éliminer les déchets. Nourrir,
c’est donner plus que des aliments, donner du temps, de
l’attention, du plaisir, du rire, du bien-être ; nourrir
c’est partager, manger est plus qu’un acte vital,
c’est un acte de désir… un acte impliqué
dans le processus de socialisation qui tisse des liens entre les
convives. C’est aussi au moment du repas que les messages
verbaux se transmettent et que l’intimité se dévoile.
Le dîner en tête-à-tête est, par exemple,
une étape incontournable de la carte du Tendre. De même,
la table peut aussi être le lieu des « excès
».
Par
Colette Barroux-Chabanol
TENDANCES
DE LA RECHERCHE
Le harcèlement moral au travail
(…) Dans un ouvrage publié en 1993, Mobbing. La persécution
au travail, Heinz Leyman, un psychosociologue suédois définit
la notion de « mobbing » (de l’anglais «
to mob » : assaillir, agresser, tourmenter) qu’il
utilise depuis les années soixante pour désigner
la persécution dans le cadre scolaire. Il l’a étendu
à la violence psychologique au travail dès 1980
: « Une relation conflictuelle sur le lieu de travail, aussi
bien entre collègues qu'entre supérieurs et subordonnés.
La personne harcelée, la victime, est agressée de
façon répétitive sur une période de
six mois au moins, le but étant de l'exclure. » Le
mot est nouveau mais la pratique, vieille comme le monde. Depuis
un certain temps, sociologues et psychologues du travail examinent
la dégradation des conditions de vie professionnelle. Certains
spécialistes, comme Heinz Leyman, se concentrent sur le
management et les méthodes de direction. D’autres
décrivent la perversité qui se distille dans tous
les milieux professionnels.
(…)
Margarita Sanchez-Mazas et Virginie Vrancz (chercheuses en psychologie
sociale à l’Université Libre de Bruxelles)
ont enquêté dans des entreprises néo-libérales,
dites du « troisième type », y cherchant des
éléments de compréhension globale du phénomène
de harcèlement. Elles ont repéré les caractéristiques
d’organisation de ces entreprises : soumission librement
consentie et adhésion aux valeurs internes, sans que les
règles soient clairement connues et partagées, y
instituant ainsi l’arbitraire en clé de voûte
du dispositif : « Dans un système qui secrète
les surnuméraires, l’arbitraire doit être institué
dans la mesure où l’exclusion doit pouvoir toucher
n’importe qui. On ne peut aller jusqu’à la
“courte paille” du petit navire, mais le modèle
de la roulette n’est pas loin…
(…) Aujourd’hui, Christophe Dejours travaille sur
le suicide au travail, un phénomène en expansion.
Et réfléchit aux solutions à inventer, notamment
sur le plan juridique : « Le cadre européen me semble
à cet égard plus protecteur pour la santé
des travailleurs que le niveau national, où l’on
régresse. De plus en plus de plaintes déboutées
sont portées devant la commission européenne, relais
non négligeable.»
Par
Isabelle Guardiola
PAROLES
DE PROFESSIONNELS
Orthophonistes : thérapeutes de la communication
Profession essentiellement féminine, l’orthophonie
est une discipline
paramédicale destinée à prévenir et
à traiter les troubles de la communication et du langage
oral et écrit. Les orthophonistes interviennent dans des
contextes divers : auprès de l'enfant qui ne parvient pas
à acquérir la lecture, qui ne peut écrire
de manière compréhensible, ou encore qui n'accède
pas au raisonnement logique, mais aussi auprès de l'enfant
ou de l'adulte qui présente un trouble d'articulation,
un bégaiement, une perturbation de la voix ou une perte
du langage après un accident, une intervention chirurgicale
ou une maladie.
(…)
Depuis vingt-cinq ans, Isabelle Tanet-Mory intervient dans une
tout autre spécialité : la psychose de l’enfant
et l’autisme. Non formée à prendre en charge
ce type de cas très lourds, elle a d’abord dû
comprendre la cognition autistique pour construire des outils
adaptés, inspirés notamment de la méthode
Teacch, un programme éducatif né aux États-Unis
après 1945 : « On a beaucoup pensé que les
autistes refusaient la communication, or lorsqu’on leur
donne des outils adaptés, ils s’en saisissent avec
plaisir. Mais, dans un premier temps, il était important
de découvrir ce qu’ils comprenaient du monde et leurs
impossibilités. Le fait,
notamment, qu’ils ne parviennent pas à la généralisation.
Le fait aussi qu’ils n’accèdent souvent pas
au langage verbal uniquement auditif et qu’ils aient beaucoup
de difficultés à comprendre le sens d’une
longue phrase, l’intonation de la voix, l’expression
des visages, ou encore qu’ils demeurent réfractaires
à l’implicite, au double langage et à l’humour…
»
(…) Les orthophonistes se saisissent de toutes les situations
pour solliciter les compétences du patient : exercice dirigé,
jeu ou simple conversation, le moindre échange est utilisé.
Le travail doit ensuite se poursuivre hors des séances
: « Le partenariat avec les familles et l’école
est indispensable, confirme Isabelle Tanet-Mory, notamment si
on utilise une communication alternative avec les enfants.»
Par
Isabelle Guardiola
LE
DROIT
Réforme du nom de famille - Au nom de la mère
C’est une petite révolution, qui modifie une tradition
solidement ancrée dans notre pays et permet notamment aux
enfants de porter le nom de leur mère. Ainsi, pour leur
premier enfant né à partir du 1er janvier 2005,
les parents mariés pourront désormais faire une
déclaration conjointe de choix de nom et transmettre à
leur enfant le nom du père, celui de la mère ou
les deux accolés dans l’ordre choisi par eux. Mais
attention, ce choix ne pourra être exercé qu’une
seule fois pour toutes et vaudra pour tous les enfants suivants
du couple. Si les parents choisissent un double nom, deux tirets
( -- ) seront placés entre les deux noms, ceci afin de
ne pas créer de confusion avec les noms composés
préexistants.
(…)
S’agissant de l’adoption, la réforme a également
prévu des modifications :
l’adoption plénière confère à
l’enfant le nom de l’adoptant. En cas d’adoption
par deux époux, le nom conféré à l’enfant
peut être soit le nom du père, soit celui de la mère,
soit le nom accolé de chacun des deux parents dans l’ordre
voulu et dans la limite d’un seul nom pour chacun. S’il
est prévu une adoption simple, le nom de l’adoptant
s’ajoute au nom de l’adopté. Lorsque l’adopté
et l’adoptant, ou l’un d’eux, portent un double
nom, le nom conféré à l’adopté
procède de l’adjonction du nom de l’adoptant
à son propre nom, dans la limite d’un seul nom pour
chacun d’eux. (…)
Par
Christophe Petit
N°
de décembre04- janvier05 - L'école
des parents
L'ENQUETE
Inégaux face à l’orientatoin
Pourquoi le simple mot d’orientation est-il immédiatement
connoté négativement ? Une table d’orientation
n’est pas faite pour nous égarer au contraire, et
avoir le sens de l’orientation serait plutôt une qualité.
L’idée d’aider les élèves à
se diriger dans leurs études pour s’insérer
à terme dans une vie professionnelle réussie n’est
pas non plus a priori critiquable. Pourtant, au fil des années,
dans un contexte économique difficile, à une époque
marquée par la massification de l’école, l’orientation
s’est identifiée à une sélection destinée
à éliminer du cursus général les élèves
jugés ou supposés peu doués et à remplir
des filières professionnelles vers lesquelles spontanément
ils n’iraient pas. (…)
Faire un bilan objectif est malaisé tant sont contrastées
les approches. Dans le dernier ouvrage publié par la Documentation
française sur les Dix-huit questions sur le système
éducatif dirigé par Claudine Peretti, directrice
de l’évaluation et de la prospective (ministère
de l’éducation Nationale, de l’enseignement
supérieur et de la recherche), on trouve un chapitre intitulé
« Les processus d’orientation sont-ils équitables
et efficaces ? » S’il est reconnu aujourd’hui
que le destin scolaire des élèves, et au-delà
leur insertion professionnelle, se joue « en grande partie
dans les processus d’orientation », l’accent
est mis aussi sur les grandes différences qui apparaissant
selon l’origine sociale, le sexe et l’académie
d’appartenance des élèves. Globalement, s’agissant
de l’orientation en fin de 3ème, ce ne sont pas les
désaccords qui sautent aux yeux puisque « ce n’est
pas un processus conflictuel » et les « écarts
entre vœux des familles et décisions de conseils de
classe sont modérés et en décroissance. »
Que se passe-t-il alors ? (…)
À la fin de la 3ème, ce sont donc 41 % des élèves
qui sont « orientés » vers l’enseignement
professionnel et 10 % qui quittent le cursus scolaire dont 7 %
pour entrer en apprentissage. Les abandons en cours de parcours
sont souvent dus à l’insatisfaction des vœux
d’orientation des élèves : « Elle voulait
faire coiffure, on l’envoie en comptabilité, indique
une conseillère d’orientation, comment voulez-vous
qu’elle réussisse ? » (…)
Par
Colette Barroux-Chabanol
TENDANCES
DE LA RECHERCHE
Penser l’euthanasie : avancées et contoverses
Une grande majorité des Français (86 % selon un
sondage SOFRES réalisé en 2001) est favorable à
l'euthanasie. Pourtant, la loi la définit encore comme
un crime. Suggérant de maintenir l'interdit avec toutefois
une exception pour les cas extrêmes, les qualifiant d'«
engagement solidaire », le CCNE (Comité National
Consultatif d'Ethique) peine à trancher la question. Penseurs
et chercheurs continuent à se diviser à son sujet.
(…)
• Avancées récentes
C’est donc là que se situe le grand débat
: pour une majorité de médecins, législateurs,
penseurs qui se sont prononcés publiquement sur la question,
le « droit d’être aidé pour se tuer ou
droit d’être tué si l’on ne peut le faire
seul ». Autrement dit le droit au suicide assisté
ou à l’euthanasie, active directe, par injection
mortelle par exemple, ne peut se poser que dans un contexte médical
particulier. « Il semble que ce droit soit invoqué,
estime Suzanne Rameix, quand les deux autres ne sont pas respectés
: quand il y a révolte – plus que légitime
– devant la souffrance non traitée, les douleurs
atroces non calmées, et devant l’acharnement thérapeutique,
la transformation d’un être humain en objet de techniques
“futiles”, hors de tout espoir et de tout sens. »
(…)
Dans le champ des intervenants publics, l'ADMD (Association pour
le Droit de Mourir dans la Dignité) se positionne en faveur
du droit à choisir les conditions de sa propre mort et
milite pour l'égalité de traitement de tous les
citoyens dans ce domaine : « Dans l'état d'hypocrisie
actuelle et d'obscurantisme législatif sur ces questions,
estime Janine Girnt, la mort est à deux vitesses et la
mort choisie, élitiste. Certains peuvent avoir la mort
qu'ils désirent, et les pauvres, les isolés, les
sans relations ou déjà très empêchés
dans leurs corps, celle qu'on leur impose. » (…)
Par
Isabelle Guardiola
PAROLES
DE PROFESSIONNELS
Infirmières en pouponnière social : SOS
bébés à soigner
En pouponnière, lieu d'accueil pour enfants placés,
les infirmières jouent un rôle d'intermédiaire
entre le bébé et les adultes. Au plus près
du soin.
Une pouponnière est un lieu à caractère social.
Au Plessis et à Asnières, on y accueille respectivement,
jusqu’à 48 enfants âgés de quelques
jours à trois ans. Ces enfants y sont soit placés
sur décision judiciaire dans le cadre de la Protection
de l’Enfance, soit accueillis de façon temporaire
lorsque les parents en font la demande -parce que rencontrant
des difficultés sociales-, soit enfin des pupilles d’Etat
que leurs parents ont souhaité confier à l’adoption.
Ces bébés séjournent à la pouponnière
en général trois mois, le temps du délai
légal de réflexion (2 mois et un jour) et de l’adoption
par une nouvelle famille.
(…)
Le rôle de l’infirmière de pouponnière
diffère totalement de celui d’une soignante classique.
Son bureau se situe au coeur d’unités, où
sont regroupés les enfants auprès desquels on trouve
les auxiliaires de puériculture appelées ici “
maternantes ”, qui sont véritablement dans des “
corps à corps ” avec les enfants. “ Personne
tiers ” dans la relation, elle s’occupe de l’organisation
…
Par
Isabelle Guardiola
LE
DROIT
Changer de régime matrimonial
Le mariage n’est pas seulement une histoire d’amour.
C’est aussi, plus prosaïquement, la gestion d’intérêts
pécuniaires. On peut en effet imaginer qu’avant de
se marier, chacun des futurs époux soit déjà
propriétaire d’un ou de plusieurs biens. Que vont
devenir ces biens, une fois consacrée l’union des
deux amoureux ? Qui va les administrer ? Comment va être
résolu le sort des biens et dettes du couple, s’il
faut se résoudre à divorcer ? C’est pour répondre
à ces différentes questions que l’on a créé
la notion de régime matrimonial. Il définit le sort
des biens acquis pendant le mariage, il précise votre pouvoir
et celui de votre conjoint sur vos biens propres et sur les biens
communs, et indique la répartition des biens après
la dissolution du mariage.(…)
Par
Christophe Petit
N°
d'octobre-novembre 2004 - L'école
des parents
L'ENQUETE
Le droit à l’enfance
Pas si simple de caractériser la place de l’enfant
aujourd’hui. Doté de droits quasi universellement
reconnus, il n’est pourtant qu’un adulte en construction
plus apte à l’autonomie qu’à l’indépendance,
un être encore fragile qui mérite soutien et protection,
envers qui les adultes (parents et éducateurs) ont un certain
nombre d’obligations. Mais les psychanalystes sont nombreux
à nous dire (voir entretien avec JP Lebrun) que l’enfant,
pour grandir, a aussi besoin de limites, de frustration, d’une
autorité qui bride sa toute- puissance et le prépare
à une vie qui ne lui dispensera jamais “ tout, tout
de suite ”.
Dans le même temps, comment s’y reconnaître
dans les discours et les attitudes ambivalentes par rapport à
l’enfant ? Né dans une société donnée,
de parents spécifiques, comment imaginer que l’enfant
puisse être pensé indépendamment des courants
idéologiques, économiques et pédagogiques,
des normes, des craintes, des modes, des connaissances acquises,
des politiques gouvernementales de son époque. C’est
donc dans un contexte plutôt individualiste valorisant la
performance, la consommation, détaché des hiérarchies
et des pouvoirs traditionnels que l’enfant devenu rare et
précieux (notamment du fait de la contraception) est alternativement
sujet et objet, tyran et victime , innocent ou coupable, consulté
ou négligé, jugé compétent ou illettré.
Penser l’enfant aujourd’hui c’est aussi comprendre
à travers les politiques publiques quel projet de société
on nourrit, quelles arrières pensées alimentent
les lois, quel arbitrage on fait entre des droits contradictoires,
quel modèle éducatif on propose, quelles conditions
on offre aux familles pour exercer leurs tâches éducatives,
quelle conciliation on favorise entre vie personnelle et vie familiale.
A moins que l’Etat ne considère que c’est une
affaire privée dont il doit le moins possible se mêler.
Ce libéralisme extrême n’est pas celui de notre
pays. L’enfant a en effet le double statut de personne privée,
né d’un père et d’une mère qui
ont sur lui autorité et d’être social, véritable
richesse de la Nation dont l’Etat a pour mission de surveiller
la croissance, la santé et l’éducation. S’il
est en naissant soumis à leur autorité ; l’enfant
n’appartient pas à ses parents. (…)
Par
Colette Barroux-Chabanol
TENDANCES
DE LA RECHERCHE
Quelle place pour l’enfant dans la recherche ?
- Les premiers pas d'une sociologie de l'enfance
L'enfant, désormais considéré
comme acrteur social, fait l'objet d'une science émergente.
Quelle méthodologie, quelle ethique utiliser ?
“ Tablette vierge ” pour Aristote, “ cerveau
mou ” selon Fénelon, l’enfant a d’abord
été considéré comme “ incomplet
”, en référence à la maturité
qui constitue la norme. On ne lui a longtemps pas reconnu des
modes de fonctionnement psychique et social spécifiques
et il n’est devenu objet de recherche que récemment...
Par
Isabelle Guardiola
PAROLES
DE PROFESSIONNELS
Infirmières en pouponnière social : SOS bébés
à soigner
En pouponnière, lieu d'accueil pour enfants
placés, les infirmières jouent un rôle d'intermédiaire
entre le bébé et les adultes. Au plus près
du soin.
Une pouponnière est un lieu à caractère
social. Au Plessis et à Asnières, on y accueille
respectivement, jusqu’à 48 enfants âgés
de quelques jours à trois ans. Ces enfants y sont soit
placés sur décision judiciaire dans le cadre de
la Protection de l’Enfance, soit accueillis de façon
temporaire lorsque les parents en font la demande -parce que rencontrant
des difficultés sociales-, soit enfin des pupilles d’Etat
que leurs parents ont souhaité confier à l’adoption.
Ces bébés séjournent à la pouponnière
en général trois mois, le temps du délai
légal de réflexion (2 mois et un jour) et de l’adoption
par une nouvelle famille.
(…)
Le rôle de l’infirmière de pouponnière
diffère totalement de celui d’une soignante classique.
Son bureau se situe au coeur d’unités, où
sont regroupés les enfants auprès desquels on trouve
les auxiliaires de puériculture appelées ici “
maternantes ”, qui sont véritablement dans des “
corps à corps ” avec les enfants. “ Personne
tiers ” dans la relation, elle s’occupe de l’organisation
…
Par
Isabelle Guardiola
LE DROIT
Le divorce s’adapte aux évolutions sociales
La nouvelle loi du 26 mai 2004 réforme les procédures
de divorce mises en place en 1975. L’ancienne réglementation
était lente et formaliste. En trente ans, le nombre de
divorces a fortement augmenté pour atteindre de nos jours
environ 112 000 décisions chaque année. Le divorce
pour faute représente 42 % des procédures utilisées,
à peu près autant que le divorce par consentement
mutuel. Le divorce sur demande acceptée ne visant que 14
% des procédures et le divorce pour rupture de la vie commune,
seulement 2 %.
S’adaptant aux évolutions de notre société,
la réforme simplifie les procédures et vise à
réduire les motifs de tensions entre époux. Elle
leur offre ainsi, à tout instant de la procédure,
la possibilité de choisir le divorce par consentement mutuel,
ou de passer d’un divorce pour faute à un divorce
accepté.
Les 4 procédures actuelles de divorce sont maintenues,
mais elles adoptent pour certaine une nouvelle terminologie, et
profitent chacune de sensibles améliorations. (…)
Par
Christophe Petit
N°
de juin-septembre 2004
- L'école
des parents
L'ENQUÊTE
Le bonheur est-il dans le pré ?
Le fort exode urbain perceptible depuis les années soixante-dix
laisserait croire qu’il fait meilleur vivre au vert. Bien
des raisons économiques ou sociales ont provoqué
ces migrations qui ont contribué au changement de configuration
de l’espace rural et des modes de vie. Toutefois, gardons-nous
d’analyser le monde rural en accordant un rôle excessif
aux « néo-ruraux ». Une enquête diligentée
en 1997 par le mouvement Familles Rurales indiquait que, si la
part des néo-ruraux était effectivement en augmentation,
les « vrais ruraux », c’est-à-dire ceux
qui sont nés en milieu rural et y sont restés, représentent
50 % du tissu rural. Encore faut-il préciser que parmi
les néo-arrivants, 25 % sont nés à la campagne,
en sont partis et y reviennent, ce qui porte à 25 % l’ensemble
des urbains ayant décidé de quitter la ville pour
la campagne.
(…)
Alors que le rural périurbain à fonction résidentielle
accueille 50 % de la population, de nouvelles campagnes se dessinent,
fortement nourries par le tourisme. Les espaces ruraux les plus
dynamiques sont ceux qui ont réussi à innover et
à diversifier les emplois. Idem dans les exploitations
agricoles où les conjointes d’agriculteurs exercent
une activité extérieure, augmentant les revenus
et permettant ainsi d’avoir davantage recours à l’autofinancement.
L’INRA (Institut National de Recherche Agronomique, Nancy)
indique que la pluriactivité gagne du terrain et accroît
les revenus des ménages. Il est vrai que la pauvreté
des agriculteurs est souvent occultée. Toute une population
agricole vit avec des revenus inférieurs au Smic, et de
nombreux exploitants touchent le RMI. C’est dire la nécessité
du revenu complémentaire apporté par les femmes
et le drame vécu par les hommes touchés par le célibat
agricole (20 %, quand la moyenne nationale approche des 9 %).
L’isolement et le célibat sont en effet des facteurs
aggravants de la fragilité de la population agricole. Les
hommes ont des difficultés à prendre épouse
car le travail des champs, ainsi que la place occupée par
la famille du cultivateur ou de l’éleveur, le mode
de résidence et ses contraintes sont assez dissuasifs pour
des jeunes femmes davantage attirées par la ville et les
emplois tertiaires. D’où la floraison des «
foires aux célibataires » au cours desquelles sont
supposés se rencontrer les cœurs solitaires.
(…)
L’énergie des mouvements associatifs se déploie
essentiellement pour contrebalancer les effets de l’isolement.
Blandine Demoury et Geneviève Gabillaud, de la Fédération
Nationale des Familles Rurales, insistent sur ces réalités
: « Lorsque l’on interroge les ruraux sur leurs difficultés,
ils sont unanimes à citer l’insuffisance des transports.
Jeunes, enfants, couples, personnes âgées, dès
que la personne ne peut pas conduire ou ne dispose pas d’un
véhicule, elle est dans l’embarras. Les jeunes se
précipitent très jeunes sur les mobylettes et risquent
des accidents à cause de la mauvaise signalisation, les
loisirs culturels ou sportifs sont hors de portée et la
vie sociale, réduite. Comment rendre visite à son
mari à l’hôpital ? Comment rejoindre une maternité
distante de quatorze kilomètres?… »
Par
Colette Barroux-Chabanol
TENDANCES DE LA RECHERCHE
Accidentologie : mieux prévenir les accidents de
la route.
Comme toute jeune science regroupant des chercheurs de
disciplines diverses, la recherche en accidentologie et en sécurité
routière évolue rapidement et de façon désordonnée.
Appliquée, sociétale, son objectif est de diminuer
le nombre de tués sur les routes. « L’accident
n’est pas un problème de sécurité routière
au sens strict, de conduite automobile, de performance…
C'est un problème de vie au sens large : le rapport aux
psychotropes, au danger, au groupe, la planification des soirées,
etc. Le jeune qui va se tuer dans un virage sait tout aussi bien
qu’un autre effectuer la manœuvre du virage, il ne
s’agit pas de lui transmettre un savoir-faire technique
mais de lui apprendre à mieux gérer son style de
vie, de lui apporter des aides à la décision pour
mettre en oeuvre des comportements de substitution au comportement
dangereux », analyse Jean-Pascal Assailly dans La mortalité
chez les jeunes.
(…)
Moment crucial repéré par les chercheurs : l’apprentissage
de la conduite et le passage du permis de conduire. Les bienfaits
de la conduite accompagnée ont déjà été
soulignés par des études : « La différence
par rapport à l’apprentissage en auto-écoles
est nette, explique Françoise Facy. Les parents se montrent
très présents, collent aux messages de prévention,
et les attitudes des jeunes conducteurs vis-à-vis des réglementations
sur l’alcool et la vitesse s’en ressentent. »
Françoise Facy, qui mène une recherche en région
Rhône-Alpes sur les auto-écoles, reconnaît
avoir été étonnée par l’investissement
des jeunes lors de l’apprentissage de la conduite : «
C’est un moment-clé dans la quête de l’autonomie.
(…)
Les méthodes utilisées pour étudier les accidents
de la route sont empruntées à d’autres disciplines
de recherche ou spécifiques à l’accidentologie.
Au LAB, le laboratoire d’accidentologie, de biomécanique
et d’étude du comportement humain PSA-Peugeot-Citroën-Renault,
on étudie depuis trente-cinq ans les mécanismes
lésionnels. On évalue aussi l'efficacité
des mesures de protection et de sécurité des véhicules,
les accidents ainsi que, plus récemment, les mécanismes
accidentels et le comportement humain au volant : en situation
normale de conduite et dans l’urgence.
(…)
De nombreuses recherches restent encore à mener pour affiner
davantage les connaissances et mieux prévenir les risques.
Ainsi, en France, on connaît bien les dangers de l’alcool.
On utilise des appareils de dépistage jouissant d’une
longue tradition de lutte contre l’alcool. Cependant, les
effets des drogues licites et illicites, cannabis, amphétamine,
héroïne, ecstasy ainsi que des médicaments
(benzodiazépine et antidépresseurs) et leurs effets
sur la conduite restent encore méconnus. De même,
le facteur sexe et la forte vulnérabilité masculine
(sur les 2 000 jeunes qui meurent par an, on compte huit hommes
pour deux femmes) demeurent encore insuffisamment étudiés…
Par
Isabelle Guardiola
PAROLES
DE PROFESSIONNELS
Traducteurs, travailleurs sociaux : accueillir les demandeurs
d’asile.
Depuis les années quatre-vingt, le visage de l’immigration
a changé : de nouvelles populations en provenance d’Afrique,
de Turquie, de Chine, sont arrivées en nombre croissant.
Des mesures ont été prises pour faire face à
l’engorgement. Mais le parcours pour obtenir des papiers
en France est devenu une épreuve de patience. La plupart
des réfugiés, généralement des hommes,
ont fui leur pays et arrivent ici seuls. Ils ont laissé
leur famille dans leur pays, vécu un voyage long et difficile.
En arrivant en France, ils doivent se signaler au ministère
de l’Intérieur, fournir une adresse pour obtenir
auprès de la préfecture un premier rendez-vous qui
intervient parfois au bout de huit mois. Ensuite, ils pourront
préparer leur demande de papiers ou de droit d’asile
pour pouvoir résider en France. Après des années
de délais d’instruction interminables, la loi Sarkozy
de novembre 2003 réforme le droit d’asile : les procédures
sont en passe d’être raccourcies et l’administration
a été dotée de moyens pour traiter les demandes
plus vite. Ces nouvelles mesures sont aussi plus restrictives.
(…)
En 1998 Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’intérieur,
officialise la pratique officieuse qui consistait à régulariser
certaines personnes en mesure de prouver qu’elles risquaient
leur vie en retournant dans leur pays mais pour des raisons non
liées à des persécutions étatiques.
C’est ce que l’on appelle l’asile territorial,
aujourd’hui asile subsidiaire, moins protecteur que le droit
d’asile puisqu’il ouvre à une carte temporaire
d’un an, renouvelable si la situation dans le pays n’a
pas changé. « Nous écoutons la personne et
estimons le degré de légitimité de sa demande,
ainsi que ses chances d’aboutir, poursuit Felix Estay. Lorsqu’elle
nous paraît faible, nous le lui disons, l’invitons
à donner des précisions de dates et de faits, tout
en continuant de l’aider. Parfois, on a l’impression
qu’un quota est accordé à certaines nationalités.
Sur deux dossiers équivalents, l’un va aboutir parce
que la personne est ressortissante de tel ou tel pays…
(…)
Devant la demande grandissante, les conditions de travail des
équipes se sont dégradées. Le travail se
fait dans l’urgence et les demandes concernent le statut,
mais aussi l’aspect social. Laurence Dexavery, une ancienne
de l’équipe du Cèdre, commente : « Ce
qui nous a manqué, c’est la possibilité d’intervenir
plus fermement auprès des autorités. Nous sommes
restés trop souvent dans des positions consensuelles alors
que nous étions des militants du droit d’asile. Les
associations qui luttent et accompagnent ces demandes ont laissé
de côté le militantisme et traitent l’urgence…
»
Par
Isabelle Guardiola
SCOLARITÉ
Un enseignement en jachère médiatique : à
l’école des champs
Au début du siècle, la raison des grandes vacances,
c’était les travaux agricoles, quand les enfants
aidaient leurs parents et grands-parents pendant l’été.
Aujourd’hui, moins d’un Français sur trois
vit dans une commune rurale. Mais ne nous y trompons pas, le secteur
est en bonne santé économique. Il s’est professionnalisé
: la France est le premier producteur agricole européen
et leader dans l’agroalimentaire. De l’élevage
à la vigne en passant par le blé ou le lait, ce
sont plus d’une centaine de formations qui s’offrent
aux jeunes, souvent fils ou filles d’agriculteurs ou néo-ruraux.
• Les filières jusqu’au bac
Bien que rattachés au ministère de l’Agriculture,
de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires rurales,
les lycées agricoles proposent aux élèves
qui sortent de 3ème des filières quasi identiques
à celles du ministère de l’Éducation
nationale. On distingue deux voies principales : la voie professionnelle,
la voie générale et technologique.
(…)
• Les formations supérieures
De la ferme à la table, les techniciens supérieurs
et les ingénieurs interviennent à tous les stades
de production, de transformation et de commercialisation des produits
agricoles.
(…)
Les formations longues conduisent à des fonctions d’encadrement,
d’exploitation, de production, de conseil, de recherche
et de développement. Les ingénieurs sont formés
en école. En accès direct après le bac, avec
les cinq écoles de la FESIA ; après une classe préparatoire
de deux ans : sept ENSA (agronomie) et quatre ENITA (travaux agricoles).
L’université, c’est moins connu, propose également
des formations de la MST au DEA et DESS. L’enseignement
agricole fait aujourd’hui l’objet d’une réforme…
Par Patrick Neyroud
N°
d'avril-mai 2004 - L'école
des parents
L'ENQUÊTE
Dépression : la vie en berne
« Fatigue d’être soi » (Alain Ehrenberg
), prise de risque, idées de mort, mélancolie,
sidération, hébétude, repli sur soi, troubles
du sommeil ou de l’alimentation, les formes de dépression
sont variées. Plaie de la post-modernité ou sentiment
atemporel ? temps de silence pour rebondir ou épreuve
à traverser ? vulnérabilité acquise ou
innée ? problème psychique ou multifactoriel ?
(…)
Dire que tout homme est susceptible de se « déprimer
» ne signifie pas que chacun tombera un jour où
l’autre dans ce trou noir sur lequel plane le risque suicidaire.
Quantité de facteurs vont intervenir : sexe, âge,
origine sociale, conditions de vie, environnement scolaire ou
professionnel, précarité, relations familiales,
carte biologique, parcours passé, résilience…
(…)
Lorsque survient l’adolescence , il se produit une «
crise » liée à la puberté, au bouleversement
des repères d’identification, à la souffrance
d’abandonner son enfance et à la difficulté
de devenir adulte, d’être indépendant. Si
la crise psychique est « normale », elle s’accroît
aujourd’hui d’une crise sociale et identitaire.
( …)
La dépression des jeunes et celle des adultes sont intriquées
l’une dans l’autre. Une cascade de causes singulières
ou communes aboutissent à ce problème de santé
publique : non seulement plus de 11 000 suicides par an (dont
8000 chez les hommes) mais encore 3000 suicides par an parmi
les plus de 65 ans, une consommation galopante de médicaments
anti dépresseurs et d’anxiolytiques.
(…)
La lecture « catastrophiste » de l’évolution
du monde contemporain est sans doute à reconsidérer.
« Il est tellement fréquent de clabauder contre
le monde tel qu’il est, qu’il faut, parfois, savoir
le célébrer » s’exclame le sociologue
Michel Maffesoli (7). » Il faut reconnaître le passage
du « temps du projet à un temps présentéiste
». La période « tragique » que nous
traversons est en fait jubilatoire, faite de primauté
du « tribal », de moments d’effervescence,
de fêtes, de nomadisme. De nouvelles pratiques de générosité
se font jour, de même qu’un hédonisme «
qui s’épuise dans l’acte », une culture
du sentiment. « La fin d’un monde n’est pas
la fin du monde… »
Par
Colette Barroux-Chabanol
TENDANCES DE LA RECHERCHE
Chercheurs en colère
Recherches interrompues, conditions de travail lamentables, chercheurs
qui s’expatrient faute d’espérer trouver un
poste en France... La mobilisation des scientifiques français
a des racines profondes. La crise autour des crédits de
recherche interroge à la fois l’organisation de la
communauté scientifique française et la place que
l’on souhaite lui conférer.
(…)
Le débat a pris un tour largement politique. (…)
Le bras de fer opposant chercheurs et gouvernement s’est
soldé par la menace mise à exécution de plus
de 2000 directeurs de laboratoires (sur un total de 3500) de leur
démission de leurs fonctions administratives.
(…)
La baisse des crédits s’est effectuée en plusieurs
étapes : jusqu’au budget 2003, on se situait en quasi
stagnation. Une chute brutale des crédits s’est opérée
en 2003 à laquelle sont venues se rajouter, lors de la
loi rectificative de finances, de nouvelles baisses budgétaires
qui ont encore appauvri les laboratoires.
(…)
En 2000, 22 % des fonds consacrés à la Recherche
provenaient d’autres ministères dont principalement
le ministère de la Défense. Et la baisse déplorée
des crédits ne concerne pas seulement le budget du Ministère
de la Recherche, mais affecte aussi les subsides provenant d’autres
ministères. Cependant un rapport du CNER (Comité
National d’Evaluation de la Recherche), remis au Président
de la République en avril 2003, fait état de la
difficulté de présenter une situation claire des
chiffres de la recherche publique en France. Non seulement parce
que la notion de recherche-développement peut être
comprise de façon plus ou moins extensive, mais aussi parce
que la construction administrative des organismes de recherche
publique est complexe et que leur financement est réparti
entre plusieurs budgets et plusieurs lignes dont il est malaisé
de dresser un inventaire complet.
(…)
L’appareil de recherche français a été
organisé par des créations successives d’organismes
publics. Le premier fut le CNRS( 1937), épinglé
par un récent rapport de l’Inspection des Finances
le taxant de “ modèle à bout de souffle ”
et relevant de nombreux dysfonctionnements : dispersion des moyens,
doublons, évaluation déficiente des laboratoires
et des chercheurs, administration pléthorique et coûteuse,
direction sans pouvoirs...
Par
Isabelle Guardiola
PAROLES
DE PROFESSIONNELS
SEGPA : l’école de la seconde chance
Anciens instituteurs ou professeurs des écoles, les «
maîtres F » sont les enseignants spécialisés
des SEGPA (Section d'Enseignement Général et Professionnel
Adapté). Les SEGPA accueillent les élèves
en difficulté scolaire âgés de 12 à
16 ans et sont installées en collège.
(…)
L’objectif visé est d’atteindre en fin de troisième
une autonomie et les acquisitions suffisantes pour préparer
une formation qualifiante de niveau V. Certains, après
la 3ème de SEGPa prépareront un CAP en lycée
professionnel ou en centre de formation d’apprentis. Ceux
dont le niveau scolaire reste faible pourront passer ces CAP dans
les SEGPA elles-mêmes, par ce qu’on appelle les «
formations qualifiantes », malheureusement de plus en plus
supprimées.
(…)
Enseigner en SEGPA représente un travail très complet
où la part éducative est essentielle : « En
préalable, formule Jean-François Ganivet ce sont
les « savoir-être » qui sont indispensables
à ces jeunes pour qu’ils puissent un jour se présenter
devant un employeur. C’est pour la plupart un véritable
grand écart qu’ils vont accomplir, entre leur arrivée
à 12 ans et leur sortie en 3ème. Un enjeu important
et quand on s’en donne les moyens les SEGPA sont des écoles
de la réussite ».
(…)
Les SEGPA coûtent cher : en personnel à former, par
le petit supplément de rémunération que perçoivent
les enseignants et également par les effectifs réduits
en classe. Mais selon les équipes de SEGPA, le métier
souffre d’une baisse de considération des pouvoirs
publics et la réforme de la formation illustre parfaitement
ce désintérêt : « On peut à tout
moment dans ce métier perdre le sens de la norme, mais
une formation en pédagogie en psychopathologie est indispensable.
De moins en moins d’enseignants spécialisés
travaillent en SEGPA et l’on y envoie trop de jeunes collègues
sans réel projet d’y enseigner…» (…)
Autre source d’inquiétude, la Segpa a été
créée en 96 par une circulaire fondamentale donnant
au dispositif une mission et des perspectives d’insertion
socioprofessionnelle. Or de nouvelles priorités gouvernementales
viennent menacer l’espoir que représente la Segpa
pour toute une catégorie d’élèves.
Les circulaires concernant l’intégration des enfants
handicapés en collège prévoient d’emprunter
les mêmes voies d’orientation que les Segpa, sans
que des moyens supplémentaires soient alloués à
l’enseignement professionnel.
Par
Isabelle Guardiola
SCOLARITÉ
LMD ou l’université française à
l’heure européenne
LMD.
L pour licence, M pour master et D pour doctorat. La formule ne
vous dit rien ou pas grand chose ? Pourtant, le système
est déjà en place dans une quinzaine d’universités.
Tour d’horizon.
(…) L’objectif de cette réforme est de mettre
la France au diapason des schémas de l’enseignement
supérieur en vigueur chez nos voisins, notamment allemands.
C’est le prix de la conformité et de la concurrence.
Le LMD est une architecture à trois paliers : L pour licence
à bac + 3, M pour maîtrise à bac + 5 et D
pour doctorat à bac + 8. Structurée en semestre.
On pourra donc valider un temps à Madrid, l’autre
à Heidelberg. Avec le LMD, l’accent est donc clairement
mis sur la mobilité immédiate pendant la formation
et, pour plus tard, sur la facilité à accéder
à un marché du travail élargi. Non plus national
ni même européen, mais véritablement international,
mondialisation oblige…
Par
Patrick NEYROUD
N° de février-mars 2004
- L'école
des parents
L'enquête
L’adoption
: du rêve au risque
Adopter
: la promesse d’une nouvelle vie pour des parents en manque
d’enfant. Malheureusement, aimer l’enfant ne suffit
pas. Le bonheur n’est jamais garanti...
Adopter, étymologiquement, c’est choisir pour sien
un enfant venu d’un ailleurs qui n’est pas seulement
géographique (même si 70 % des adoptions sont internationales).
L’adoption, mode d’établissement de filiation
sans procréation, repose aujourd’hui sur un jugement
que prononce le tribunal de grande instance. Entre la prise
de décision et l’accueil au foyer d’un enfant
né d’une autre, le parcours est long et aventureux.
L’aventure n’est jamais sans risque. Aimer ne suffit
pas, l’envie d’aider non plus. Si l’intérêt
de l’enfant est visé depuis le début de
l’institution de l’adoption (il s’agissait
au départ de donner une famille à des orphelins),
il a paru bon de baliser le chemin pour éviter certaines
dérives lorsqu’on adopte des enfants abandonnés.
Des législations ont été mises en place,
encadrant aussi bien l’adoption nationale qu’internationale,
ainsi que l’accouchement sous X.
(…)
En 2002, 4 700 enfants ont été placés dans
des familles en vue d’adoption ou adoptés par des
familles vivant en France ; parmi eux, 3 500 venaient de l’étranger.
Ces chiffres, confrontés au nombre d’agréments
délivrés par les DDASS (environ 20 000) donnent
une idée de la difficulté à adopter : démarches,
procédure d’agrément, entretiens. Il faut
remplir certaines conditions, s’armer de patience et faire
preuve de détermination, exercer sa vigilance et son
aptitude à résister aux exigences de l’administration,
et disposer des moyens financiers (surtout pour l’adoption
internationale) permettant de voyager, de séjourner dans
le pays, éventuellement de rémunérer des
intermédiaires (orphelinats, associations, avocats…).
(…)
Pour être adopté, l’enfant doit être
adoptable. Tous les enfants victimes, par exemple, ne le sont
pas forcément. Par ailleurs, il doit être abandonné,
or « il ne faut pas confondre carencé et abandonné
», comme le précise le livre dirigé par
Myriam Szejer Le bébé face à l’abandon,
le bébé face à l’adoption. En France,
les enfants adoptables sont les pupilles de l’État,
les enfants déclarés abandonnés visés
par l’article 350 du code civil, et les enfants dont les
père et mère ou le conseil de famille ont consenti
à l’adoption. Les enfants pupilles peuvent être
abandonnés à la naissance, ou confiés plus
tard à l’adoption par une mère qui ne peut
pas les élever.
L’adoption internationale, devenue un phénomène
de société en hausse, passe par les OAA (Organismes
Autorisés pour l’Adoption) ou s’organise
à titre individuel ; les candidats à l’adoption
auront recours à la Mission pour l’Adoption Internationale
(MAI) qui les renseignera sur les possibilités et les
critères d’adoption par pays. C’est aussi
la MAI qui délivre le visa avant l’entrée
en France des enfants venant de l’étranger.
L’adoption ne se résume pas à des formalités
administratives. C’est une histoire d’amour, parfois
décevante, parfois douloureuse, parfois heureuse. Une
histoire qui fait se croiser des parents souvent en mal d’enfant,
mais pas toujours (20 % des adoptants ont déjà
des enfants biologiques) et un enfant meurtri qui a commencé
sa vie dans le délaissement. On devine que l’idéalisation
va bon train, et que les fantasmes vont le disputer à
la réalité. Si, pendant longtemps, on a présenté
l’adoption comme un conte de fées supposé
guérir une soif d’enfant et panser les douleurs
de l’abandon ; aujourd’hui, expérience oblige,
on ose parler « vrai ».
Par
Colette Barroux
SALLE DES PROFS
Laïcité
Voile à l’école : du débat à
la loi
La
loi vise à encadrer une situation difficile pour tous :
c’est l’occasion pour les Français de redéfinir
la laïcité. Et pour nous, histoire d’éviter
l’amalgame entre Islam et intégrisme islamique, celle
d’un petit retour anthropologique sur la question du voile…
La France est périodiquement secouée par des actes
révélateurs d’antisémitisme, d’intolérance,
de racisme : profanation d’un cimetière juif, agression
d’un rabbin, incendie d’une école juive, expédition
punitive anti-arabe… Les exemples sont nombreux et malheureusement
réguliers. Il s’agit malgré tout de délits
de droit commun derrière lesquels il ne faut pas systématiquement
chercher des justifications politiques ou religieuses.
La question du port du voile à l’école ne
se pose pas dans les mêmes termes. Les faits sont assez
simples. Des jeunes filles viennent voilées au collège
ou au lycée et refusent de suivre certains enseignements
: l’EPS (Éducation physique et sportive) parce que
la pratique d’activités sportives est incompatible
avec le port du voile; les SVT (Sciences de la Vie et de la Terre,
anciennement biologie) en raison de la nature de certains contenus
comme l’éducation à la sexualité…
L’origine du refus n’est pas identique dans les deux
cas : pour l’EPS, le voile lui-même empêche
matériellement de suivre le cours; pour les SVT, c’est
la référence religieuse qui justifie qu’on
s’absente. On pourrait s’en arrêter là
et signifier à ces élèves qu’elles
ne respectent pas les règles obligeant à suivre
tous les enseignements. Si elles s’obstinent, elles se mettent
hors-la-loi et doivent donc être exclues de leur établissement
au même titre que n’importe quel élève
fumiste qui se permet de sécher certains cours.
La difficulté de prendre une telle décision en conseil
de discipline est qu’au lieu de la situer dans le cadre
strictement scolaire, les « victimes » ou leurs familles
placent celle-ci sur le plan politique, mettant en avant principalement
deux arguments :
• l’obligation de l’état d’assurer
l’enseignement à tous les jeunes (cf. encadré)
; il est facile de rétorquer aux familles que le CNED (Centre
National d’Enseignement à Distance) permet à
leurs filles de suivre leur scolarité.
• la tolérance d’un état laïque
qui doit respecter dans ses établissements scolaires toutes
les croyances.
(…)
La seule réalité incontestable est que, contraintes
ou volontaires, des centaines de jeunes filles se plient aujourd’hui
à une règle qui les assimile à un objet sexuel.
Le rapport Stasi aborde cette question dans les termes suivants
: « Les jeunes femmes se retrouvent victimes d’une
résurgence du sexisme qui se traduit par diverses pressions
et par des violences verbales, psychologiques et physiques. […]
À défaut de s’y conformer, elles sont stigmatisées
comme “putes". »
Autrement dit, en portant le voile, elles reconnaissent implicitement
qu’elles pourraient être objets de tentation ! Quant
à l’affirmation d’un choix personnel émanant
de collégiennes ou de lycéennes, il est doublement
inacceptable. D’une part sur la forme parce qu’il
vient d’enfants généralement mineurs. D’autre
part, sur le fond, parce que même consenties certaines pratiques
sont illégales, comme par exemple... l’esclavagisme.
Par
Dominique Raulin
EN
DEBAT
Personnes âgées : quels moyens pour les personnes
dépendantes ?
Le
nombre de personnes âgées ne cesse de croître,
ainsi que l’espérance de vie. On estime qu’en
2005, la France comptera 9,1 millions de personnes âgées
de plus de 65 ans, dont 2,2 millions de plus de 80 ans. Ce phénomène
s’explique par des conditions de vie qui s’améliorent,
mais aussi par une meilleure prise en charge des maladies chroniques.
Or, au-delà de 85 ans, 75 % de la population présente
des problèmes de dépendance plus ou moins importants,
liés à une augmentation du nombre de pathologies
multiples et invalidantes, physiques ou mentales, comme la maladie
d’Alzheimer.
Depuis quelques années, les pouvoirs publics ont tenté
de faire face au risque de la dépendance, avec notamment
l’adoption de l’APA (Allocation Personnalisée
à l’Autonomie), mise en place le 1er janvier 2002,
et le développement de l’offre de soins gériatriques.
Pourtant, la canicule de l’été dernier, causant
(en grande partie) le décès de 15 000 personnes
âgées, a brutalement mis en lumière la vulnérabilité
du système de santé vis-à-vis d’une
population que le grand âge fragilise. Du reste, un rapport
émis en septembre 2003 par la mission Lalande, chargée
d’évaluer le fonctionnement et la fiabilité
des systèmes de veille, a pointé les défaillances
au niveau des services de soins d’urgence, de la permanence
des soins exercés par la médecine libérale,
ainsi que l’anticipation insuffisante des acteurs sanitaires.
D’autres voix se sont élevées, parmi lesquelles
Julia Kristeva, présidente du Conseil national Handicap,
pour souligner « une carence de notre culture d’entraide
».
Alors, comment compenser la perte d’autonomie des personnes
handicapées et /ou âgées? Leur choix de vie
se limite bien souvent à l’alternative : maintien
à domicile ou maison spécialisée. Passer
d’une logique de prise en charge à une logique de
prise en compte exige de circonscrire le problème sous
ses différents aspects, à commencer par l’amélioration
des soins, des services et le développement de l’accompagnement
psychologique. Une meilleure sensibilisation citoyenne pourrait
par ailleurs renforcer des mesures politiques tributaires des
contraintes économiques et budgétaires.(…)
Par Frédérique Planet
LE
DROIT
Grands-parents : un rôle reconnu, défini
et encadré par la loi
Vis-à-vis
de leurs petits-enfants, les grands-parents ont des droits : correspondance,
visite, hébergement, parfois même jusqu’à
l’adoption. Dans tous les cas, la justice privilégie
l’intérêt de l’enfant.
Nul ne saurait contester aujourd’hui l’importance
grandissante des grands-parents dans la famille. Le travail des
femmes, l’augmentation du nombre de séparations des
couples conduisent à renforcer leur place auprès
de leurs petits-enfants. Ils apparaissent alors comme les garants
d’une certaine stabilité et continuité de
la vie familiale.
Lors des crises conjugales, ils font valoir leur souhait légitime
de conserver des relations avec leurs petits-enfants qui, eux
aussi, ont besoin de maintenir ces liens. Pourtant, les grands-parents
ne sont expressément visés que par un seul texte
du Code civil. L’article 371-4 nouveau, issu de la loi du
4 mars 2002, précise en effet : « L’enfant
a le droit d’entretenir des relations personnelles avec
ses ascendants. Seuls des motifs graves peuvent faire obstacle
à ce droit. Si tel est l’intérêt de
l’enfant, le juge aux affaires familiales fixe les modalités
des relations entre l’enfant et un tiers, parent ou non
». Autrement dit, le maintien des relations personnelles
entre l’enfant et ses grands-parents est un droit. Ce droit
est consacré par le législateur, et ne peut être
écarté que dans des hypothèses très
limitées. En cas de difficultés avec les parents,
une procédure est nécessaire pour le faire valoir.(…)
Par
Christophe Petit
|