Fnepe Revue
L'école des parents

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Films présentés par Monique L'Hôte

Cette rubrique présente des films pour adultes seuls ou à voir en famille comme divertissement ou pour amorcer un dialogue familial. Pour aider les parents, nous indiquons l'âge minimum à partir duquel un film peut être conseillé ou permis aux enfants.


Juillet 2009
 
BANCS PUBLICS de Bruno PODALYDES
Sortie le 8 juillet. Durée : 1h50
Trois jeunes femmes dans un bureau sont tout émoustillées parce qu'elles ont vu sur l'immeuble d'en face une banderole où est écri tHOMME SEUL". Les commentaires vont bon train, y compris avec le chef qui s'en mêle. Est-ce un dragueur qui cherche une femme, un angoissé, un désespéré qui veut mettre fin à ses jours ? Les trois femmes envoyées en mission ne trouvent rien à l’étage concerné. L’énigme reste entière. Entre temps, on s'intéresse aux individus qui hantent le jardin public voisin. Des enfants en quête d'aventure;, des vieux qui jouent au jacquet, des moins vieux qui pilotent les bateaux sur le bassin,une dame éprise de poésie etc. Puis on revient à l'intérieur du magasin de bricolage, aux demandes parfois farfelues des clients et aux réponses encore plus farfelues des vendeurs. Un magasin où borborygment des machines peu rassurantes. L'énigme de l'homme seul réapparaît à la fin, comme un jeu proposé aux spectateurs. Cherchez le frère!...
Dommage que les gags s’essoufflent un peu à la fin, mais c'est une fantaisie comique. Bienvenue pour entamer les vacances. Avec une pléiade de vedettes !
À partir de 12 ans.
 
BAMBOU de Didier BOURDON
Sortie le 8 juillet. Durée : 1h53
Alain veut un enfant. Sa femme n'est pas très convaincue car elle pense à sa carrière prestigieuse de pianiste de concert. Un jour, elle amène à la maison la chienne Bambou qu'elle chérit alors qu'Alain est violemment opposé à la présence d'un chien. L'on assiste alors à diverses facéties canines, mise à mal de chaussures ou d'oreillers, occupation du lit conjugal, mictions intempestives etc.Qui exaspèrent Alain et feront sans doute rire les amis des chiens. Quand Anna part en concert dans le monde avec le grand chef d'orchestre. Van Ruytten, en laissant la chienne à Alain, celui-ci voit rouge. Il enchaîne les échecs professionnels et soupçonne sa femme le trompe avec le maestro. Il abandonne alors honteusement la chienne dès qu'il se croit abandonné.
Bambou récupérée et devenue acceptable depuis qu'elle joue le rôle de porte-bonheur réconciliera le couple et l'un reparlera du bébé. Un film drôle et bon enfant.
À partir de 12 ans.
THE READER de Stepphen DALDRY
Sortie le 15 juillet. Durée : 2h03.
Berlin, 1958. Michael, quinze ans, retourne chez une dame qui l'a aidé quand il était malade, pour la remercier. Elle le reçoit avec brusquerie, puis l'accapare et en fait son amant. Au fil de leurs rencontres, elle fera aussi son éducation sentimentale Et lui fera l'éducation littéraire d'Hanna, car elle s'intéresse à ce qu'il apprend au lycée et aime qu'il lui lise ses livres préférés. Quelques années plus tard, Michael, devenu étudiant en droit, assiste avec son professeur à un procès contre un groupe de femmes parmi lesquelles Hanna. Adapté du roman d'un Allemand, Bernard Schlink, qui explore comment la seconde génération en Allemagne, s'arrange des crimes commis par ses aînés pendant la guerre. Mais le film n'est ni culpabilisant, ni moralisateur. C'est d'abord une histoire d'amour, un récit captivant où les livres enrichissent et élèvent l'esprit de la jeune femme peu éduquée, grâce au pouvoir qu'ils confèrent au garçon.
Si vous aviez aimé le "Patient anglais", le film d'Anthony Minghella qui a eu tant de succès il y a quelques années, vous aimerez "The reader" Minghella n'en est que le producteur, mais on y retrouve son art de raconter et d'émouvoir, son intérêt pour le temps qui passe et la mémoire de la guerre et du mal, sans condamnation ni pardon, mais dans une recherche d'apaisement. Un film magistral.
À partir de 15 ans.
UNE SEMAINE SUR DEUX de Ivan CALBERAC
Sortie le 22 juillet. Durée : 1h38.
Une semaine chez papa, une semaine chez maman, c'est le sort de Léa, douze ans dont les parents viennent de divorcer et ont choisi la garde alternée sans lui demander son avis. L'on assistes aux préoccupations concrètes lors de ces transbahutements hebdomadaires, le contenu de la valise, les sorties d'école, le paiement de la puis on passe aux sentiments profonds qui agitent chacun. Léa et son petit frère sont ravis de retrouver le parent de semaine, mais ne tardent pas à ressentir le manque de l'autre et Léa reproche à sa mère de les priver d'une vraie famille. L'on voit aussi les parents profiter de leur semaine libre pour rechercher fiévreusement celui ou celle qui remplacera l'absent (c'est la partie comique du film). Mais, comme Elie Chouraqui dans "Celle que j'aime"", Ivan Calbérac concentre l'attention sur les enfants, leur ennui des changements de maison et d'amour, paternel ou maternel et pas les deux ensemble, le désespoir de la séparation et l'incertitude sur leur avenir avec peut-être un parent bis. Léa assume, mais elle a pris conscience de l'immaturité de ses parents et joue un peu avec eux l'enfant « parentifié ». Dans le même temps,leur recherche d' un nouvel amour la pousse elle-même dans une relation amoureuse trop précoce qui lui apporte peu de bonheur et des désillusions sans compenser ce qu'elle ressent comme une désertion de ses parents. L'auteur dit dans ses notes d'intention que le divorce est devenu une banalité dans notre société, mais qu'il ne l'est jamais pour les enfants concernés.
Le cinéma remettrait-il en question le droit au divorce des parents?
À partir de 13 ans.
 
ADIEU GARY de Nassim AMAOUCHE
Sortie le 22 juillet. Durée : 1h15.
Un village ouvrier perdu au milieu de nulle part, avec une usine désaffectée, tune rue bordée d'une sorte de "Baliverna".et une poignée d'habitants vivant là comme une famille. Francis continue d'entretenir sa machine inutile, son fils, Samir a du mal à supporter son travail au supermarché, Maria trouve son réconfort auprès de Francis, son fils, le simplet croit être le fils de Gary Cooper dont il attend le retour, bref, tout ce petit monde végète dans un temps suspendu.
Suspendu à quoi? Au spectateur de l'imaginer
À partir de 14 ans.
LA CAMARA OSCURA de Maria Victoria MENIS
Sortie le 29 juillet. Durée : 1h26.
Gertrudis est laide. Cet axiome date de sa naissance calamiteuse sur la passerelle d'un bateau qui amenait des juifs russes émigrant en Argentine à la fin du XIX° siècle.
Consciente de cette constatation, elle échappe aux photos de famille et se tient dans l'ombre en regardant ses pieds. Elle va pourtant se marier, fonder une famille, toujours effacée mais soucieuse d'apporter de la beauté à la vie quotidienne. Arrive Baptiste, un photographe français qui bouscule les traditions. Au lieu des photos figées de familles en rang d'oignon, il photographie les gens en action, au travail ou agrémentés d'ajouts surréalistes. La réalisatrice dit être intéressée par le " regard". Celui porté sur Gertrudis a toujours été négatif. Seul, Baptiste a modifié le regard convenu, ce qui a modifié celui qu'elle portait sur elle-même.
Un film attachant, tranquille et suranné, prenant en compte les transformations de la photographie à ses débuts et ce qu'elles entraînent comme transformations du regard et de la société.
À partir de 14 ans.
LITTLE NEW YORK de James DEMONACO
Sortie le 5 aout. Durée : 1h45.
Trois personnages: un mafieux qui veut étendre son pouvoir, un jeune ouvrier qui veut faire de son futur enfant un génie, et un vieil épicier sourd-muet qui joue aux courses sans jamais gagner. Tous les trois avec un même objectif: l'argent.
Chacun d'eux est surprenant, le vieux par la nature de son travail pour la mafia, le jeune, par sa découverte d'un système inédit et coûteux pour rendre les bébés intelligents, le mafieux par sa conversion subite et spectaculaire à l'écologie.
Dommage que la fin soit un peu convenue, alors que leur originalité titillait notre curiosité. Il faut dire que ces trois-là sont citoyens de Staten-Island, une île située en face de Manhattan, quartier de New-York déconsidéré parce qu'il ffut et reste un repaire de la mafia. "Little New-York" se distingue d'autres films de mafiosi par des trouvailles bienvenues et une désinvolture souvent comique.
À partir de 14 ans.
MARCHING BAND de Claude MILLER
Sortie le 5 aout. Durée : 1h35.
De Claude Miller nous avons admiré des films d'un tout autre genre, mais il a éfé conquis par les "marching bands" ces fanfares d'étudiants aux Etats-Unis qui interviennent sur les terrains de sport et ont accompagné la campagne électorale d'Obama en Virginie. Les jeunes musiciens attendent fiévreusement un changement, font confiance à Obama pour le réaliser en Amérique et dans le monde, veulent aller voter, même s'ils ne l'ont jamais fait et voient dans la candidature d'un noir à la présidence l'opportunité pour tous les noirs d'accéder enfin à des carrières prestigieuses. Le band, la musique, sont pour certains la bouée qui leur a fait échapper à la délinquance et à la prison, pour d'autres une joie de vivre et de se fondre dans un groupe fraternel ? Les parades, les uniformes rutilants, contribuent au sentiment d'appartenance qui génère dynamisme, esprit de corps et enthousiasme.
Un film plein d'énergie et d'espoir en l'avenir, dont on avait bien besoin.
À partir de 12 ans.

 

Juin 2009
 
QUELQUE CHOSE A TE DIRE de Cécile TELERMAN
Sortie le 27 mai. Durée : 1h40.
C'est une histoire de famille, mais d'une famille de cinéma". Donc ne cherchons pas d'interprétation pseudo-psychanalytique du comportement des personnages, bien que le film tente un peu de nous pousser dans cette direction. Laissons-nous plutôt aller à notre plaisir de suivre les aventures compliquées et souvent comiques de cette tribu.
Les parents sont bourgeois: mère snob, à la soixantaine radieuse, père patron d’usine à la retraite, fils aîné incapable de gérer son commerce de riz, fille peintre qui peint des horreurs, autre fille infirmière qui pratique les tarots pour influencer les destinées. Et il y a aussi un flic romantique (ils le sont souvent au cinéma!). Imaginez dans cette famille un imbroglio d'amours et de haines alimentés par un lourd secret.
Le film est émaillé de plaisanteries bien parisiennes et néanmoins drolatiques ce qui fait que, malgré les conflits violents et les désillusions, il laisse une impression de légèreté. Grâce à un scénario travaillé et divertissant.
À partir de 14 ans.
 
ALIKER de Guy DESLAURIERS
Sortie le 3 juin. Durée : 1h50.
En Martinique en 1920, un petit groupe de militants communistes veut en finir avec l'oppression des pauvres Noirs par les riches patrons d'usines et les fonctionnaires coloniaux corrompus. Ils veulent créer des syndicats et fondent un journal dont ils confient la direction à André Aliker. Celui-ci fait d'une feuille de chou qui existait déjà un vrai journal avec enquêtes, dénonciations des abus et soutien aux luttes ouvrières.
Le journal est un triomphe, il est distribué jusque dans les campagnes et on se l'arrache. Mais Aliker dérange trop de monde Deux fois, il sera enlevé et rossé par des inconnus et, en 1934, son corps ligoté et sans vie sera rejeté par la mer sur une plage.
Le film rend hommage à ce pionnier de la résistance à l'oppression, pionnier aussi d'un journalisme moderne dont on n'a jamais retrouvé les assassins encore à ce jour.
Malgré une réalisation maladroite, due peut-être aux difficultés du tournage le film rappelle le sacrifice d'un homme courageux qui , en son temps,a fait avancer les droits de l'homme. dans les anciennes colonies.
À partir de 14 ans.
DANCING GIRLS de Darren GRANT
Sortie le 10 juin. Durée : 1h29.
Laurynt habite une petite ville de l'Indiana où elle travaille avec son frère dans leur garage, mais elle rêve de devenir danseuse.A Chicago, elle échoue à l'examen d'entrée de la prestigieuse Académie de Danse et se retrouve comptable dans une boîte de nuit.
Lorsque l'une des danseuses tombe malade,, elle peut enfin donner un aperçu de son talent. L'histoire n'est guère originale, mais le film nous conduit dans les clubs de Chicago où chaque danseuse choisit ses musiques et sa chorégraphie dans un style alliant le burlesque américain, le théâtre et le strip-tease.
Un spectacle sensuel mais jamais vulgaire, un film glamour pour l'été.
À partir de 12 ans.
 
BOOGIE de Radu MUNTEAN
Sortie le 17 juin. Durée : 1h42.
Bogdan, surnommé Boogie (le modèle américain est toujours vivace en Roumanie) passe une journée de congé au bord de la mer avec sa jeune femme et son petit garçon. Cerf-volant, château de sable et baignade rapide, c'est un moment de bonheur simple après une semaine harassante. Mais voila qu'apparaissent de vieux amis de lycée qu'il n'avait plus rencontrés depuis des années. Sa femme rentre coucher le petit et lui se laisse entraîner à faire la fête avec les copains ressurgis. La fête avec les copains? On boit pas mal, mais ça ne décolle pas vraiment et, après les vieux souvenirs, on parle boulot. L'arrivée d'une fille complaisante appelée par l'un des compères qui l'offre à Bogdan ne le séduit pas. Malgré l'alcool, il connaît ses limites. Et puis, cette fête n'est pas aussi jouissive que prévu et Boogie rentre au bercail avec l'idée de mettre entre parenthèses cette bouffée d'adolescence et de réserver son bonheur d'adulte et de père, finalement plus convaincant.
Un film dont la justesse psychologique enchante.
À partir de 14 ans.
 
LES BEAUX GOSSES de Riad SATTOUF
Sortie le 10 juin. Durée : 1h30
Hervé est en 3° au collège. Timide, complexé, il n'a pas la cote avec les filles, ce qui le rend hargneux, agressif, odieux avec sa mère (qui, il est vrai, l'exaspère en s'intéressant beaucoup trop à sa sexualité). Et puis? Tout ce qu'on voit habituellement dans ce genre de film: quelques blagues avec les copains, quelques brefs aperçus des cours, quelques tentatives de drague et du sexe à gogo. De préférence exhibitionniste.
Parents, ne pensez pas que vos adolescents sont comme ça. Lisez plutôt la revue L’école des parents (par exemple le N°577-HS Les ados sur Internet) qui vous en dresse un portrait plus nuancé, basé sur des enquêtes.
Ici, il s'agit d'un cinéaste obsédé par le sexe qui prête aux adolescents ses propres obsessions et a réalisé un film comique à leurs dépens.
À partir de 15 ans.
 
LES LASCARS d'Albert PEREIRA-AZZARO et Emmanuel KLOTZ
Sortie le 17 juin. Durée : 1h36.
C'est un film d'animation pour adultes complètement déjanté, l'histoire de deux zozos de banlieue qui veulent partir à la mer mais perdent l'argent et doivent se refaire. Sur un rythme échevelé, du rap désopilant et un graphisme bourré d'imagination.
Entre quinze et vingt-cinq ans, ça fait beaucoup rire !
À partir de 15 ans.
 
AMERIKA de Cherien DABIS
Sortie le 17 juin. Durée : 1h32.
Mouna est une Palestinienne bien en chair et plutôt réjouie, malgré le manque de liberté, la présence constante des militaires, les contrôles d'identité à chaque coin de rue qui sont le lot de son pays. Quand lui est offerte la possibilité d'émigrer aux Etats-Unis où vit déjà sa soeur, elle hésite, car elle aime malgré tout sa terre et son peuple chaleureux, mais son fils Fadi est conquis par le rêve américain.
Arrivés dans l'Illinois, ils sont accueillis à bras ouverts par la soeur et sa famille. Mais les difficultés s'imposent bientôt. Mouna est diplômée et travaillait dans une banque, mais après de multiples recherches, il lui faut e contenter d'un travail plus modeste. Fadi, à son lycée fait profil bas, mais quand les élèves comprennent d'où il vient, alors que la guerre du Golfe bat son plein, il est soupçonné de terrorisme. Et le soupçon atteint aussi son oncle médecin et ses cousines. Violences, graffitis, injures mettent Mouna au désespoir, car elle n'avait pas imaginé que leur arrivée nuise ainsi à sa soeur.
Cette histoire est presque autobiographique pour la réalisatrice. Elle aussi a souffert de problèmes 'identité. Lorsque, à l'aéroport, le douanier demande à Mouna quel est son pays, elle répond: "Aucun", car être arabe de Cisjordanie n'est pas une véritable patrie, ni une identité. C'est ce qu'a voulu montrer Cherien Dabis en ce qui concerne les Palestiniens, en plus des problèmes communs à tous les immigrés.
Objectif atteint, car si le film est démonstratif, ses personnages se rendent sympathiques par leur courage et leur optimisme.
À partir de 14 ans.

Mai 2009
 
SOEUR SOURIRE de Stijn CONINX
Sortie le 29 avril. Durée : 2h.
Qui se souvient encore de Soeur Sourire? Elle eut son heure de gloire comme chanteuse en habit de nonne dans les années 60. Le film raconte son histoire, personnalisée par une Cécile de France rayonnante.
Donc, Jeannine Deckers, née dans une famille de boulangers près de Bruxelles, supporte mal la froideur et l'autoritarisme de sa mère. Adolescente, pour fuir sa famille elle entre au couvent des Dominicaines. Là aussi, elle se rebelle contre la règle, mais on lui laisse sa guitare qui l'aide à accepter la vie monacale. Elle compose la chanson "Dominique" en hommage au fondateur de son ordre, son disque fétiche qui se vendra à des milliers d'exemplaires. Elle donne aussi quelques concerts avec d'autres Soeurs choristes et la bénédiction de l'Église, car elle a sincèrement le désir d'amener les jeunes à la foi par un moyen moderne et festif. Elle quittera le couvent sur un coup de tête pour n'être plus que chanteuse. Mais privée de son look immaculé et de son aura de candeur, elle ne fait plus recette. D'autant qu'elle se mêle de problèmes de société au lieu de ne parler que du Bon Dieu. La vraie Soeur Sourire s'est suicidée, ce qui est très triste car le film rend son personnage attachant par ses rébellions, qui annoncent les bouleversements de 68, son besoin d'amour et sa gaîté candide.
À partir de 12 ans.
 
LE PAYS A L'ENVERS de Sylvaine DAMLPIERRE
Sortie le 29 avril. Durée : 1h30.

La réalisatrice retourne en Guadeloupe pour y retrouver ses racines. Rencontrant un généalogiste, elle apprend qu'il est très difficile à un Guadeloupéen de repérer ses ancêtres, parce que ceux-ci étaient esclaves. Ils n'avaient pas de nom, prenait celui de leur patron ou un prénom que celui-ci leur imposait comme nom de famille et qui n'était pas le leur. On assiste aussi à un concours de jardins créoles et beaucoup de témoignages révèlent l'âme de la Guadeloupe.
Le film est un peu brouillon, mais on est sensible à la démarche de la réalisatrice qui nous livre une Guadeloupe toute autre qu'une destination touristique.
À partir de 12 ans.
 
LA FEMME SANS TÊTE de Lucrécia MARTEL
Sortie le 29 avril. Durée : 1h27.
Vero circule en voiture le long d'un canal quand, soudain, elle heurte quelque chose. Elle s'arrête, mais ne descend pas de voiture pour voir ce qui s'est passé. Après quelque temps, elle avoue à son mari:"J'ai peut-être tué quelqu'un". Ils retournent ensemble sur le lieu de l'accident où ils ne trouvent qu'un chien mort. Tout le monde autour de Vero s'emploie à la rassurer en minimisant l'incident. Elle-même a du mal à faire taire sa culpabilité, mais la vie retrouve son cours paisible. Ça se passe en Argentine et la réalisatrice veut démontrer ceci : nul ne sait si Vero a réellement tué quelqu'un, mais il se noue autour d'elle une complicité de non culpabilité et de réassurance, propre à une bourgeoisie imbue de son excellence.
Lucrecia Martel est connue pour son minimalisme et sa subtilité. Son récit semble lisse en superficie, mais il est parsemé d'indices révélant ces phénomènes de solidarité complice à l'intérieur d'une classe sociale qui "se referme sur elle-même et se pardonne à elle-même" (dixit la réalisatrice). C'est cette même attitude qui a prévalu lors des événements violents qui ont marqué l'époque de la dictature en Argentine.
Une critique toute de discrétion par une réalisatrice élégante et sensible.
À partir de 15 ans.
 
L'ENFANT DE KABOUL de Barmak AKRAM
Sortie le 29 avril. Durée : 1h37.
Khaled, chauffeur de taxi à Kaboul, charge un jour une femme voilée avec un bébé. Après que la femme a quitté le taxi, il s'aperçoit que le bébé est resté sur la banquette arrière. Khaled est honnête et compatissant : il commence par essayer de retrouver la mère, puis de confier l'enfant à un organisme chargé de le placer. Mais tout le monde se défile. Des enfants abandonnés, victimes de la guerre, il en pullule à Kaboul. Khaled le garderait bien ce bébé garçon, lui qui n'a que des filles, mais...trop de problèmes ! Les pérégrinations de Khaled pour se débarrasser du bébé nous entraînent dans la vie quotidienne de Kaboul, où il ne faut pas trop compter sur les organismes officiels, mais plutôt sur sa propre débrouillardise. "Kaboul, dit le réalisateur, un immense tohu-bohu où chacun doit trouver le moyen de sa survie". On y distingue ça et là, l'errance fantomatique de femmes en tchador, que l'on ne peut reconnaître que par un grain de beauté sur la cheville. Khaled se moque d'ailleurs de sa cliente entièrement voilée en lui disant que ce n'est plus la mode. L'on serait tenté de trouver Kaboul et ses Afghans assez proches de nous, si ce n'était le sort réservé aux femmes : voilées ou non, elles n'ont ni identité, ni reconnaissance sociale et même le brave Khaled, bon père avec ses filles, ne reconnaît pas plus d'existence à sa femme qu'à ses meubles. Malgré ce bémol, le film est tonique, pas du tout misérabiliste, parfois drôle, car le réalisateur afghan ne craint pas l'autodérision. Un suspense plein d'imprévus sympathiques.
À partir de 12 ans.
 
JE L'AIMAIS de Zabou BREITMAN
Sortie le 6 mai. Durée : 1h52.
Un soir, Pierre et sa femme voient arriver chez eux Chloé, leur belle-fille, en pleurs, avec ses deux petites filles. Son mari l'a quittée, elle souffre et vient se réfugier chez ses beaux-parents. Pierre propose de l'emmener à leur maison de campagne où il tente de l'apaiser. Puis, la nuit aidant, cet homme peu expansif que Chloé connaît à peine se livre à quelque confidence et finalement lui révèle le secret de sa vie. Lui-même, marié et père de deux enfants, est tombé follement amoureux d'une jeune fille rencontrée à Hong-Kong lors d'un voyage d'affaires. Il devait choisir : vivre avec elle cet amour intense et voyager sans cesse ou rester avec sa famille où sa femme et ses enfants devenus adolescents avaient besoin de lui. Chloé comprend alors ce que ressent un homme qui accède à un nouvel amour alors que sa vie est installée et le met en demeure de prendre des décisions déchirantes.
Un film que l'on ne quitte pas lorsque l'on quitte la salle, tant il est poignant et aussi parce qu'il invite chaque adulte à repenser ses choix de vie. L'on aimait Zabou comédienne, mais elle est surtout une grande réalisatrice.
À partir de 15 ans.
 
PASSEUR D'ESPOIR de Branko SCHMIDT
Sortie le 6 mai. Durée : 1h30.
Mirko est passeur de clandestins pour la mafia locale. Il leur fait traverser la rivière entre la Bosnie et la Croatie. Une nuit, son bateau surchargé chavire et les Chinois qu'il transportait se noient tous, sauf une jeune fille qui, elle, savait nager. Cette femme est un témoin gênant : Mirko commence par lui laisser de la nourriture, puis la prend chez lui, dans sa maison branlante sur la rivière. Bien qu’ils ne se comprennent pas, ils finissent par s'attacher l'un à l'autre. Mais la mafia intervient cruellement et Mirko va devoir libérer sa belle et se venger.
C'est un film noir que l'auteur explique par le sort des anciens combattants de l'ex-Yougoslavie, livrés à eux-mêmes sans aucun avenir et captés par une mafia florissante, née du climat laissé par l'après-guerre. Le film a rencontré un grand succès en Croatie parce que les gens y ont reconnu les problèmes de leur pays.
À partir de 12 ans.
 
COMMIS D'OFFICE de Hannelore CAYRE
Sortie le 6 mai. Durée : 1h28.
Les avocats commis d'office ont la réputation de ne pas se démener beaucoup pour leurs clients parce qu'ils sont mal payés. Mal payés, c'est vrai, mais la commission d'office est le recours de jeunes avocats inconnus que les accusés fortunés n'iront jamais solliciter. Antoine est l'un d'eux, mais il a fait sien et gardé idéal exprimé dans son serment d'accession à la profession. Comme il a du charisme et du talent oratoire, il est remarqué par un collègue, qui, lui, défend les truands pleins de fric et fait sa pelote grâce à eux. Antoine va se laisser embarquer par ce collègue dans un coup foireux qui ne peut que rater. Ça lui servira, in fine à reconquérir son honnêteté.
Mais au passage, la réalisatrice qui est avocate et exerce son métier, fait un sort à une pléiade de lois récentes, trop nombreuses et mal venues qui plombent la vraie justice. Par exemple, la loi sur la récidive, objet de la première brillante plaidoirie de Roschdy Zem qui incarne Antoine. Hannelore Cayre s’attaque, par des exemples, à des pratiques qu'elle nous fait découvrir : corruption de certains juges et certains avocats, détournements des lois au profit des truands, etc.
Un film bien documenté, sans rapport avec les avocats fictifs des séries télévisées, et qui dénonce les médiocrités de notre justice. Bravo à cette avocate devenue réalisatrice de son premier film qui utilise brillamment ses connaissances juridiques pour nous faire vivre au quotidien le sort d'un avocaillon et mettre en lumière les aléas de la justice française dans un film romanesque et palpitant.
À partir de 14 ans.
 
LA SICILIENNE de Marco AMENTA
Sortie le 13 mai. Durée : 1h53.
La petite Sicilienne Rita adore son papa, figure respectée dans son village où il résout les litiges et maintient la paix. Quand celui-ci est assassiné, elle ne pense qu'à le venger. Mais elle apprend par son frère que le père faisait partie de la mafia locale qui l'a liquidé parce qu'il n'était pas d'accord avec le chef. Quand son frère est tué à son tour, Rita passe à l'action. Elle, qui n'avait pas les yeux dans sa poche et tenait un journal, va trouver le procureur de Palerme et lui livre des noms de mafieux de son village. Après vérifications, le procureur comprend qu'il tient un témoin précieux et prend Rita sous sa protection. Il la fait déménager, changer d'identité et se méfier de tout. Et admettre peu à peu que son père et son frère aussi étaient des criminels. Mais, grâce à elle, le petit juge aura réussi à faire ouvrir un procès retentissant.
Le plus frappant dans ce film, le plus émouvant aussi, est qu'il nous fait ressentir avec Rita la peur, la solitude et le désespoir de ce rôle de témoin dressé contre une organisation si puissante et si dénuée de scrupules (cf. Gomorrha). L'histoire de Rita est vraie, sa première entrevue avec le juge a eu lieu en 1991 alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Le film lui est dédié, en hommage à son courage. Un grand film !
À partir de 14 ans.
 
UN MARIAGE DE RÊVE de Stephan ELLIOTT
Sortie le 6 mai. Durée : 1h36.
Le jeune John, fils d'une honorable famille anglaise, s'est épris d'une Américaine excentrique qu'il a épousée et ramène au manoir de ses parents. Ce sont les années 20 et la pudibonderie victorienne subsiste chez sa mère, alors que son père, qui a fait la Grande Guerre, ne se sent plus en phase avec les siens. Lorsque John arrive avec Larita, sa belle-mère la déteste d'emblée et se déroule entre elles une petite guerre de propos piquants. A notre époque où tout le monde a jeté son bonnet par dessus les moulins, ce genre de comique fait mouche à tout coup. D'autant plus que le film est adapté d'une pièce de Noël Coward à l'écriture soignée. Et lorsque le drame pointe son nez, on comprend que l’amour de ces jeunes gens a peu d'avenir.
C'est un très joli film, bien joué, bien costumé, bien écrit; bien mis en scène bref, un petit bijou à voir pour se divertir intelligemment.
À partir de 12 ans.


Avril 2009
 
LA JOURNÉE DE LA JUPE de Jean-Paul LILIENFELD
Sortie le 25 mars. Durée : 1h28
Une prof de français dans un collège de banlieue. Elle essaie en vain de se faire entendre d'élèves qui ricanent, profèrent des injures, et des commentaires stupides. Soudain, tombe d'un sac un pistolet. La prof s'en empare et, désormais maîtresse de la situation, prend ses élèves en otage et leur fait réciter leur leçon sous la menace de l'arme. Naturellement, quand l'affaire s'ébruite, tout le collège est en émoi, le principal appelle la police qui tente de négocier avec la prof pour qu'elle accepte de laisser sortir ses élèves. La tension est extrême, mais on a droit à quelques scènes du plus haut comique: les élèves, couchés par terre pour répondre à des questions sur Molière, la police rampant dans les sous-sols avec les moyens les plus sophistiqués pour assiéger la salle des otages, le principal débordé et lâche, les autres profs compatissants et le policier sentimental chargé de la négociation..
La jupe est un symbole: dans cette banlieue, une fille en jupe est considérée comme une putain et risque le viol collectif. La revendication de la prof tend à libérer les filles de cette dictature machiste. Les élèves découvriront sur le tard que leur prof est elle-même issue de l'immigration, mais qu'elle s'en est sortie grâce à l'école : un exemple à suivre!
C'est l'anti-"Entre les murs", au lieu de gérer l'ingérable, la prof tombe dans l'excès et révèle du même coup qu'enseigner dans ces conditions exige une santé de fer.
« L'école a-t-elle encore un rôle à jouer dans un climat si dégradé ? » se demande l'auteur. Sans doute, avec des profs solides et bien formés alors que c'est justement sur leur formation que l'on cherche à faire des économies.
Un film qui mêle avec audace le tragique et le comique sur une question brûlante et nous permet de revoir Isabelle Adjani dans un rôle plein d'embûches.
À partir de 14 ans.
 
UNE EXPÉRIENCE AFRICAINE de Laurent CHEVALLIER
Sortie le 25 mars. durée : 1h30
Le collège de Marciac dans le Gers était sur le point de fermer quand un principal dynamique a eu l'idée d'y fonder un atelier de musique de jazz. Au début du film, l'on assiste à une répétition des élèves joueurs de divers instruments qui se révèlent d'un excellent niveau. Le réalisateur , qui a tourné plusieurs films avec des musiciens africains et notamment avec Momo Wandel, le doyen du jazz africain, a eu l'idée de faire se rencontrer ces deux publics, le groupe Fôlifö, continuateur de Momo décédé et les jeunes collégiens de Marciac. Les Africains ont été invités à Marciac où ils ont donné un festival très applaudi en jouant avec les élèves.
Et ceux-ci ont été invités à Konakry où ils se sont imprégnés de culture guinéenne (la polygamie, la vénération des anciens: le culte des morts, les repas pris à main nue et les danses échevelées) sans aucun préjugé négatif.
L'on assiste avec plaisir à ces rencontres et à la chaleur de l'accueil mutuel de groupes si dissemblables.
À partir de 11 ans.
NULLE PART TERRE PROMISE d' Emmanuel FINKIEL
Sortie le 1er avril. Durée : 1h35
Le spectateur doit être patient. Ce n'est qu'après un bon bout de temps passé dans le vacarme d'enfer de différents moyens de transport que l'on identifie les trois personnages principaux et le sens de leur voyage à travers l'Europe.
Le Kurde et so fils vont d'est en ouest, vers l'"Eden" de Costa-Gavras. Ce sont des migrants qui se cachent de toutes les polices. Le jeune cadre à lunettes voyage d'ouest en est: il va délocaliser son usine en Hongrie et doit veiller au défilé de camions qui transportent les machines. L’étudiante aussi se dirige vers l'est en filmant les gens pauvres avec sa petite caméra. Disons tout de suite que seul, le jeune cadre aura sa terre promise. Il ya des détails, des repères, des impressions fortes auxquels le spectateur doit appliquer son observation, sa concentration, son intuition, pour dresser une image de l'Europe d'aujourd'hui à travers les déambulations de ces personnages.
C'est un exercice intellectuel fort intéressant, d'autant plus que l'on a à faire à un réalisateur rigoureux et talentueux.
Le film a obtenu le Prix Jean Vigo 2008.
À partir de 15 ans.
COUNTRY TEACHER de Bohdan SLAMA
Sortie le 1er avril. Durée : 1h57
Pourquoi Pietr, professeur dans un lycée de Prague vient-il faire l'instituteur à la campagne? Est-ce pour mieux profiter de la nature, lui qui est biologiste et enseigne à ses élèves que chaque être est unique, même un escargot, qui porte son histoire de vie sur sa coquille ? Malgré les questions que sa venue suscite au village, il est bien reçu, surtout par Marie la fermière qui en tomberait volontiers amoureuse et par son fils, Lada que Pietr aide à faire ses devoirs de maths. Pourtant, une mauvaise action de Pietr va tout gâcher. L'on comprend qu'en République tchèque, on boit sec, mais on n'accepte pas de se laisser corrompre par les gens de la ville. Heureusement, il y a des fermières au grand coeur qui savent pardonner.
Un beau film bucolique et généreux.
À partir de 15 ans.
LES BREBIS FONT DE LA RESISTANCE
de Catherine POZZO DI BORGO

Sortie le 1er avril. Durée : 1h30
Il s'agit du plateau du Larzac. L'auteur rappelle qu'en 1971, le camp militaire voulait s'agrandir en expropriant cent trois familles de paysans. Dans toute la France et même à l'étranger, des comités "Larzac"sont entrés dans la lutte. Et après les événements de 68, beaucoup de jeunes idéalistes ont voulu faire un retour à la terre en s'installant au Larzac. Aujoud'hui, le Larzac, ayant reconquis les terres des paysans est en pleine santé. On y élève de grands troupeaux de brebis dans des fermes modernes où l'on nous fait voir la traite électrique, la naissance des agneaux, leur reconnaissance par leur mère, la fabrication et la vente des fromages etc... Un élevage en plein succès avec des paysans intelligents et compétents, qui renvoie Depardon.à son pessimisme d'un autre âge.
À partir de 14 ans.
ERREUR DE LA BANQUE EN VOTRE FAVEUR
de Gérard BITTON et Michel MUNZ

Sortie le 8 avril. Durée : 1h38
Quel beau titre, si magique et irréalisable et comme l'on aimerait qu'il s'adresse à chacun d'entre nous. Mais le film démontre qu'il n'est pas si facile d'être malhonnête.
Julien est maître d'hôtel dans une grande banque ancienne et respectable. Après dix-sept ans de bons et loyaux services, il espère obtenir de sa banque un prêt conséquent pour ouvrir un restaurant avec un ami, lors de sa retraite qui approche. Mais la banque fait la sourde oreille. Alors, Julien, qui a trouvé un moyen d'écouter ce que fricotent ses patrons dans la pièce à côté, décide d’utilise ce qu’il entend. Les banquiers connaissent à l'avance la situation des entreprises cotées en bourse, ce qui leur permet d'acheter ou vendre leurs actions au bon moment. Cela s'appelle le délit d'initiés.
Julien va se servir des informations captées en douce pour en faire son profit avec l'aide d'un petit conseiller financier d'une banque de quartier. Il sera finalement démasqué par ses patrons, mais il a compris les mécanismes et il est devenu capable de leur tenir la dragée haute. Les auteurs du film pensent que l'on peut faire rire avec l'argent. Ils en donnent l'exemple en dévoilant, à l'occasion, l'une des causes de la crise actuelle. La morale du film pourrait être : mieux vaut que les trafics malhonnêtes profitent à ceux qui ne sont pas riches plutôt qu'à ceux qui le sont déjà.
Une bonne comédie et pleine d'enseignements pour qui cherche à s'enrichir illégalement.
À partir de 15 ans.
 
SOIS SAGE de Juliette GARCIAS
Sortie le 15 avril. Durée : 1h30
Eve est une jeune fille qui livre le pain d'une boulangerie à bord de sa camionnette dans la campagne environnante. Elle parle peu, mais fait parfois allusion à son amoureux qui est artiste. Elle hante la forêt, épiant une grande maison dont les occupants sont un couple et leur bébé. Lorsqu'elle happe l'homme au passage de sa voiture, celui-ci semble gêné, il préfèrerait ne plus la voir. Mais Eve est persévérante et finira par s'introduire dans la maison pour s'occuper du bébé et se rapprocher de l'homme. Quel est donc cet amour si exceptionnel qu'il a créé chez Eve une dépendance dont elle ne peut se libérer? C'est l'amour paternel dévoyé, interdit, criminel qui l'a rendue incapable d'un amour normal pour un garçon de son âge et esclave d(une fixation perverse et destructrice. Pour son premier long-métrage, Juliette Garcias n'a pas choisi la facilité. Elle traite le problème de l'inceste père-fille à l'envers de ce que l'on pourrait attendre, haine et dégoût, de la part de la victime. Ici, au contraire, celle-ci est non seulement consentante, mais en redemande.
Un film dérangeant, très maîtrisé, très épuré.
Adultes seuls.
 
CELLE QUE J'AIME de Elie CHOURAQUI
Sortie le 22 avril. Durée : 1h43
Isabelle est divorcée de Jean dont elle a un fils, Achille, dix ans. Achille est ravi de vivre seul avec sa maman qu'il adore. Mais une menace se profile : Antoine, que sa mère semble aimer et qui veut venir s'installer chez eux. Alors, Achille déclare à Antoine une guerre sans merci. Le mérite du film est de décrire des comportements de parents très courants dans ce type de situation. Antoine essaie de se faire accepter, fût-ce en se ridiculisant, allant même jusqu'à s'accuser d'une grosse bêtise commise par Achille, alors que celui-ci en revendique la responsabilité. C'est renvoyer l'enfant à un statut de gosse inconscient qu'il a raison de refuser. Comme Isabelle et Antoine exhibent volontiers leur tendresse mutuelle, l'enfant se sent d'autant plus exclu que lui-même ne peut dispenser ce type d'amour à sa mère. Et puis Antoine et Jean, les "pères" rivalisent dans la cour qu'ils font à Achille, chacun pour essayer d'être le plus aimé, ce qui donne à l'enfant l'idée d'une alternative possible : quand un père lui déplaît, il en a un autre en réserve qui ne demande qu'à évincer son concurrent ! Achille, lui, rêve de voir ses parents se remettre ensemble, comme tous les enfants de parents séparés. Il pressent que c'est impossible et imagine des stratagèmes comiques pour se débarrasser d'Antoine, mais ce comique ne doit pas masquer au spectateur le désespoir de tout enfant dans cette situation. Il faudra qu'Antoine trouve un moyen intelligent de se faire accepter.
A l'Ecole des parents on ne juge pas le comportement des parents dans la réalité, mais un film de fiction l'autorise et permet de réfléchir afin d'éviter les pièges habituels.Un excellent scénario et, malgré la gravité du sujet, une bonne comédie.
À partir de 14 ans.
 
HUMAINS de Jacques-Olivier MOLON et Pierre-Olivier THEVENIN
Sortie le 22 avril. Durée : 1h27
Un vieux professeur d'anthropologie prépare une expédition dans les Alpes suisses pour vérifier ses théories: il pense que l'homme de Néanderthal a vécu plus longtemps qu'on ne le prétend. Il y emmène son fils et son assistante et une famille rencontrée en route se joindra à leur périple. La montagne est sauvage et pleine de dangers, mille rebondissements vont parsemer leur voyage. Des créatures bizarres se manifestent, mais il y a d'autres malfaisants que les hommes de Néanderthal.
Un film d'aventures, un thriller classique où l'on a très peur mais où les têtes d'affiche sauvent leur peau.
À partir de 12 ans.
LE SECRET DE LILY OWENS de Gina PRINCE-BYTHEWOOD
Sortie le 22 avril. Durée : 1h50
Alors que ses parents se disputent violemment, Lily, quatre ans, s'empare d'un pistolet et tue accidentellement sa mère qu'elle aimait. C'est la première scène du film (et non une indiscrétion du critique !). A quatorze ans, toujours hantée par sa culpabilité, elle s'enfuit de chez ce père qui la maltraite avec sa nounou noire. Toutes deux trouvent refuge chez trois soeurs noires qui élèvent des abeilles. Là, Lily trouve paix et amour et apprend l'apiculture Elle apprendra aussi des détails sur ce passé douloureux qui la poursuit et verra du coup son tourment allégé Tiré d'un roman à succès, le film se déroule dans les années cinquante, quand les noirs revendiquaient les droits civils.
Un agréable mélodrame sur fond de racisme tourné dans le sud des Etats-unis.
À partir de 13 ans.
ROMAINE PAR MOINS TRENTE de Agnès OBADIA
Sortie le 29 avril. Durée : 1h25
Justin, le fiancé de Romaine décide qu'ils vont aller tous les deux s'installer au Canada pour y élever une meute de chiens de traîneaux. Bien que peu emballée, Romane accepte de prendre l'avion avec lui. Dans l'avion, elle surprend une conversation de l'hôtesse de l'air qui laisse à penser que l'avion va s"écraser. Romaine, affolée veut faire à son compagnon un dernier aveu avant de mourir. De là découlent toutes les surprenantes aventures qu'elle va endurer au Canada car, bien entendu, l'avion est arrivé à bon port. Les surprenantes aventures, ce sont: la perte de Justin, de ses papiers, de son argent, un mariage, un accident de voiture dans la neige qui suscite la naissance d'un bébé, et bien d'autres encore. La réalisatrice s'est attachée à un portrait de femme qui revendique son autonomie, mais ne sait pas dire non aux décisions que l'on prend pour elle. Elle est capable de se lancer dans les aventures les plus fantasques qui finissent généralement mal et de rebondir à chaque fois. C'est un personnage à la fois burlesque et touchant. Et les "moins trente" au Canada, nous les goûtons avec Romaine !
À partir de 15 ans.


Mars 2009
 
COCAÏNE COW BOYS de Billy CORBEN
Sortie le 25 février 2009. Durée : 1h456
C'est l'histoire vraie de l'arrivée de la cocaïne aux Etats-unis dans les années 70-80. Jon Roberts, maintenant sorti de prison raconte les débuts: la cocaïne produite en Colombie arrivait facilement par bateau au sud de Miami car les côtes à l'époque n'étaient pas surveillées .Puis, l'étau s'est resserré et il a fallu l'astuce de Munday, l'ingénieur pour trouver des stratagèmes propres à déjouer la police. Les trafiquants engrangeaient alors des millions, voire des milliards de dollars qu'ils investissaient en voitures de luxe, villas, night-clubs etc... Par la suite la guerre des gangs a fait de Miami la "capitale des meurtres". La Colombienne Griselda Blanco, une femme cruelle et sans scrupules régnait alors sur la pègre et n'hésitait pas à tuer. Mais, au final, la ville de Miami a profité de la manne d'argent de la drogue pour son expansion. Ceci est un résumé très succinct de ce film foisonnant où les anciens trafiquants témoignent avec fierté de leurs exploits sans jamais s'interroger sur les ravages que leurs trafics ont pu causer à la santé de leurs concitoyens.
Un film où les témoignages et les images défilent à la vitesse d'une mitraillette, mais qui nous laissent fascinés par l'ampleur d'une entreprise mafieuse. qui n'est pas du tout jugulée de nos jours.
À partir de 14 ans.
 
PELLEAS ET MELISANDE de Philippe BEZIAT
Sortie le 4 mars. Durée : 1h48
Le prince Golaud s'est perdu dans la forêt. Il y découvre une jeune fille en pleurs qu'il ramène à son palais où règne son père aveugle et l’épouse. Son jeune frère Pelleas s'éprend de Mélisande qui l'aime aussi. Golaud, fou de jalousie tue Pelléas et blesse Mélisande qui mourra en donnant le jour à une petite fille. Tel est l'argument du seul opéra composé par Debussy qui fut joué à Moscou pour la première fois en 2007. Le réalisateur a filmé des extraits de répétitions, des commentaires de participants et de longues scènes de la représentation. Tous s'accordent à dire que cet opéra ne ressemble à aucun autre et que l'on subit l'envoûtement de la musique et de la poésie de Maeterlinck. Et, comme le dit un des chanteurs "c'est de la bonne musique!"
À partir de 15 ans (s'ils sont musiciens)
 
DELTA de Kornel MUNDRUCZO
Sortie le 4 mars. Durée : 1h32
Un homme revient au pays où il retrouve sa mère et une jeune soeur qu'il n'a pas connue. Le frère et la soeur décident de se construire une maison en bois sur pilotis au milieu du fleuve. L'affaire tourne très mal le jour où ils invitent à un repas les gens du village. L'auteur s'évertue à nous persuader du fait que la cohabitation du frère avec sa soeur provoque l'hostilité des villageois parla réprobation de l'inceste présumé. Mais le récit fait plutôt penser à une vulgaire jalousie envers leur entreprise de construction inhabituelle et aussi parce que les garçons du pays se sentent évincés par la jeune fille. L'attrait du film réside surtout dans les magnifiques images aquatiques, à la fois sauvages et caressantes du delta du Danube et de cette maison étonnante au milieu de nulle part.
À partir de 15 ans.
 
MY BROTHER'S WEDDING de Charles BURNETT
Sortie le 4 mars. Durée : 1h20

A Watts, quartier noir au sud de Los Angeles, Pierce vit et travaille avec ses parents dans la laverie familiale. Tout le monde se connaît dans ce quartier chaleureux et Pierce y est bien vu car il rend souvent service. Son frère avocat va épouser une fille riche et l'on prépare le mariage en grande pompe. Mais le jour du mariage ont lieu les obsèques d'un ami de Pierce qui s'est fait tuer à sa sotie de prison.. Alors que Pierce n'a que mépris pour la belle-famille arrogante de son frère, et qu'il voit son devoir plutôt du côté du cimetière, il lui faudra choisir. L'alternative ainsi présentée illustre le sort des gens de couleur dans cette banlieue où certains jeunes ne voyaient pas la nécessité d'étudier car peu d'entre eux dépassaient vingt-et-un ans à cause de la criminalité ambiante, mais où, pour d'autres fonctionnait quand même l'ascenseur social
Le réalisateur a vécu sa jeunesse à Watts et connaît bien ces familles où la mère aimante était gardienne de la morale, mais sortait un revolver de sa cachette avant d'ouvrir à un inconnu.
À partir de 14 ans.

 
LAST CHANCE FOR LOVE de Joël HOPKINS
Sortie le 4 mars. Durée : 1h33
Harvey traverse une mauvaise passe, son job dans la pub risque de lui échapper. C'est pourquoi, quand il se rend à Londres pour le mariage de sa fille, il compte y rester peu de temps et reprendre son avion sans tarder pour s'occuper de ses affaires..
D'autant plus que sa fille veut se faire conduire à l'autel, non par lui, mais par son beau-père, le brillant Brian, nouveau compagnon de sa mère. A l'aéroport, esseulé, déprimé, il trouve au bar une jeune femme qu'il avait déjà croisée brièvement. Elle aussi se sent seule et pas très en forme. Mais pas question de céder aux avances de Harvey. Pourtant, lorsqu'il lui raconte qu'il a déserté le mariage de sa fille, elle insiste pour qu'il y retourne et accepte même de l'accompagner. La présence de Kate à ses côtés fait profiter Harvey d'un accueil un peu plus chaleureux qoe la première fois, et, surtout lui donne le courage, en un toast émouvant, de revendiquer sa place de père et de reconquérir l'amour de sa fille. Conquérir Kate sera une autre affaire, car s'engager en amour sur le tard demande des garanties pour ne pas risquer de souffrir d'un nouvel abandon.
Un film romantique sur les amours tardives avec deux gloires de l'écran, Dustin Hoffman et Emma Thomson et un jeune réalisateur qui n'en croyait pas ses yeux d'avoir de telles vedettes à diriger.
À partir de 14 ans.
 

WELCOME de Philippe LIORET
Sortie le 11 mars. Durée : 1h50

Bilal est un jeune Kurde qui veut aller en Angleterre retrouver la fille qu'il aime et veut épouser. Mais, arrivé à Calais, il rencontre les centaines de réfugiés dans son cas qui restent exposés à la misère et à l’exclusion, car l'accès de l'Angleterre est interdit aux clandestins. On assiste aux tentatives de Bilal avec des passeurs, notamment dans un camion où il faut garder un sac en plastique sur la tête pour échapper au contrôle de CO2. Tentative avortée. Bilal fréquente alors la piscine municipale en demandant au maître-nageur des cours de crawl. Celui-ci comprend que Bilal cherche à gagner l'Angleterre à la nage et se prend d'amitié pour le garçon qu'il invite chez lui, s'exposant à des ennuis car il est interdit d'aider des sans-papiers. Les associations humanitaires de Calais connaissent et nourrissent ces centaines de migrants obnubilés par leur espoir fou de passer en Angleterre, alors que si peu réussissent. Ils nous font partager leur compassion. Mais Bilal est un autre type de migrant: c'est le preux chevalier qui brave tous les dangers pour l'amour de sa belle et, du coup, son entreprise devient mythique. Un très beau film généreux et spectaculaire.
À partir de 12 ans.
 
FAR NORTH de Asif KAPADIA
Sortie le 10 mars. Durée : 1h29
"Très loin au Nord, dans le cercle polaire, le pays des nuits interminables, vivaient deux femmes" C'est la première phrase de la nouvelle qui a inspiré le film. Saiva, dès sa naissance, a été déclarée maudite par un chaman et expulsée de sa tribu Aussi habite-t-elle avec sa fille adoptive une tente dans la solitude désolée du Grand Nord où elles espèrent être en sécurité. L'on voit Saiva tuer et dépecer ses proies sans faiblir pour assurer leur subsistance. Jusqu'au jour où apparaît dans leur vie un soldat déserteur de ceux qui ont massacré la tribu de Saiva. L'arrivée de cet homme va déclencher entre les deux femmes une certaine rivalité.
C'est une histoire étrange et mystérieuse dont l'attrait réside surtout dans la splendeur de ces paysages glacés noyés de brume, abandonnés de toute vie et pourtant si beaux.
Adultes seuls.
 
LITTLE NEW-YORK de James DEMONACO
Sortie le 25 mars. Durée : 1h45
Trois personnages: un mafieux qui veut étendre son pouvoir, un jeune ouvrier qui veut faire de son futur enfant un génie et un vieil épicier sourd-muet qui joue aux courses depuis des années sans jamais gagner. Tous les trois avec le même objectif: l'argent.
Chacun d'eux est surprenant le vieux par la nature de son travail pour la Mafia, le jeune par sa découverte d'un système inédit et coûteux qui rend les bébés intelligents, le mafieux par sa conversion subite et spectaculaire à l'écologie. Dommage que la fin soit un peu convenue, alors que l'originalité des personnages titillait notre curiosité. Il faut dire que ces trois-là sont citoyens de Staten Island, un quartier de New-York situé sur une île en face de Manhattan. Staten Island est, paraît-il, déconsidéré parce qu'il fut et reste un repaire de la Mafia.
Little New-York se différencie des autres films de mafiosi par des trouvailles bien venues et une désinvolture souvent comique.
À partir de 14 ans.
 
LA PREMIÈRE ÉTOILE de Lucien JEAN-BAPTISTE
Sortie le 25 mars. Durée : 1h30
Jean-Gabriel est un père de famille antillais qui fréquente davantage les bars de Créteil que les lieux de travail. Un jour de bonne humeur, il annonce à ses enfants qu'il va les emmener au ski, alors qu'il n'a pas un sou vaillant. Sa femme, exaspérée par ses promesses non tenues menace de le quitter. Il va lui falloir faire des pieds et des mains, trouver toutes sortes d'expédients farfelus pour arriver à ses fins. Il emmène même sa mère à la place de sa femme ! L'épopée familiale connaît son lot de problèmes, panne, chutes, obligation de se partager les skis faute d'argent pour les locations et de triomphes, telle la première étoile du petit Ludo et le succès de la jeune Manon dans un concours de chansons. A l'heure où les Antilles attirent l'attention sur un autre registre, l'auteur en donne une image ultra-classique: la mère, chaleureuse, autoritaire et patronne de la famille, l'homme glandeur, infantile et irresponsable, et l'ensemble, toujours prêt à rire et à chanter. Comme Lucien Jean-Baptiste est lui-même Antillais, on ne saurait le lui reprocher, d'autant qu'il a réussi une comédie populaire et sympathique.
À partir de 8 ans.
 
LE CHIHUAHUA DE BEVERLEY HILLS de Raja GOSNELL (Disney)
Sortie le 25 mars. Durée : 1h32
Un chihuahua est un petit chien avec de grandes oreilles et des yeux globuleux. Chloë est une délicieuse chihuahua de luxe avec les oreilles et le nez roses et des parures ridicules que lui dispense sa riche maîtresse. Celle-ci partant en voyage confie Chloë à sa nièce, une tête-en-l'air qui fait une virée au Mexique où elle perd Chloë. La pauvrette erre loin des fastes de Beverley Hills et se trouve aux prises avec un organisateur de combats de chiens qui veut l'opposer à l'horrible Diablo, un gros chien noir et sanguinaire. Heureusement, Delgado, le berger allemand l'aide à fuir et la protègera lors de ses futures aventures jusqu'à lui faire réintégrer ses pénates saine et sauve et retrouver le chien du jardinier qui lui faisait la cour. Le petit reproche que l'on peut faire au scénariste est d'avoir voulu corser l'intrigue à la fin, en y introduisant trop de complications (les enfants ont besoin d'histoires simples) et deux personnages virtuels, le rat et l'iguane, inutiles au récit, alors que les vrais chiens suffisent à nous enchanter.
Il faut admirer travail des dresseurs qui réussissent à rendre les chiens expressifs jusque dans leur regard.
Un très joli film qui divertira aussi bien les parent que leurs enfants
À partir de 4 ans.


Février 2009
 
LA VAGUE de Dennis GANSEL
Sortie le 4 février 2009. Durée : 1h48.
Ces lycéens allemands en ont assez qu'on leur parle du nazisme: c'est de l'histoire ancienne, ça ne peut plus se passer aujourd'hui ! Leur professeur leur propose alors une expérience dans leur classe sur "comment s'installe l'autocratie et comment elle prospère". Il commence par imposer une discipline stricte, agrémentée de conseils hygiéniques: respirer à fond, se tenir droit. Puis il donne corps à la communauté-classe en leur donnant des responsabilités de groupe et en leur désignant un ennemi commun: la classe d'en-dessous. Vient alors l'uniforme, une chemise blanche pour tous. Et quand Karo arrive en rouge, elle se fait huer.
Les élèves adhèrent tellement bien qu'ils proposent eux-mêmes les ingrédients suivants: le salut, le logo qu'ils vont taguer dans toute la ville, puis ils se mettent à harceler les déviants. Finalement, ils en redemandent et refusent que l'expérience se termine comme prévu. Jusqu'au drame final, le professeur ayant été débordé par sa démonstration sur la naissance du fascisme.
Ce phénomène n'est pas exclusivement allemand, un professeur américain ayant réellement instauré une expérience assez semblable avec la même flambée d'adhésion: ( lire "La Vague" de Todd Strasser, traduit en français, 16,90 euros)
Un film coup de poing, dans le sens positif du terme, parce qu'il fait réfléchir sur la fragilité humaine devant l'endoctrinement et la manipulation. Remarquable!
À partir de 14 ans.
 
PUISQUE NOUS SOMMES NES
de Jean-Pierre DURET et Andréa SANTANA

Sortie le 4 février. Durée : 1h30.
Ca se passe au Nordeste, la région la plus déshéritée du Brésil. Les réalisateurs, qui ont passé six mois sur place, nous invitent à suivre l'existence et les pensées de deux gamins de 13 et 14 ans, Nego et Cocada. Tous deux hantent une énorme station-service où transitent les camions, avant de reprendre le trafic intense qui les conduira à Sao- Paulo. Cocada veut devenir chauffeur routier, comme son protecteur. Il dort dans une cabine de camion car son père a été assassiné et sa mère ne veut plus de lui
Nego, lui, a neuf frères et soeurs et rêve de partir pour gagner de l'argent. Mais il a une mère qui l'aime et voudrait qu'il aille à l'école. Cette mère-courage reste désarçonnée quand sa fille lui pose une question sur les hommes: elle qui a eu neuf maris, sait-elle ce qu'est l'amour ? Quant aux gamins, leurs propos sur leur vie future est d'une étonnante authenticité. Même s'ils travaillent dur dès maintenant pour des gains dérisoires,, ils refusent le vol et la mendicité. Ils inventent un scénario pour se faire donner gentiment un vrai travail, car pour eux, le travail reste la vertu cardinale.
Leur énergie dans l'espoir d'une vie meilleure sauve le film du désespoir.
À partir de 14 ans.
 

PICNIC de Adrian SITARU
Sortie le 4 février. Durée : 1h24.

Il paraît Mihail et Mina vont à la campagne un dimanche pour y pic-niquer. C'est elle qui conduit car son amant n'a pas le permis. Mais il ne cesse de la harceler sur sa façon de conduire. A force de tension et de chamailleries, elle renverse une jeune femme sur une route isolée. Faut-il la conduire à l'hôpital ou faire comme si de rien n'était? Finalement, ils couchent la femme inanimée dans leur voiture, et, arrivés dans la forêt où ils l'ont débarquée, elle se réveille toute guillerette et se présente, Ana, puis demande à les accompagner à leur pique-nique. Babillant ingénuement, elle jette le trouble entre les deux amants: a-t-elle été accidentée ou non? Veut-elle séduire Mihai, qui pêche consciencieusement, et le souffler à Mina ou est-ce celle-ci qu'elle convoite? Et que vient faire cet homme rencontré par hasard au bord de la rivière et qu'elle dit connaître depuis longtemps ? Quel rôle joue donc cette fille bizarre, manipulatrice et perverse ? Le réalisateur ne donne aucune explication, mais l'on peut supposer qu'Ana sert de catalyseur entre les deux autres, pour les pousser à des relations plus sereines et plus sincères. Quoique énigmatique, ce film étrange est plaisant par son atmosphère bucolique et la licence d'interprétation qu'il laisse au spectateur.
À partir de 15 ans.
 
 
EDEN A L'OUEST de COSTA-GAVRAS
Sortie le 11 février. Durée : 1h50.
Elias est un clandestin qui essaie de rejoindre l'Europe de l'ouest sur un "Boat-People". L'arrivée se révélant hasardeuse, il se jette à la mer pour éviter le pire. Il débarque sur la plage d'un club ultra chic où on le prend pour un membre du personnel et où une blonde cliente lui prodigue ses faveurs. Mais la chance tourne et Elias doit affronter des aventures semées de policiers inquiétants avant d'arriver à Paris où un magicien de rencontre lui a donné rendez-vous. Beaucoup de gens ont cherché à l'aider, d'autres à l'escroquer ou à l'exploiter. Costa-Gavras compare l'épopée d'Elias avec celle d'Ulysse. Pourtant Ulysse avait quitté Ithaque, dont il était roi, pour aller à la guerre et non chassé par la misére ou les persécutions. La comparaison vaut pour le personnage: comme Ulysse, Elias est beau, intelligent, débrouillard, adaptable à toutes les situations. Il cherche à apprendre la langue du pays qu'il convoite, il pourra s'intégrer sans problèmes. Comme Ulysse aussi, il affronte des situations inattendues mystérieuses, indéchiffrables que seule son astuce peut décrypter et résoudre. Comparé à l'Odyssée, le périple d'Elias est magnifié. Il devient une errance plutôt qu'une fuite. Mais si l'Eden de l'Ouest n'est, pour l'immigrant actuel qu'un rêve de beauté et de vie facile, il risque de le décevoir, comme pour ce compatriote d'Elias qui a expérimenté l'exclusion sans espoir des sans-papiers et préfère rentrer au pays.
Costa-Gavras nous avait habitués à des films plus austères, celui-ci n'est pas dénué d'humour et nous séduit par sa diversité, son invention et, comme toujours, par sa remarquable réalisation .Un film magnifique.
À partir de 12 ans
 
LA PETITE FILLE DE LA TERRE NOIRE de JEON SOO-IL
Sortie le 11 février. Durée : 1h29.
Cette fillette Young-lim, vit avec son père et son grand frère attardé mental dans un pauvre village coréen. Elle soigne et surveille son frère , qui s'enfuit parfois de la maison pour faire des bêtises, comme une petite maman . Le père travaille à la mine de charbon, mais, atteint d'une maladie professionnelle, il perd son emploi. Sa fille l'aime et cherche à l'aider, mais il sombre dans l'alcoolisme et devient une loque. Young-lim, toujours décidée, va donc régler les problèmes familiaux à son idée. Naturellement, on ne peut rester insensible aux aspects documentaires du film, la vieille mine, l'absence de protection sanitaire et sociale des mineurs, les maisons délabrées etc... Il y a encore beaucoup à faire en Corée. Mais le plus intéressant est ce portrait d'enfant "parentalisé" qui existe parfois dans les familles où les parents sont défaillants: ceux-ci se sentent tellement responsables de toute la famille qu'ils en oublient leur statut d'enfant et l'insouciance qui devrait l'accompagner.
Un beau film tragique éclairé par uun visage d'enfant.
À partir de 14 ans.
 
LE CODE A CHANGE de Danèle THOMSON
Sortie le 18 février. Durée : 1h40.
Ils se retrouvent tous les 21 juin, fête de la musique, pour dîner ensemble. Certains sont avocats, médecins, et se confient mutuellement leurs maladies et leurs divorces. Le dîner lui-même scintille de traits d'esprit, de plaisanteries osées, de fausses confidences, de révélations inattendues. on est gais, car on est aussi en représentation. On garde par-devers soi, ses chagrins, ses aversions, ses rancunes, ses doutes, ses désirs inavoués. Aller bien est entre eux une forme de politesse et même uune injonction sociale. Mais, grâce au film, le spectateur, lui, connaît le revers des médailles. Privilège exquis! De 21 juin en 21 juin, les choses changent, à l'intérieur du groupe, des couples se dé-composent et se re-composent. On a l'impression d'un jeu un peu pervers et de peu de gravité entre ces amis qui se connaissent si bien et n'ont pas conscience des dégâts qu'ils commettent. Pourtant, Danièle Thomson aime que la morale soit sauve, que la fidélité perdure, que les unions se cimentent, même si elles paraissent improbables, comme celle de la jolie Juliette avec son loup de mer décati, et que la grossesse raccommode les couples Son objectif, dit-elle, est de tenir le spectateur entre un éclat de rire et une émotion. Objectif atteint, on a l'impression d'appartenir à ce groupe, d'être avec eux sur l'écran, ce sont nos amis proches ,On les reverra le prochain 21 juin.
C'est un film brillantissime, au scénario travaillé, à la réalisation parfaite, l' un de ceux qu'il ne faut pas manquer si on veut garder le moral. Avec une "pléiade de vedettes"!
À partir de 15 ans.

 

AU DIABLE STALINE, VIVE LES MARIES de Horatiuu MALAELE
Sortie le 18 février. Durée : 1h27.

En 1953, les Russes ont rasé un village roumain pour y construire une usine. Une équipe de cinéastes reconstitue l'histoire. Dans ce village isolé, un groupe de vieux ivrognes passent leurs journées à emplir le bar de leurs rigolades en se lançant des vannes. Ils apprennent un jour que Ana et Iancu, les enfants de deux des leurs ont décidé de se marier. Tout le village se met à préparer une fête à tout casser. Mais alors que les tables sont dressées dans la cour et que le cortège de la noce revient de l'église, un officier russe vient annoncer la mort de Staline et l'interdiction immédiate de toute festivité. Plutôt que d'obéir, les villageois malins rentrent tout dans la maison et décident de faire la fête silencieusement. Les braillards s'astreignent à manger et boire en silence, on applaudit en silence les mariés qui dansent en silence. L'histoire finira tragiquement, mais auparavant le spectateur aura partagé la bonne humeur iinaltéable de ces paysans et admiré leur trouvaille énorme de résistance passive à l'occupant.
Un film à la Kusturika, déchaîné et truculent.
À partir de 15 ans.
 
 
HERBE de Matthieu LEVAIN et Olivier PORTE
Sortie le 18 février. Durée : 1h16.
Au début de ce documentaire, un paysan breton cueille des herbes dans sa prairie et nous désigne celles qui sont à supprimer car les vaches ne les mangent pas. Nous sommes au coeur du problème posé par le film. Car cet éleveur et d'autres autonomes ont choisi de nourrir leurs vaches uniquement avec l'herbe de leurs prairies alors que les partisans du productivisme y ajoutent du maïs, cultivé, donc consommateur d'énergie et du soja importé du Brésil. Il faut naturellement aux herbagers une gestion intelligente et rationnelle de la prairie, mais il existe des formations dispensées par leurs groupements. Et ces éleveurs ont moins de travail et les mêmes rendements financiers que les autres. Alors pourquoi perpétuer l'ancien système? Parce que les subventions vont à ceux qui coûtent plus cher à la collectivité et polluent davantage. On a donc à faire à une politique absurde parce qu'il y a des lobbies à ménager.
Un film extrêmement intéressant, aussi bien pour les consommateurs que pour les producteurs 14 ans (film à projeter dans les lycées agricoles).
À partir de 15 ans.

 
NOISE de Henry BEAN
Sortie le 25 février. Durée : 1h30.
David Owen est exaspéré par le bruit qui règne à New-York: moteurs, claksons, avertisseurs de recul, et, par-dessus tout ces alarmes de voitures qui se déclenchent sans raison et n'en finissent pas de hurler. A force de souffrir du bruit, David passe à l'action: il casse une vitre pour débrancher l'engin, ce qui est un délit .La première fois qu'il comparaît, le juge se montre clément. Mais lorsqu'il récidive, il va en prison. Il a pris le nom populaire de "Rectificateur" et commence à faire des adeptes. Pourtant, il risque de perdre sa famille car sa femme n'accepte pas sa mise hors la loi. Les arguments de David sont forts: "On m'accuse d'agression contre la propriété privée qu'est une voiture, mais les bruits qui s'en dégagent sont une agression contre le sommeil, la tranquillité, la concentration de milliers de citoyens désarmés." Bref, ce "Rectificateur" est un chevalier blanc qui, luttant pour notre sérénité, ose les actes répréhensibles dont tout le monde a tellement envie, mais que l'on n'ose pas par peur des représailles.
C'est un film roboratif, qui nous fait prendre conscience de notre passivité devant une plaie de notre temps contre laquelle on a si peu de remèdes..
À partir de 15 ans.

 
MISS PETTIGREW de Bharat NALLURI
Sortie le 25 février. Durée : 1h32.
Londres en 1939. Miss Pettigrew vient de perdre sa place de gouvernante. Elle est à la rue et mange à la soupe populaire. Elle utilise alors un subterfuge pour pénétrer chez une actrice et se faire embaucher. Sa nouvelle patronne est une ravissante fofolle, tellement courtisée qu'elle dit oui à tous les hommes dont elle ne sait plus comment se dépétrer. Miss pettigrew prend alors les choses en mains, apprend à Delysia à dire non et à découvrir qui l'aime vraiment, et la sauve du ridicule et de l'erreur. Délisia, reconnaissante l'entraîne dans son monde de luxe et d'insouciance malgré la guerre qui est proche et la gouvernante aussi trouvera l'amour et le bonheur. C'est une comédie légère, légère, tellement bien transposée qu'on la croirait tournée au siècle dernier.
À partir de 12 ans.
 
CYPRIEN de David CHARHON
Sortie le 25 février. Durée : 1h38.
Cyprien, c'est Elie Semoun, le loser, le bigleux, l'as de l'informatique et des jeux vidéo, que tout le monde aime bien et dont on se moque gentiment. Ill travaille à la rédaction d'un magazine de mode très branché. A cause d'une machination ourdie traîtreusement par le fils de la patronne (Laurent Stoker, qui joue merveilleusement les têtes à claques), Cyprien perd son emploi. Grâce à son spray magique il se transforme alors en un play-boy irrésistible et revient incognito briguer son emploi resté vacant. Embauché illico, il devient le chouchou de toute la rédaction et gagne le coeur de celle qu'il aimait en silence. On ne rit pas à gorge déployée, mais c'est une agréable comédie.
À partir de 12 ans.