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Point presse du 4 juin – Sortie de L’Educ’Ecrans

À l’occasion de la parution de son nouvel outil ludique de médiation, la Fnepe a proposé à deux spécialistes, les professeurs Daniel Marcelli* et Serge Tisseron**, d’échanger sur les effets de la surexposition des tout-petits aux écrans.

« La surexposition massive aux écrans nomades (smartphones, tablettes) est la grande nouveauté depuis une dizaine d’années et elle pose des problèmes spécifiques aux tout-petits, différents de ceux des ados », déclare Daniel Marcelli, qui regrette qu’aucune étude sur l’effet de cette exposition avant l’acquisition du langage n’ait été encore réalisée. Les symptômes sont les suivants :

– des troubles attentionnels de plus en plus massifs ;

– des troubles du langage avec retards, appauvrissement, phénomènes d’écholalie ;

– des troubles de la relation – repliement, aggressivité, difficulté à entrer en relation avec les autres…

Des professionnels de terrain (PMI, crèches, maternelles) ont constaté que l’arrêt des écrans entraînait un arrêt de ces symptômes, ce qui a alerté les cliniciens. Mais, à l’heure actuelle, aucune recherche scientifique ne vient valider ces observations.

 

Serge Tisseron souligne que L’Educ’Ecrans est un jeu destiné à familiariser les parents à la question de la consommation des écrans, à découvrir ce que chacun pense, et à développer la coéducation entre parents, principe cher à la Fnepe et à 3-6-9-12***. La question de la surconsommation des écrans est souvent rapportée exclusivement à la consommation des enfants, sans que soit évoquée celle des parents, de l’entourage, qui pourrait expliquer ces symptômes.

Dans certaines familles, la télé est allumée en permanence du matin au soir. Certains enfants découvrent à l’école seulement ce que sont un crayon et un papier… Aujourd’hui, en plus de la télé, il y a les smartphones. Les parents doivent oser dire « Mon smartphone n’est pas ton jouet ».

Daniel Marcelli confirme, mais estime que l’arrivée des smartphones fait franchir un degré nouveau. Les tout-petits, attirés par ce qui attire leurs parents, perçoivent ces objets comme magiques. Par ailleurs, certains parents sont fiers que leurs enfants s’intéressent aux écrans. Cela leur semble être la promesse d’une réussite scolaire.

 

Pour Serge Tisseron, qui regrette, lui aussi, le manque d’études scientifiques, il convient de ne pas dramatiser.

 

Pour Daniel Marcelli, il ne fait aucun doute qu’un nombre considérable d’enfants sont concernés, surtout dans les milieux défavorisés, avec des troubles de la relation massifs. Il ne faut donc pas attendre pour agir : suggérer dès à présent aux parents de diminuer la consommation des écrans en famille quand ils ont des tout-petits. Ils retrouveront le plaisir de jouer avec leur enfant.

Une grande campagne d’information devrait donc viser aussi les pratiques parentales : les parents doivent apprendre à se frustrer, à ne pas répondre au téléphone quand ils sont avec leur enfant…Inutile d’attendre le résultat d’études longitudinales, dont les conclusions ne seront tirées que dans quelques années.

 

La parole revient ensuite à la Fnepe, l’occasion de préciser les points suivants qui reprennent les préoccupations des EPE.

Le principal motif de consultation des parents dans les EPE aujourd’hui n’est plus la réussite scolaire, mais bien la consommation d’écrans des ados, et de plus en plus, celle des enfants, notamment de moins de 3 ans. D’où la création de L’Educ’Ecrans, pour amener les parents à réfléchir à la consommation d’écrans au sein de la famille. La pédagogie doit commencer dès la naissance.

Les EPE agissent de manière préventiveet n’interviennent pas en cas de difficultés majeures. Or elles ont souvent du mal à aborder ce thème avec les parents. C’est pourquoi l’EPE d’Aix et du Pays d’Aix a créé un groupe de travail en 2017 pour réfléchir aux usages des écrans en famille avec ses partenaires (CAF, etc.). L’idée de créer un outil de médiation a alors germé, un comité de pilotage s’est constitué au sein de la Fnepe avec d’autres EPE et la société Valorémis, éditeur d’outils de médiation, qui a abouti à la création de l’Educ’Ecrans.

Cet outil de médiation, à l’image de Chemins de parents ou d’Estimo, favorise la dynamique de groupe, permet à chacun de prendre du recul et aux professionnels d’accompagner l’éducation numérique sans stigmatiser ni culpabiliser.

 

* Daniel Marcelli, président d’honneur de la Fnepe, professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, président de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des disciplines associées. 

** Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie HDR, membre de l’Académie des tehnologies, créateur des « balises 3-6-9-12. Apprivoiser les écrans et grandir ».

***Serge Tisseron3-6-9-12. Apprivoiser les écrans et grandir, érès, réed.2017.

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