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Notre Sélection Coup de Coeur 
par Françoise Emery
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Nouvelle
rubrique !
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- mars 2007 |
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Un
fils dans la tête
Il est un petit livre dévastateur, écrit par une
écorchée vive, une femme privée d‘enfance
et d’adolescence, et qui a mené sa vie comme elle
pouvait, entre petits boulots et écriture, portant au plus
haut sa joyeuse liberté dans la tempête. Et un événement
bouleverse et oriente sa vie. Elle, la « femme blême
», adopte un « enfant noir », le bébé
d’une jeune amie débordée par sa progéniture.
Adoption à l’amiable, bien sûr, et la maman
viendra de temps en temps voir l’enfant. Après, viendra
le temps des papiers, pour essayer d’apaiser les commentaires
« racistes », oui, et d’ailleurs dans les deux
sens… Horreur du racisme banal, départ des amis qui
cassent l’amitié si bien installée, mais de
tout cela Jonathan n’en a cure, qui prend possession des
lieux, et surtout du cerveau et du cœur de sa mère
dont la vie prend une dimension épique, au service de cet
enfant, puis de l’adolescent qui échappe de plus
en plus au carcan des conventions. Une magnifique histoire d’amour,
avec ses phrases à l’emporte-pièce et ses
colères de torrent.
Ingrid Naour / Le cherche midi / Paris /
2006 / 123 p. / 10 € |
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Le
temps des victimes
ll suffit de lire les magazines ou de regarder la télévision
pour constater que les victimes sont devenues les héros
de notre société du spectacle. Caroline Eliacheff,
psychanalyste « engagée » sur le plan social,
et Daniel Soulez-Larivière, avocat réputé,
croisent leurs expériences pour analyser ce phénomène
qui prend en France une place grandissante, et contribue à
promouvoir une sorte de politique vertueuse de la compassion,
menant à une surenchère de l’émotion
très proche de la démagogie. Cette sensibilité
à la victime, ainsi que le développement de divers
services d’assistance, ont donné naissance à
une nouvelle science, la victimologie, et à de nombreuses
associations, qui risquent d’aboutir à soutenir des
politiques répressives. On voit les victimes devenir de
plus en plus un enjeu électoral, et la politique devient
réparation des préjudices subis. C. Eliacheff et
D. Soulez-Larivière analysent cette obligation compassionnelle
comme un avatar de la démocratie, nourri par un sentiment
très partagé?: nous sommes tous semblables, tous
égaux devant l’obligation de créer notre propre
vie, d’être ce que l’on est. De là naît
la tension entre performance et victimisation. Les victimes n’ont
pas choisi de l’être, mais être victime rejoint
la définition du héros moderne, celui qui se détache,
celui qu’il faut soutenir, dans un monde au système
binaire, sans transcendance, habité par des héros
– victimes à défendre - et des coupables à
châtier, et ce châtiment invite à une répression
sans faille et un partage de la société entre innocents
et coupables qui a des implications politiques redoutables. Certes,
les auteurs ne cherchent à condamner ni les associations
ni la justice, mais ils en appellent à l’éducation
pour mettre fin à cette logique qui parfois fait rechercher
le coupable comme en d’autres temps on cherchait le diable.
Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière
/ Albin Michel / Paris / 2007 / 290 p. / 20 € |
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La
vie du père célibataire
Jacques est « un de ces papas du dimanche, un nouveau père
face à de nouveaux défis », comme disent les
magazines. Chaque week-end il emmène au square son fils
Basile qui a 5 ans. Depuis deux ans qu’ils se sont séparés,
sa compagne et lui, il a dû renoncer à être
le père de famille qu’il avait rêvé
d’être. La famille recomposée, aussi, il y
a renoncé, il se contente d’une famille décomposée,
comme tant de parents d’aujourd’hui. Les enfants,
eux, font avec ce qu’ils ont… Chronique douce-amère
et désenchantée d’une vie coupée en
deux, ce livre, entre autobiographie et enquête, est écrit
par un journaliste et illustré par une dessinatrice de
BD qui sait à merveille croquer les petites tranches de
vie de ce célibataire partagé entre des semaines
d’ado attardé et des week-ends consacrés à
créer du bonheur pour son fils qu’il voit si peu…
Difficile de trouver un ton plus juste…
Jacques Braunstein et Fanny Dalle-Rive /
Hachette Littératures / Paris / 2006 / Coll. « La
Fouine illustrée » / 90 p. / 14€ |
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Petit
traité des conflits ordinaires
Une nouvelle collection de vulgarisation aux éditions du
Seuil. Dominique Picard et Edmond Marc, tous deux professeurs
de psychologie, portent leurs recherches sur la communication
et les relations interpersonnelles et viennent de publier un Petit
traité des conflits ordinaires, qui est écrit dans
un style alerte et vivant, dans le but de nous aider à
comprendre les raisons de nos incompréhensions, à
saisir les sources des conflits quotidiens, de manière
à y faire face d’une manière positive et raisonnée.
Dominique Picard et Edmond Marc / Seuil
/ Paris / 2007 / 260 p. / 18€
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Pourquoi
on nous a séparés ?
Récits de vies croisées : des enfants placés,
des parents et des professionnels
Un livre dérangeant sur le thème du placement d’enfants,
voilà ce que nous propose Christine Abels-Eber, docteur
en sciences de l’éducation et formatrice à
l’Institut de travail social de Tours. Elle avait déjà
abordé ce thème dans un ouvrage paru chez l’Harmattan
en 2000, intitulé Enfants placés et construction
d’historicité. Dans ce nouveau livre, elle interroge
directement les enfants placés ainsi que leur mère.
Elle s’est donné pour but d’écouter
et de faire comprendre la souffrance des enfants et de leurs parents,
d’analyser les actions positives et négatives des
travailleurs sociaux et des systèmes de protection de l’enfance.
Elle connaît toute la complexité de ces problèmes
et se garde de tout jugement quant au fait de la séparation
d’un enfant et de sa mère et de son placement en
institution ou en famille d’accueil. Loin de toute tendance
moralisante, elle s’efface devant les plaintes, les récriminations
de ceux dont elle veut être la porte-parole. Ainsi des enfants
Rémi et Max, envoyés dans une institution à
la suite de graves disputes entre les parents. Et Cathy, racontant
la « descente aux enfers » vécue pendant les
six ans que dura le placement de son enfant à l’Aide
sociale. Ainsi de Marie, qui a dû affronter un véritable
« parcours du combattant » pour retrouver progressivement
ses enfants, parcours attesté aussi par l’assistante
maternelle et l’assistante sociale. Le lecteur découvre
ainsi un univers de souffrance et d’incompréhension
réciproque qui ne doit pas rester caché, sauf à
engendrer de plus en plus de problèmes et de violence.
Un livre d’une extrême importance, clair par la langue,
et savant par un art tout particulier de mettre les problèmes
à leur place.
Christine Abels-Eber / Préface d’Eugène
Enriquez / Éditions Érès / coll. «
sociologie clinique » / 218 p. / 23€
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Mais qu’est-ce qui passe par la tête des méchants
?
« Méchante ! », dit l’enfant à sa
mère qui lui refuse un bonbon. À première vue,
ce mot de méchant fait partie avant tout du vocabulaire enfantin.
Michel Fize, lui, estime – et démontre- que le problème
de la méchanceté mérite d’être
pris au sérieux. Dans un livre alerte, qui étudie
les différents usages de ce mot, il dissèque certains
tics de vocabulaire, certains comportements, traque les origines
de la méchanceté, donne au lecteur une description
savoureuse de la « galerie des méchants » et
une analyse fouillée des causes et des lieux de la méchanceté.
Un livre positivement méchant, en même temps que savoureux,
sur la méchanceté de la vie.
Michel Fize / Les Éditions de l’Homme
/ Paris / 2006. |
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Quand
on n’a plus que son corps
Certains événements récents, comme l’installation
de SDF sur les berges du canal Saint-Martin à l’initiative
des Enfants de Don Quichotte, ont obligé la société
civile et le gouvernement à réagir dans l’urgence
devant l’étalement de la souffrance de ceux qui vivent
dans la précarité, alors qu’ils sont nombreux,
parmi ces exclus, à avoir un emploi ou le RMI. Cette précarité
subie parfois depuis de longues années a créé
des logiques de survie qui ne permettent pas aux précaires
de prendre soin de leur corps. Et pourtant ce corps est leur seule
et unique ressource… N’avoir que son corps, c’est
l’inscrire dans une trajectoire impitoyable entraînant
en fin de compte des dégradations irréversibles.
Gisèle Dambuyant-Wargny, sociologue, enseigne et mène
des recherches dans le champ de la précarité et
du travail social. Elle a mené une enquête sociologique
en disséquant les logiques de « gestion » du
corps précaire que notre société et les divers
professionnels ne prennent pas en compte. Préfacé
par Georges Vigarello, cet ouvrage permet une étude approfondie
de la manière abusive dont les précaires maltraitent
leur corps, surexposé, surexploité sur tous les
plans. L’auteur remarque que la gestion sociale actuelle
ne prend pas assez en compte la trajectoire corporelle de ces
exclus, qui exclut toute vie normalisée. Un outil remarquable
pour les professionnels.
Gisèle Dambuyant-Wargny / Préface
de Georges Vigarello / Armand Colin / Paris / 2006 / 240 p.
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| Décembre
2006 - janvier 2007 |
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Les
sexualités initiatiques. La révolution sexuelle
n’a pas eu lieu
Certains le déplorent, d’autres s’en accommodent
comme ils peuvent, nous vivons actuellement dans une société
dépourvue de ces rites, souvent d’origine religieuse,
qui en d’autres temps, ou en d’autres lieux, servaient
de balises aux adolescents. Aujourd’hui chacun se voit dans
la nécessité d’inventer sa propre vie. Les
années soixante, celles de la révolution sexuelle,
les avancées du féminisme (contraception, avortement),
les mouvements gays, ont pu laisser croire à la possibilité
d’une libération, mais c’était avant
le sida et le retour d’un certain ordre moral. Thierry Goguel
D’Allondans, éducateur spécialisé pendant
près de vingt ans auprès de jeunes et d’adultes
en grande précarité, est aussi docteur et chercheur
à l’université. Il nous présente un
livre d’une très grande richesse, nourri d’une
large érudition et appuyé sur de nombreux témoignages.
Il étudie ce que peut représenter dans une anthropologie
de l’adolescence le fait d’être soutenu par
des rites, ou pas, et ce que pouvaient représenter autrefois
les arts et traditions populaires dans une éducation à
la sexualité. Il étudie aussi les éléments
sociaux et culturels de l’accès à ce domaine
dans le monde moderne. Les premières fois, qui doivent
permettre de composer avec les morales du groupe, la découverte
et l’apprivoisement des corps, les remaniements pubertaires
qui s’ensuivent sont abordés à travers différents
témoignages et œuvres littéraires. L’auteur
souligne que la question n’est pas tant de savoir à
qui confier l’éducation sexuelle de nos enfants que
de pouvoir collectivement offrir une parole et transmettre. Pour
que des lendemains puissent advenir.
Thierry Goguel D’Allondans / Belin
/ Paris / 2005 / Coll. «Nouveaux Mondes» / 200 p.
/ 19€ |
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Enfermer
ou éduquer ? Les jeunes et la violence
Il est polytechnicien, prêtre et éducateur de rue.
Il dirige l’Institut de formation aux métiers de
la ville (IFMV). Il constate la montée de la violence dans
la famille, à l’école et dans la rue et s’inquiète
de voir resurgir jusque dans les plus hautes instances du pays
la tentation de l’enfermement. La délinquance des
jeunes, selon lui, relève plus d’une éducation
et d’une société au fonctionnement incohérent
que d’une criminalité à enfermer. L’incohérence
des familles, comme de l’école et des politiques
ne permet pas aux jeunes de se structurer, et les centres fermés
sont de véritables prisons, qui ne méritent en aucun
cas le mot éducatif. L’auteur souligne le niveau
élevé d’innovation et de formation nécessaires
pour aider ces jeunes à la dérive. Enfin il rappelle
le mot d’un grand éducateur du xixe siècle,
Jean Bosco : « Ne tardons pas à nous occuper des
jeunes, sinon ils ne vont pas tarder à s’occuper
de nous… » C’est mal parti…
Jean-Marie Petitclerc / Dunod / Paris /
2005 / 150 p. / 15€ |
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Éloge
du secret
Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste, enseignant
à Paris VII et auteur de travaux internationalement reconnus
sur la filiation, jette un pavé dans la mare de cette sorte
d’aura maléfique qui entoure à notre époque
le secret, qu’il soit dit « de famille » ou
pas, et qui fonctionne comme une injonction de tout dire, en privé
ou à la télévision, dans des sortes de messes
cathodiques destinées à « organiser le marché
de l’émotion ». En somme, traquer les fantômes
du passé constituerait une action prophylactique pour les
générations futures. Le secret serait le bourreau
du psychisme, avec la parole comme médicament. Mais l’injonction
de tout dire, par exemple à un enfant lors d’une
psychothérapie, et la culpabilisation du silence, peuvent
être une forme destructrice de violence psychique, voire
de maltraitance. Le secret est à l’origine de tout
fantasme et à la base de toute pensée. L’auteur
donne plusieurs exemples à méditer sur ce que peut
être une fonction positive du secret : ainsi dans le cas
d’un don d’organe, le secret peut permettre un travail
fantasmatique très important, plus qu’une problématique
de dette, et permettre à la famille de s’approprier
le don en toute liberté. Dans certains cas d’inceste,
voire d’abandon, ou de maladie grave, respecter le secret
peut protéger la cohésion de la pensée, en
respectant l’intimité et la capacité de rêverie
du sujet, dans une fiction qui lui permet de se réapproprier
son histoire. « L’espace du secret, écrit l’auteur,
est la seule façon de surmonter les désillusions
propres à la réalité. »
Pierre Lévy-Soussan / Hachette-Littératures
/ Paris / 2006 / 190 p. / 16,50€ |
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Liberté
Sexualité Féminisme
50 ans de combat du Planning pour les droits des femmes.
En 1956, il y a juste cinquante ans, était créée
l’association Maternité heureuse qui devint dès
1960 le Planning familial. Ce même Planning publie aujourd’hui
à La Découverte le récit, enrichi de centaines
de documents, de cinquante ans de combat pour les droits des femmes,
récit intitulé Liberté, sexualité,
féminisme. Sa lecture nous plonge dans des temps (heureusement)
révolus, dont on peine à croire qu’ils ont
vraiment existé. L’obligation d’enfanter, ou
l’abstinence sexuelle ; les premiers pas du Mouvement, dans
la plus totale illégalité, l’opposition résolue
du Parti communiste, de l’ordre des médecins et de
l’Eglise catholique, la loi Neuwirth sur la contraception
en 1967. Puis ce fut l’ébranlement de Mai 68, qui
divise le mouvement, le Manifeste des 343, coup d’éclat
en faveur de l’avortement, puis les manifestations, jusqu’à
la loi Veil, laquelle précède une nette politisation
des mouvements de femmes, avec l’arrivée de la gauche
au pouvoir… et une nouvelle priorité dans les luttes
des femmes, celle des diverses violences auxquelles elles sont
exposées. Enfin, à l’orée du nouveau
siècle, on ne saurait oublier le danger du retour à
un ordre moral dans un monde envahi par les néo-conservateurs.
On les retrouve toutes avec leurs articles de l’époque,
dans cet ouvrage-somme, ces vaillantes lutteuses qui ont permis
une liberté toujours menacée.
Mouvement français pour le Planning
familial / Préface de Janine Mossuz-Lavau / La Découverte
/ Paris / 2006 / 260 p. / 20€ |
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Bonne
nuit, doux prince
Et voici un roman, qui peut-être n’en est pas un.
Une histoire de bonheur triste, de paroles non dites, d’élans
réprimés, et pourtant une magnifique histoire d’amour
entre trois êtres taciturnes qui n’arrivent pas à
croire au bonheur, mais vivent des moments de grâce qui
illumineront leur vie. L’amour si fort et si pudique entre
les parents, les journées de pêche au bord de la
rivière entre le père et le fils – bonheur
parfait – mais il y a aussi la médiocrité
de la vie matérielle dans la France d’après
guerre, et surtout la difficulté des mots. Celle qui sépare,
malgré eux, le père et le fils, et c’est le
fils qui raconte, dans une langue épurée toute en
nuances, les retrouvailles après une douloureuse séparation,
l’ultime geste de tendresse du père sur son lit d’hôpital,
si vite réprimé mais reçu comme un viatique.
Un magnifique roman d’amour, sobre et poignant, écrit
comme si les mots pouvaient pallier l’absence.
Pierre Charras / Mercure de France / Paris
/ 2006 / 114 p. / 13€ |
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Parias urbains.
Ghetto - Banlieues - État
Dans tous les pays existent des quartiers abandonnés dans
lesquels se retrouvent les populations en difficultés.
Mais la marginalité urbaine n’est pas partout tissée
de la même étoffe. Dans les grandes métropoles
des États-Unis, ces quartiers sont enclavés comme
des ghettos au cœur des cités déserté
par les classes moyennes au profit des banlieues avec jardin et
piscine, alors qu’en France les pauvres sont plutôt
exilés hors de la grande ville, dans des quartiers dépourvus
de transports, de magasins et autres lieux d’investissement
social. Le sociologue Loïc Wacquant qui a vécu au
sein du ghetto noir de Chicago et enseigne aux États-Unis
et en France, nous livre le résultat d’années
d’enquêtes et de recherches en France, aux États-Unis
et en Amérique Latine. Son analyse, solidement étayée
mériterait d’être étudiée par
les décideurs politiques. Elle démontre que l’implosion
du cœur noir de la grande métropole qu’est Chicago
s’explique par le retrait de l’économie salariale
et de l’État-providence créé par des
politiques publiques de ségrégation et d’abandon
urbain. Au contraire, la prolifération des « quartiers
à problèmes » au pourtour des villes européennes
traduit la décomposition des territoires ouvriers sous
l’effet à la fois de la désindustrialisation,
de la précarisation du travail, et du brassage ethnique
brutal des populations. Un outil précieux pour revigorer
le débat public sur les inégalités sociales
et la citoyenneté, et pour éclairer le regard porté
sur ces quartiers par une France inquiète et prête
à toutes les mesures démagogiques à court
terme.
Loïc Wacquant / La Découverte
/ Paris / 2006 / 340 p. / 23€ |
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