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Livres
présentés par Françoise
Emery
| Sélection
de Février / Mars 2010 |
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UNE
SEMAINE SUR DEUX!
Dr
Marie-Claude Vallejo, Anne Lamy
Sept ans après la loi de mars 2002 qui rendait légitime
la résidence alternée, force est de constater
son succès :11 % des enfants de parents séparés
vivent en résidence alternée ; chiffre porté
à 20 % selon certains. Les ¾ ayant entre 6
et 11 ans.
Si juges, experts et psys y voient une façon de maintenir
le lien familial, dans la pratique, le principe n’est
pas toujours simple à mettre en œuvre et peine
souvent à satisfaire à la fois parents et
enfants. Et ce qui convient à un moment n’est
plus nécessairement bon quelques années plus
tard. Loin de la polémique (quelques pages rappellent
la publication en 2006 du livre noir de la résidence
alternée) ce petit livre clair, concret, aborde l’ensemble
des questions pour aider les familles à trouver leur
propre solution.
Comment faire donc pour qu’elle n’enferme pas
dans un carcan trop rigide et puisse évoluer si l’on
sent que l’enfant ne s’y retrouve plus. Car
son exercice repose sur une exigence : la coparentalité.
« Cet enfant s’élève à
deux », rappellent les auteurs, « et si on veut
ignorer ce qu’il vit dans l’autre maison »,
c’est lui qui en paiera le prix.
Résidence alternée,
on arrête ou on continue ? / Dr Marie-Claude Vallejo,
Anne Lamy / Coll. C’est la vie aussi / Albin Michel
/ 2010 / 9e
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Quand
ils vont mal
Xavier
Pommereau
Il
y a Hélène, Catherine, Barbara, Nacéra…
Xavier Pommereau, psychiatre, responsable du Pôle
aquitain de l’adolescent au CHU de Bordeaux a recueilli
le témoignage de six mères. Elles sont en
vrac, désemparées, face à leur ado
qui part en vrille : alcoolisation massive, cannabis,
fugues, scarifications, violences, addiction aux jeux
vidéo, troubles des conduites alimentaires (TCA),
tentation suicidaire… Ils sont 15% en suffrance,
un sur sept, autant de mères mises à mal,
déboussolées, seules, surtout lorsqu’elles
ont leur propre raison de souffrir et quand les compagnons
semblent si peu présents, ou si peu aptes à
les épauler. Six histoires donc, six parcours de
vie à propos desquels Xavier Pommereau nous livre
sa propre analyse, tentant de démêler l’écheveau
qui a pu conduire à de tels désordres.
Point original : c’est à travers leur témoignage
qu’on découvre leurs ados. C’est par
leur parole qu’ils prennent corps : un corps qu’ils
maltraitent le plus souvent, affichant ce besoin impérieux
« de rompre au sens propre comme au figuré,
pour échapper aux angoisses, trancher dans le vif
des relations aux autres, se couper des souvenirs ou des
réalités jugées intolérables
ou encore substituer à la souffrance morale la
douleur physique ». Ces ados qui vrillent entraînent
et bousculent des équilibres familiaux souvent
précaires, et bien souvent ils puisent leur mal-être
dans un ferment familial douloureux et sans mots. Face
a toutes ces situations, le psychiatre n’a qu’une
certitude: aucun parent d’ado ne doit rester seul
face à ces difficultés même si «
la souffrance donne davantage envie de fuir ou de se replier
sur soi surstout lorsqu’elle est teintée
d’une pudeur impuissante et coupable. » Solliciter
l’aide d’un tiers pour y voir plus clair,
savoir de quoi on souffre, pour que chacun redéfinisse
sa place, pour aider son enfant à s’en sortir
: la démarche est essentielle. C’est à
ces mères qui ont eu ce courage qu’il rend
hommage.
Ados en vrille, mères
en vrac / Xavier Pommereau / Albin Michel / 2010 / 17
e.
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Coopérer
pour apprendre
Sylvain
Connac
Une somme que cet ouvrage affirme Philippe Meirieu. À
le parcourir il donnerait presque envie de retourner à
l’école, pour y apprendre autrement. Peut-être
en serions-nous devenus autres ? Car « L’école
coopérative c’est, au lieu de l’école
assise, dans le bourdonnement des vaines paroles, l’école
active… » explique l’auteur. On y apprend
par la coopération entre les personnes qui composent
le groupe.
Pas de recette à appliquer ni de manuel à
suivre, il s’agit plutôt d’une organisation
du groupe – qui tient compte des dernières
recherches – afin que chacun se sente en confiance
pour agir, en relation avec les autres. François
Connac, formateur et chercheur mais surtout maître,
au sein de l’équipe d’une école
coopérative à Montpellier (qui a reçu
le prix de l’innovation – 10 classes multi-âges
du CP au CM2), a rassemblé ici tout son savoir
et son expérience : culture de classe, tutorat,
entraide, médiation, et même discussion à
visée philosophique… Et, rassurons-nous,
il s’agit bien de transmettre des savoirs et de
construire des outils précis et des démarches
rigoureuses.
Un ouvrage fondamental, bientôt une référence
pour les praticiens, chercheurs et formateurs.
Apprendre avec les pédagogies coopératives.
Démarches et outils
pour l’école / Sylvain Connac / ESF éditeur
/ 23 e.
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Vivre
ensemble
Charles
Rojzman
Déprime, sentiment d’isolement, et d’insécurité,
désir de violence, conflits. Face à ces situations,
Charles Rojzman, sociologue et psychothérapeute a
mis au point une méthode d’intervention originale,
qui vise à concilier santé psychique et vie
sociale.
Bien vivre avec les autres
: une nouvelle approche: la thérapie sociale / Charles
Rojzman / Larousse / 2010 /18 e.
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Gosses
de qui ?
Martine
Segalen
A qui appartiennent les enfants ? La question est toute
simple, rarement posée de façon aussi directe.
Et pourtant elle interroge le plus largement possible
le regard que nous portons sur l’enfant, sa place
au sein dans la famille et plus globalement dans la société.
Martine Segalen, sociologue de la famille et directeur
de la revue Ethnologie française retrace en quelques
chapitres éclairants l’évolution de
ce regard et analyse cette part croissante de l’inscription
de l’enfant dans la société, alors
même qu’il est devenu « le bien le plus
précieux de ses parents ».
Simple enfant de la famille qui a besoin de bras pour
travailler, il devient au cours du XIXe siècle
enfant de la nation tout entière avec l’intervention
de plus en plus affirmée de l’État,
à la fois médecin, instructeur, moralisateur.
Il faut des enfants en bonne santé,
bons citoyens, bons combattants !
Mais c’est surtout l’avènement de la
contraception, dans les années 1970, qui fait basculer
son rôle. L’enfant est désiré,
à tel point, affirme l’auteur, que c’est
autour de lui que se fonde désormais la famille.
Placé au centre de notre société,
il a la lourde charge, dans une période d’instabilité
conjugale et de profondes transformations familiales de
maintenir la filiation. Désiré, écouté,
mais aussi victime de maltraitances, il devient, dans
le même temps, enfant public, protégé
pour lui-même par des droits qui lui sont reconnus.
« Enfant en multipropriété »
résume-t-elle, « concentré de contradictions
», tout à la fois surprotégé
et au cœur des tiraillements familiaux, il se retrouve
aussi de plus en plus otage de la société
de consommation, sous l’emprise des médias,
projeté de plus en plus tôt dans le monde
des grands et voit son enfance rétrécir.
Un livre lumineux, riche, qui bouscule les idées
reçues et ouvre une réflexion pertinente
sur le devenir des enfants d’aujourd’hui.
À qui appartiennent
les enfants ? / Martine Segalen / Tallandier / 2010 /
15 e.
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3e
dimension
Chantal
Wyseur
Professeur de sciences humaines dans un lycée de
Bruxelles, réfléchissant depuis longtemps
sur les méthodes de travail, rompue aux méthodes
de gestion mentale d’Arnaud de la Garanderie, Chantal
Wyseur, en 2006, se voit adresser par ses collègues
un jeune de 15 ans en grande difficulté. Dyslexique.
Il n’écrit pas, pas même ses rendez-vous
« c’est un supplice pour lui », et il
est incapable de décrire ce qui se passe dans sa
tête. Mais une chose est sûre, tout se passe
à une allure vertigineuse. Comprendre l’univers
mental si particulier des dyslexiques, incompris de leurs
parents et professeurs, éternels derniers de la classe,
qu’on catalogue « bêtes » ou «
paresseux » devient dès lors la préoccupation
principale de Chantal Wyseur. Elle découvre la méthode
de Ronald Davis, lui-même dyslexique Le Don de dyslexie
(1995) qui invite à pénétrer de plain
pied dans leur univers : leur notion du temps hors norme,
élastique, dilaté, ou rétracté,
selon l’action; leur faculté à générer
une image mentale en trois dimensions des objets qui les
entourent et à modifier leur perception… autant
de capacités qui paradoxalement les empêchent
d’accéder à la lecture et à l’écriture.
Un drame pour eux. L’auteur entend donc changer notre
regard pour qu’on s’adresse à eux de
façon adaptée, plus concrète, qui inscrive
le corps tout entier dans l’apprentissage. Or l’école
prend le chemin inverse. Et chaque jour, dans certaines
classes 20 à 40 % d’élèves ne
peuvent pas comprendre et réfléchir en s’appuyant
sur la lecture. « Leur tête est un grenier garni
de mots inertes, sans vie, sans mouvements ».
Passionnant. Et ce livre, qui pourrait n’être
que grisaille de lignes, est émaillé de dessins,
schémas, et phrases en gras… Cohérent
!
Le cerveau atemporel des dyslexiques.
Les comprendre et les aider / Chantal Wyseur / La Méridienne-Desclée
de Brouwer / 2010 / 15 e
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Silencieux
Laurent Danon-Boileau
Saluons la réédition de ce livre (Calmann-Lévy,
1995) de Laurent Danon-Boileau, thérapeuthe et linguiste,
qui nous rapporte le travail patient et obstiné qu’il
mène auprès d’enfants qui ne disent
rien, faute d’avoir trouvé l’accès
au langage.
L’enfant qui ne disait
rien / Laurent Danon-Boileau / Odile Jacob / 2010 / 23 e
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Actualité
des bébés
Laurence
Rameau
La remarquable collection 1001 BB d’Érès
s’enrichit de deux livres d’actualité,
documentés, qui interrogent la place que nous accordons
au jeune enfant dans notre société et les
choix politiques et économiques qui prévalent
aujourd’hui. Choix qui semblent de plus en plus s’éloigner
de l’intérêt supérieur de l’enfant
et de l’égalité des chances.
Le lendemain des crèches.Réinventer
l’accueil de la petite enfance / Laurence Rameau /
Érès /1001 BB / 2009 / 12 ..
École maternelle : cri d’alarme ! / Joss Berger
Tancerel, Michel Bergès /
2009 / 10 e
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| Sélection
de Novembre / Décembre 2009 |
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Famille
à tout prix
Geneviève Delaisi de Parseval
Après L’Art d’acccommoder les bébés,
après L’Enfant à tout prix, Geneviève
Delaisi de Parseval présente Famille à tout prix.
Pendant des années, elle a accompagné, en tant que
psychanalyste, des parents (ou des personnes seules) en mal d’enfant,
et elle a étudié l’évolution des techniques
de l’assistance médicale à la procréation,
ce qu’elle appelle plaisamment « la cuisine procréative
». Elle a aussi suivi jusqu’à l’âge
adulte de nombreux enfants nés parfois de « combinaisons
» hautement improbables, et dont elle connaît aujourd’hui
les petits-enfants. Il y a eu l’insémination artificielle
avec donneur (IAD), et l’invention de la fécondation
in vitro (Fiv), il y a eu le don d’ovocytes, le diagnostic
préimplantatoire, l’accueil d’embryon, la gestation
pour autrui… Un autre phénomène, d’une
extrême importance, a eu lieu, celui de la globalisation
de ces pratiques : les lois sont différentes selon les
pays, et, comme il y a eu un « tourisme de l’avortement
», ou un « tourisme de l’adoption », les
personnes en demande voyagent à la recherche de donneurs
ou de mères porteuses, au gré des différentes
possibilités, parfois rétribuées, ce que,
contrairement à d’autres pays, la France refuse.
À la lecture de ce livre, nourri d’histoires de cas,
le lecteur peut penser qu’il s’agit plus de prestigiditation
que de cuisine procréative… Mais Geneviève
Delaisi de Parseval est psychanalyste avant tout. Et, au-delà
de toutes ces péripéties, ce qui lui importe, c’est
le développement émotionnel et psychique de l’enfant.
Ce dernier a besoin, pour se développer harmonieusement,
« de deux adultes qui ont pu accomplir le travail psychique
de ce qu’on appelle, en psychanalyse, la parentalité…
L’identité, le moi de l’enfant, se forment
dans le creuset de la vie psychique, relationnelle et sexuelle
des adultes qui sont responsables de lui et qui l’élèvent…
» Mais il ne faut plus chercher ce qui « avant »
formait le « noyau dur » du roman familial freudien
dans toutes les configurations freudiennes. Le destin de ces enfants
leur appartient…
Geneviève Delaisi de Parseval
/ Seuil / Paris / 2008 / Col. La couleur des idées / 380
p. / 22€. |
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La
Mort
Dr Michel Hanus et Isabelle Hanus
L’enfant aussi peut se retrouver confronté à
la mort d’un être aimé, voire d’un animal
familier. C’est un moment difficile pour les parents qui,
déjà confrontés à leur propre douleur,
doivent en plus porter celle de leurs enfants, qu’il faut
aussi aider à vivre, tout simplement, et pour cela expliquer
l’inexplicable. Les éditions Nathan viennent de publier
un petit livre admirable destiné à aider les parents
à se préparer aux questions de leurs enfants au sujet
de la mort, celle des grands-parents, des parents eux-mêmes,
ou d’autres enfants… Des réponses simples, sans
tabou ni pathos, accessibles et adaptées aux différents
âges de l’enfant.
Dr Michel Hanus et Isabelle Hanus
/ Nathan
/ Paris / 2008 / Coll. J’en parle avec mon enfant / 86 p.
/ 7,50€ |
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Le
berceau vide
Deuil périnatal et travail du psychanalyste
Marie-José Soubieux
Le berceau est au cœur de l’espérance. S’il
reste vide, la vie vacille dans une terrible violence. Aussi les
équipes qui entourent les parents endeuillés doivent-elles
être pluri-disciplinaires, et comporter des psychiatres
et psychanalystes capables de les soutenir. Marie-José
Soubieux est pédopsychiatre et psychanalyste au Centre
de guidance infantile créé à Paris par Michel
Soulé. Elle témoigne, dans un livre issu d’une
longue réflexion appuyée sur sa pratique que la
perte d’un fœtus ou d’un bébé n’est
pas seulement une fin de vie mais que, avec l’écoute
et l’humanité d’un soignant, ce drame peut
susciter une nouvelle dynamique. Elle apporte de nouveaux éclairages
sur la notion de deuil précoce, de dépression, d’enfant
imaginaire, d’enfant virtuel, d’enfant de remplacement
et de parentalisation. Elle propose un autre regard sur la vie
familiale, notamment la fratrie et les grands-parents, et sur
la dynamique profonde d’une équipe lorsqu’elle
est confrontée au deuil.
Marie-José Soubieux / Préface
de Fernand Daffos / Volte-face de Michel Soulé / Érès
/ 2008 / www.edition-eres.com / Col. La vie de l’enfant
/ 190 p. / 25€.
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Ils
ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés
Journal de la consultation « Souffrance et travail
»1997-2008
Marie Pezé
Chacun peut constater dans son environnement la manière
dont le stress envahit le monde du travail. Harcèlement,
emploi précaire, déqualification, chômage,
épuisement physique et psychique, les maux sont multiples,
pouvant conduire au suicide, au point qu’il a fallu créer
au sein de la médecine du travail des cabinets de psychologues.
Christophe Dejours a été un des premiers à
dénoncer la souffrance au travail. Aujourd’hui c’est
une psychanalyste, Marie Pezé, qui avait créé
dès 1997 la première consultation hospitalière
spécialisée qui, après avoir participé
à la création d’un film intitulé Ils
ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés,
publie un livre du même titre. Elle dénonce dans
le monde du travail une « orgie de violence sociale »
dont, par ailleurs, elle n’est pas sortie indemne, ce qui
l’a amenée à arrêter ses consultations
pendant un certain laps de temps. Au fil des années un
réseau de consultations hospitalières spécialisées
s’est créé dans toute la France. La reconnaissance
de la souffrance au travail semble engagée désormais
dans des prises en charge judiciaires, dans l’espoir d’une
réparation. Mais quelle réparation possible pour
un emploi perdu, pour l’atteinte à la santé
mentale et physique, pour la perte du sens du travail, dans des
situations où le couple « pervers/victime »
a pérennisé une situation de harcèlement
? Et pourtant il faut parler, et tenter d’agir : les troubles
liés au travail s’aggravent et se généralisent.
L’hyperproductivisme est devenu la norme de toutes les entreprises,
fragilisant l’ensemble des salariés. Un diagnostic
qui est aussi un cri d’alarme.
Marie Pezé / Pearson Education
France / Paris / 2008 / Coll. Sciences humaines. |
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Mauvaises
mères
La vérité sur le premier bébé
Nadia Daam, Emma Defaud, Johana
Sabroux
Elles sont trois jeunes parisiennes de 30 ans, avec un boulot
qu’elles aiment, qui savourent la vie à belles dents
et, comme un plus, en arrivent à faire un bébé.
N’est-ce pas dans l’air du temps ? Elles se voyaient
épanouies, passant des heures à échanger
sourires et gazouillis avec leur petit ange, et redoutant le moment
où elles devraient le quitter pour reprendre le travail…
Elles avaient lu tous les guides, mais la vie ne correspond pas
toujours aux belles images, et c’est là qu’arrive
la culpabilité. Le sentiment de ne pas être tout
à fait « raccord » avec la version officielle…
La déformation du corps, les difficultés de l’accouchement,
l’épuisement des premières semaines, l’impression
d’enfermement, et la sensation de libération quand,
enfin, on dépose le bébé chez la nounou (ou
la crèche) pour retrouver son boulot et sa vie. Johana,
Emma et Nadia sont les « mauvaises mères »,
et elles disent avec humour ce que vivent les jeunes mères
aujourd’hui, écartelées entre leur désir
de vivre pleinement leur vie de femme moderne et les lourdes contingences
de la vie avec un bébé. Et puis ce ton, cette vivacité
dans l’analyse, cette sincérité, font de la
lecture de ce livre un vrai plaisir. Chaque mère peut s’y
reconnaître, même (et surtout) les « meilleures
»… Et devinez, le deuxième enfant est programmé
à la fin du livre…
Nadia Daam, Emma Defaud, Johana
Sabroux / Illustrations de Sophie Bouxom / Editions Jacob-Duvernet
/ Paris / 2008 / 172 p. / 19,90€. |
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Faux-père
Philippe Vilain
C’est un écrivain, il s’ennuie depuis son enfance,
faire l’amour est son seul dérivatif, et errer de
femme en femme n’est qu’une manière, agréable,
de préserver son ennui. À 36 ans, il rencontre Stefania.
Elle habite Turin, et lui Paris, ils se voient une fois par mois,
c’est parfait… Mais, très vite, elle lui annonce
qu’elle est enceinte de lui. Sa joie, à elle, lui
paraît obscène, et il tombe dans une profonde hébétude,
il se sent violé. Il pense tout de suite à un avortement,
mais il n’ose pas le dire. Il repart pour Paris, et, quand
il revient, toute la famille d’Italie est au courant : il
est devenu un héros. Mais il se sent si peu concerné…
Un cruel petit roman, magnifiquement écrit.
Philippe Vilain / Bernard Grasset
/ Paris 2008 / 112 p. / 11,90€.
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| Sélection
de décembre 2008 - Janvier 2009 |
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Voulons-nous
des enfants barbares ?
Prévenir et traiter la violence extrême
Maurice Berger
Maurice Berger, chef d’un service en psychiatrie de l’enfant,
professeur et psychanalyste dont les travaux scientifiques dans
le domaine de l’enfance font l’objet d’une reconnaissance
internationale, n’est guère reconnu en France. Pourtant
son dernier ouvrage, Voulons-nous des enfants barbares ? est particulièrement
éclairant à une époque où la violence
des jeunes – de plus en plus jeunes – alarme à
juste titre le public et les professionnels, et semble reliée
à la pauvreté et à la précarité.
M. Berger remarque, lui, que l’origine de cette violence
est rarement étudiée. Comment un enfant devient-il
un « cas lourd » ? Ces actes violents, n’auraient-ils
pas pu être évités ? Maurice Berger qualifie
la violence de « mode de relation monstrueux…, comme
un cancer dont l’évolution était prévisible
». Certains enfants sont élevés dans une atmosphère
d’une telle violence qu’ils en seront imprégnés
leur vie durant. Mais, au nom d’une certaine idéologie
bien française du lien parents-enfants, après chaque
crise l’enfant est remis dans sa famille, et le cycle de
la violence est réenclenché. Car la quasi-totalité
des enfants et préadolescents auteurs de violences extrêmes
ont été soumis tout petits, le plus souvent par
leurs parents, à des relations entraînant des traumatismes
relationnels précoces, les obligeant à mettre en
place des processus de défense incluant la violence. Ces
jeunes « violents », écrit Maurice Berger,
semblent aussi avoir de très grandes difficultés
à penser, et à jouer, c’est à dire
à faire semblant, ils brûlent des locaux scolaires
ou des voitures « pour de vrai », car ils n’ont
pas joué dans leur enfance, et ils n’ont pas non
plus été « contenus » dans des limites
et des interdits qui, seuls, peuvent les aider à se former
comme êtres d’échange et de création.
Maurice Berger nous livre dans cet ouvrage une analyse claire
et lucide des multiples causes de ces problèmes de violence,
en même temps que des remèdes à la fois novateurs
et à la portée de tout un chacun. Un grand livre.
Maurice Berger / Dunod / 2008 /
Paris / 21,5€
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Turbulent,
agité, hyperactif.
Vivre avec un enfant tornade
Emmanuelle Rigon
Certains enfants sont turbulents, agités, et sont difficiles
à vivre. Certes, les parents sont heureux d’avoir un
enfant vif et intelligent, mais c’est parfois difficile à
supporter, même dans une société où l’hyperactivité
est la norme chez les adultes. Et de toutes manières, où
commence l’hyperactivité, sinon là où
s’arrête la tolérance des adultes ? Aux États-Unis,
on médicalise, et on traite. En France, on commence à
soupçonner une certaine forme d’angoisse… Mais
il y a quand même la tentation de s’en remettre à
la fameuse Ritaline. Emmanuelle Rigon, psychologue clinicienne,
répond aux interrogations des parents, dans un livre clair,
qui s’appuie sur de nombreux exemples.
Emmanuelle Rigon / Préface
du Pr. Pierre Delion / Albin Michel / Paris / 2008 / 196 p. / 13€ |
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Ces
enfants empêchés de penser
Serge Boimare
Cette difficulté à penser fait partie des principaux
symptômes présents chez les jeunes en difficulté,
comme on peut le constater au cours de nombreuses études.
Serge Boimare, instituteur et psychopédagogue, directeur
du Centre Claude-Bernard de Paris, vient de publier un ouvrage
intitulé Ces enfants empêchés de penser. Lui,
ce sont des élèves qu’il voit, incapables
d’apprendre car ils n’ont jamais eu la possibilité
de penser, et qui se réfugient si souvent dans la violence.
Ils n’ont pas pu construire un monde interne assez fiable
pour affronter la contrainte et le doute. Et souvent leur peur
d’apprendre est si forte qu’elle ne permet plus d’amorcer
la rencontre nécessaire à tout apprentissage. Il
existe au sein de l’école même des moyens de
lutter efficacement contre l’échec scolaire, tout
en stimulant l’intérêt et la participation
des meilleurs élèves : le nourrissage culturel intensif
et l’entraînement quotidien à débattre.
Ce qui se passe bien mieux dans une classe hétérogène…
Serge Boimare / Dunod / Paris /
2008 / 178 p. / 17€
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Anorexie.
Sortir du tunnel
Rébecca Shankland
L’anorexie : le mot fait peur. Peur des parents : brutalement,
leur semble-t-il, ils sont plongés dans un univers qui attaque
leur foi en l’avenir de leur enfant, ce qu’ils ont de
plus précieux au monde. Insidieusement, cet enfant, une fille
le plus souvent, et le plus souvent à la suite d’un
début de régime, se met à refuser la nourriture,
à avoir un comportement à table de plus en plus étrange,
qui lentement détruit le repas de famille auquel elle n’assiste
que sous certaines conditions très ritualisées. Peu
à peu elle fond sous le regard angoissé de ses parents,
mais elle ne s’est jamais sentie aussi « en forme »,
aussi apte à maîtriser sa destinée, et d’ailleurs
elle prépare pour sa famille de somptueux desserts, voire
le pain quotidien… Et ses études ne lui ont jamais
semblé si enrichissantes, tout baigne… Jusqu’au
moment où elle est si faible qu’il faut impérativement
l’hospitaliser. On a beaucoup écrit sur l’anorexie,
qui est un phénomène d’une grande complexité,
pouvant conduire à la mort. Un ouvrage remarquable vient
de paraître, écrit par une psychologue clinicienne
qui, elle, s’adresse aux adolescent(e)s. Plus précisément
à une adolescente dont la meilleure copine devient peu à
peu anorexique. Excellente idée, car ce livre, illustré
comme une BD, avec un humour qui fait mouche à chaque page
(on pense à Claire Brétecher), explique intelligemment
tous les enjeux et les symptômes de l’anorexie. Or cette
maladie est fortement liée aux problèmes de l’adolescence,
et semble avoir toujours existé, et pas uniquement dans notre
société de consommation. Et tous les adolescents peuvent
être concernés, en tant que copains ou familiers d’anorexique.
Un livre aussi destiné aux parents…
Rébecca Shankland / Illustrations
Soledad / De la Martinière / Paris / 2008 / Coll. Jeunesse
/ 110 p. / 11€ |
| Février
- mars 2007 |
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Un
fils dans la tête
Il est un petit livre dévastateur, écrit par une
écorchée vive, une femme privée d‘enfance
et d’adolescence, et qui a mené sa vie comme elle
pouvait, entre petits boulots et écriture, portant au plus
haut sa joyeuse liberté dans la tempête. Et un événement
bouleverse et oriente sa vie. Elle, la « femme blême
», adopte un « enfant noir », le bébé
d’une jeune amie débordée par sa progéniture.
Adoption à l’amiable, bien sûr, et la maman
viendra de temps en temps voir l’enfant. Après, viendra
le temps des papiers, pour essayer d’apaiser les commentaires
« racistes », oui, et d’ailleurs dans les deux
sens… Horreur du racisme banal, départ des amis qui
cassent l’amitié si bien installée, mais de
tout cela Jonathan n’en a cure, qui prend possession des
lieux, et surtout du cerveau et du cœur de sa mère
dont la vie prend une dimension épique, au service de cet
enfant, puis de l’adolescent qui échappe de plus
en plus au carcan des conventions. Une magnifique histoire d’amour,
avec ses phrases à l’emporte-pièce et ses
colères de torrent.
Ingrid Naour / Le cherche midi / Paris /
2006 / 123 p. / 10 € |
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Le
temps des victimes
ll suffit de lire les magazines ou de regarder la télévision
pour constater que les victimes sont devenues les héros
de notre société du spectacle. Caroline Eliacheff,
psychanalyste « engagée » sur le plan social,
et Daniel Soulez-Larivière, avocat réputé,
croisent leurs expériences pour analyser ce phénomène
qui prend en France une place grandissante, et contribue à
promouvoir une sorte de politique vertueuse de la compassion,
menant à une surenchère de l’émotion
très proche de la démagogie. Cette sensibilité
à la victime, ainsi que le développement de divers
services d’assistance, ont donné naissance à
une nouvelle science, la victimologie, et à de nombreuses
associations, qui risquent d’aboutir à soutenir des
politiques répressives. On voit les victimes devenir de
plus en plus un enjeu électoral, et la politique devient
réparation des préjudices subis. C. Eliacheff et
D. Soulez-Larivière analysent cette obligation compassionnelle
comme un avatar de la démocratie, nourri par un sentiment
très partagé?: nous sommes tous semblables, tous
égaux devant l’obligation de créer notre propre
vie, d’être ce que l’on est. De là naît
la tension entre performance et victimisation. Les victimes n’ont
pas choisi de l’être, mais être victime rejoint
la définition du héros moderne, celui qui se détache,
celui qu’il faut soutenir, dans un monde au système
binaire, sans transcendance, habité par des héros
– victimes à défendre - et des coupables à
châtier, et ce châtiment invite à une répression
sans faille et un partage de la société entre innocents
et coupables qui a des implications politiques redoutables. Certes,
les auteurs ne cherchent à condamner ni les associations
ni la justice, mais ils en appellent à l’éducation
pour mettre fin à cette logique qui parfois fait rechercher
le coupable comme en d’autres temps on cherchait le diable.
Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière
/ Albin Michel / Paris / 2007 / 290 p. / 20 € |
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La
vie du père célibataire
Jacques est « un de ces papas du dimanche, un nouveau père
face à de nouveaux défis », comme disent les
magazines. Chaque week-end il emmène au square son fils
Basile qui a 5 ans. Depuis deux ans qu’ils se sont séparés,
sa compagne et lui, il a dû renoncer à être
le père de famille qu’il avait rêvé
d’être. La famille recomposée, aussi, il y
a renoncé, il se contente d’une famille décomposée,
comme tant de parents d’aujourd’hui. Les enfants,
eux, font avec ce qu’ils ont… Chronique douce-amère
et désenchantée d’une vie coupée en
deux, ce livre, entre autobiographie et enquête, est écrit
par un journaliste et illustré par une dessinatrice de
BD qui sait à merveille croquer les petites tranches de
vie de ce célibataire partagé entre des semaines
d’ado attardé et des week-ends consacrés à
créer du bonheur pour son fils qu’il voit si peu…
Difficile de trouver un ton plus juste…
Jacques Braunstein et Fanny Dalle-Rive /
Hachette Littératures / Paris / 2006 / Coll. « La
Fouine illustrée » / 90 p. / 14€ |
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Petit
traité des conflits ordinaires
Une nouvelle collection de vulgarisation aux éditions du
Seuil. Dominique Picard et Edmond Marc, tous deux professeurs
de psychologie, portent leurs recherches sur la communication
et les relations interpersonnelles et viennent de publier un Petit
traité des conflits ordinaires, qui est écrit dans
un style alerte et vivant, dans le but de nous aider à
comprendre les raisons de nos incompréhensions, à
saisir les sources des conflits quotidiens, de manière
à y faire face d’une manière positive et raisonnée.
Dominique Picard et Edmond Marc / Seuil
/ Paris / 2007 / 260 p. / 18€
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Pourquoi
on nous a séparés ?
Récits de vies croisées : des enfants placés,
des parents et des professionnels
Un livre dérangeant sur le thème du placement d’enfants,
voilà ce que nous propose Christine Abels-Eber, docteur
en sciences de l’éducation et formatrice à
l’Institut de travail social de Tours. Elle avait déjà
abordé ce thème dans un ouvrage paru chez l’Harmattan
en 2000, intitulé Enfants placés et construction
d’historicité. Dans ce nouveau livre, elle interroge
directement les enfants placés ainsi que leur mère.
Elle s’est donné pour but d’écouter
et de faire comprendre la souffrance des enfants et de leurs parents,
d’analyser les actions positives et négatives des
travailleurs sociaux et des systèmes de protection de l’enfance.
Elle connaît toute la complexité de ces problèmes
et se garde de tout jugement quant au fait de la séparation
d’un enfant et de sa mère et de son placement en
institution ou en famille d’accueil. Loin de toute tendance
moralisante, elle s’efface devant les plaintes, les récriminations
de ceux dont elle veut être la porte-parole. Ainsi des enfants
Rémi et Max, envoyés dans une institution à
la suite de graves disputes entre les parents. Et Cathy, racontant
la « descente aux enfers » vécue pendant les
six ans que dura le placement de son enfant à l’Aide
sociale. Ainsi de Marie, qui a dû affronter un véritable
« parcours du combattant » pour retrouver progressivement
ses enfants, parcours attesté aussi par l’assistante
maternelle et l’assistante sociale. Le lecteur découvre
ainsi un univers de souffrance et d’incompréhension
réciproque qui ne doit pas rester caché, sauf à
engendrer de plus en plus de problèmes et de violence.
Un livre d’une extrême importance, clair par la langue,
et savant par un art tout particulier de mettre les problèmes
à leur place.
Christine Abels-Eber / Préface d’Eugène
Enriquez / Éditions Érès / coll. «
sociologie clinique » / 218 p. / 23€
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Mais qu’est-ce qui passe par la tête des méchants
?
« Méchante ! », dit l’enfant à sa
mère qui lui refuse un bonbon. À première vue,
ce mot de méchant fait partie avant tout du vocabulaire enfantin.
Michel Fize, lui, estime – et démontre- que le problème
de la méchanceté mérite d’être
pris au sérieux. Dans un livre alerte, qui étudie
les différents usages de ce mot, il dissèque certains
tics de vocabulaire, certains comportements, traque les origines
de la méchanceté, donne au lecteur une description
savoureuse de la « galerie des méchants » et
une analyse fouillée des causes et des lieux de la méchanceté.
Un livre positivement méchant, en même temps que savoureux,
sur la méchanceté de la vie.
Michel Fize / Les Éditions de l’Homme
/ Paris / 2006. |
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Quand
on n’a plus que son corps
Certains événements récents, comme l’installation
de SDF sur les berges du canal Saint-Martin à l’initiative
des Enfants de Don Quichotte, ont obligé la société
civile et le gouvernement à réagir dans l’urgence
devant l’étalement de la souffrance de ceux qui vivent
dans la précarité, alors qu’ils sont nombreux,
parmi ces exclus, à avoir un emploi ou le RMI. Cette précarité
subie parfois depuis de longues années a créé
des logiques de survie qui ne permettent pas aux précaires
de prendre soin de leur corps. Et pourtant ce corps est leur seule
et unique ressource… N’avoir que son corps, c’est
l’inscrire dans une trajectoire impitoyable entraînant
en fin de compte des dégradations irréversibles.
Gisèle Dambuyant-Wargny, sociologue, enseigne et mène
des recherches dans le champ de la précarité et
du travail social. Elle a mené une enquête sociologique
en disséquant les logiques de « gestion » du
corps précaire que notre société et les divers
professionnels ne prennent pas en compte. Préfacé
par Georges Vigarello, cet ouvrage permet une étude approfondie
de la manière abusive dont les précaires maltraitent
leur corps, surexposé, surexploité sur tous les
plans. L’auteur remarque que la gestion sociale actuelle
ne prend pas assez en compte la trajectoire corporelle de ces
exclus, qui exclut toute vie normalisée. Un outil remarquable
pour les professionnels.
Gisèle Dambuyant-Wargny / Préface
de Georges Vigarello / Armand Colin / Paris / 2006 / 240 p.
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| Décembre
2006 - janvier 2007 |
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Les
sexualités initiatiques. La révolution sexuelle
n’a pas eu lieu
Certains le déplorent, d’autres s’en accommodent
comme ils peuvent, nous vivons actuellement dans une société
dépourvue de ces rites, souvent d’origine religieuse,
qui en d’autres temps, ou en d’autres lieux, servaient
de balises aux adolescents. Aujourd’hui chacun se voit dans
la nécessité d’inventer sa propre vie. Les
années soixante, celles de la révolution sexuelle,
les avancées du féminisme (contraception, avortement),
les mouvements gays, ont pu laisser croire à la possibilité
d’une libération, mais c’était avant
le sida et le retour d’un certain ordre moral. Thierry Goguel
D’Allondans, éducateur spécialisé pendant
près de vingt ans auprès de jeunes et d’adultes
en grande précarité, est aussi docteur et chercheur
à l’université. Il nous présente un
livre d’une très grande richesse, nourri d’une
large érudition et appuyé sur de nombreux témoignages.
Il étudie ce que peut représenter dans une anthropologie
de l’adolescence le fait d’être soutenu par
des rites, ou pas, et ce que pouvaient représenter autrefois
les arts et traditions populaires dans une éducation à
la sexualité. Il étudie aussi les éléments
sociaux et culturels de l’accès à ce domaine
dans le monde moderne. Les premières fois, qui doivent
permettre de composer avec les morales du groupe, la découverte
et l’apprivoisement des corps, les remaniements pubertaires
qui s’ensuivent sont abordés à travers différents
témoignages et œuvres littéraires. L’auteur
souligne que la question n’est pas tant de savoir à
qui confier l’éducation sexuelle de nos enfants que
de pouvoir collectivement offrir une parole et transmettre. Pour
que des lendemains puissent advenir.
Thierry Goguel D’Allondans / Belin
/ Paris / 2005 / Coll. «Nouveaux Mondes» / 200 p.
/ 19€ |
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Enfermer
ou éduquer ? Les jeunes et la violence
Il est polytechnicien, prêtre et éducateur de rue.
Il dirige l’Institut de formation aux métiers de
la ville (IFMV). Il constate la montée de la violence dans
la famille, à l’école et dans la rue et s’inquiète
de voir resurgir jusque dans les plus hautes instances du pays
la tentation de l’enfermement. La délinquance des
jeunes, selon lui, relève plus d’une éducation
et d’une société au fonctionnement incohérent
que d’une criminalité à enfermer. L’incohérence
des familles, comme de l’école et des politiques
ne permet pas aux jeunes de se structurer, et les centres fermés
sont de véritables prisons, qui ne méritent en aucun
cas le mot éducatif. L’auteur souligne le niveau
élevé d’innovation et de formation nécessaires
pour aider ces jeunes à la dérive. Enfin il rappelle
le mot d’un grand éducateur du xixe siècle,
Jean Bosco : « Ne tardons pas à nous occuper des
jeunes, sinon ils ne vont pas tarder à s’occuper
de nous… » C’est mal parti…
Jean-Marie Petitclerc / Dunod / Paris /
2005 / 150 p. / 15€ |
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Éloge
du secret
Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste, enseignant
à Paris VII et auteur de travaux internationalement reconnus
sur la filiation, jette un pavé dans la mare de cette sorte
d’aura maléfique qui entoure à notre époque
le secret, qu’il soit dit « de famille » ou
pas, et qui fonctionne comme une injonction de tout dire, en privé
ou à la télévision, dans des sortes de messes
cathodiques destinées à « organiser le marché
de l’émotion ». En somme, traquer les fantômes
du passé constituerait une action prophylactique pour les
générations futures. Le secret serait le bourreau
du psychisme, avec la parole comme médicament. Mais l’injonction
de tout dire, par exemple à un enfant lors d’une
psychothérapie, et la culpabilisation du silence, peuvent
être une forme destructrice de violence psychique, voire
de maltraitance. Le secret est à l’origine de tout
fantasme et à la base de toute pensée. L’auteur
donne plusieurs exemples à méditer sur ce que peut
être une fonction positive du secret : ainsi dans le cas
d’un don d’organe, le secret peut permettre un travail
fantasmatique très important, plus qu’une problématique
de dette, et permettre à la famille de s’approprier
le don en toute liberté. Dans certains cas d’inceste,
voire d’abandon, ou de maladie grave, respecter le secret
peut protéger la cohésion de la pensée, en
respectant l’intimité et la capacité de rêverie
du sujet, dans une fiction qui lui permet de se réapproprier
son histoire. « L’espace du secret, écrit l’auteur,
est la seule façon de surmonter les désillusions
propres à la réalité. »
Pierre Lévy-Soussan / Hachette-Littératures
/ Paris / 2006 / 190 p. / 16,50€ |
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Liberté
Sexualité Féminisme
50 ans de combat du Planning pour les droits des femmes.
En 1956, il y a juste cinquante ans, était créée
l’association Maternité heureuse qui devint dès
1960 le Planning familial. Ce même Planning publie aujourd’hui
à La Découverte le récit, enrichi de centaines
de documents, de cinquante ans de combat pour les droits des femmes,
récit intitulé Liberté, sexualité,
féminisme. Sa lecture nous plonge dans des temps (heureusement)
révolus, dont on peine à croire qu’ils ont
vraiment existé. L’obligation d’enfanter, ou
l’abstinence sexuelle ; les premiers pas du Mouvement, dans
la plus totale illégalité, l’opposition résolue
du Parti communiste, de l’ordre des médecins et de
l’Eglise catholique, la loi Neuwirth sur la contraception
en 1967. Puis ce fut l’ébranlement de Mai 68, qui
divise le mouvement, le Manifeste des 343, coup d’éclat
en faveur de l’avortement, puis les manifestations, jusqu’à
la loi Veil, laquelle précède une nette politisation
des mouvements de femmes, avec l’arrivée de la gauche
au pouvoir… et une nouvelle priorité dans les luttes
des femmes, celle des diverses violences auxquelles elles sont
exposées. Enfin, à l’orée du nouveau
siècle, on ne saurait oublier le danger du retour à
un ordre moral dans un monde envahi par les néo-conservateurs.
On les retrouve toutes avec leurs articles de l’époque,
dans cet ouvrage-somme, ces vaillantes lutteuses qui ont permis
une liberté toujours menacée.
Mouvement français pour le Planning
familial / Préface de Janine Mossuz-Lavau / La Découverte
/ Paris / 2006 / 260 p. / 20€ |
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Bonne
nuit, doux prince
Et voici un roman, qui peut-être n’en est pas un.
Une histoire de bonheur triste, de paroles non dites, d’élans
réprimés, et pourtant une magnifique histoire d’amour
entre trois êtres taciturnes qui n’arrivent pas à
croire au bonheur, mais vivent des moments de grâce qui
illumineront leur vie. L’amour si fort et si pudique entre
les parents, les journées de pêche au bord de la
rivière entre le père et le fils – bonheur
parfait – mais il y a aussi la médiocrité
de la vie matérielle dans la France d’après
guerre, et surtout la difficulté des mots. Celle qui sépare,
malgré eux, le père et le fils, et c’est le
fils qui raconte, dans une langue épurée toute en
nuances, les retrouvailles après une douloureuse séparation,
l’ultime geste de tendresse du père sur son lit d’hôpital,
si vite réprimé mais reçu comme un viatique.
Un magnifique roman d’amour, sobre et poignant, écrit
comme si les mots pouvaient pallier l’absence.
Pierre Charras / Mercure de France / Paris
/ 2006 / 114 p. / 13€ |
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Parias urbains. Ghetto - Banlieues - État
Dans tous les pays existent des quartiers abandonnés dans
lesquels se retrouvent les populations en difficultés.
Mais la marginalité urbaine n’est pas partout tissée
de la même étoffe. Dans les grandes métropoles
des États-Unis, ces quartiers sont enclavés comme
des ghettos au cœur des cités déserté
par les classes moyennes au profit des banlieues avec jardin et
piscine, alors qu’en France les pauvres sont plutôt
exilés hors de la grande ville, dans des quartiers dépourvus
de transports, de magasins et autres lieux d’investissement
social. Le sociologue Loïc Wacquant qui a vécu au
sein du ghetto noir de Chicago et enseigne aux États-Unis
et en France, nous livre le résultat d’années
d’enquêtes et de recherches en France, aux États-Unis
et en Amérique Latine. Son analyse, solidement étayée
mériterait d’être étudiée par
les décideurs politiques. Elle démontre que l’implosion
du cœur noir de la grande métropole qu’est Chicago
s’explique par le retrait de l’économie salariale
et de l’État-providence créé par des
politiques publiques de ségrégation et d’abandon
urbain. Au contraire, la prolifération des « quartiers
à problèmes » au pourtour des villes européennes
traduit la décomposition des territoires ouvriers sous
l’effet à la fois de la désindustrialisation,
de la précarisation du travail, et du brassage ethnique
brutal des populations. Un outil précieux pour revigorer
le débat public sur les inégalités sociales
et la citoyenneté, et pour éclairer le regard porté
sur ces quartiers par une France inquiète et prête
à toutes les mesures démagogiques à court
terme.
Loïc Wacquant / La Découverte
/ Paris / 2006 / 340 p. / 23€ |
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